Je vais avoir un défibrillateur… Quelles implications psychologiques?

Dernière mise à jour 15/05/13 | Article
Je vais avoir un défibrillateur… Quelles implications psychologiques?
L’implantation d’un défibrillateur automatique est une très bonne technique pour traiter les troubles cardiaques et permet de prolonger la vie des patients concernés de façon significative. Or, cette technique peut avoir des conséquences sur le plan psychologique. Quelles sont ces conséquences et pourquoi apparaissent-elles? Comment les prévenir et les soigner?

Il est prouvé que l’implantation d’un défibrillateur automatique est extrêmement bénéfique: en détectant et en traitant les troubles du rythme, ce dispositif permet de prolonger la durée de vie des patients souffrant de graves maladies cardiaques. Ce procédé n’est cependant pas banal : chaque choc électrique, déclenché de façon imprévisible, peut provoquer à la fois douleur et angoisse. Confrontés à de tels événements de façon régulière, certains patients développent des troubles psychologiques. Ils renoncent à leurs activités habituelles dans lesquelles ils trouvaient du plaisir et vivent dans la peur constante qu’un nouveau choc ne survienne. Leur qualité de vie se trouve fortement amoindrie, au point que, parfois, ils préfèrent renoncer complètement au défibrillateur, mettant ainsi leur vie en péril.

Quels effets le défibrillateur peut-il avoir sur le plan psychologique?

Le port d’un défibrillateur automatique augmente le risque de développer des troubles psychologiques par rapport à la population générale.

Tout d’abord, on recense généralement une anxiété généralisée, des attaques de panique ou le développement d’une agoraphobie.

On note également un syndrome de stress post-traumatique qui engage non seulement la qualité de vie, mais aussi la survie, puisque tout état de stress à long terme a des répercussions sur le système cardiaque.

Enfin, la dépression est largement répandue chez les patients porteurs d’un défibrillateur – dépression qui, elle aussi, augmente le risque de mortalité.

Comment expliquer la survenue de ces troubles psychologiques?

Les spécialistes évoquent plusieurs causes pour expliquer la présence de ces troubles.

Ils relèvent, par exemple, l’abandon de certaines activités, dû au fait que les patients associent à tort les chocs cardiaques aux situations dans lesquelles ils ont eu lieu. En évitant lesdites activités, ils pensent échapper au désagrément ressenti, mais ne font en réalité que créer une angoisse supplémentaire autour d’un loisir qui leur tenait à cœur.

Les difficultés psychologiques peuvent aussi être dues à un phénomène appelé « résignation acquise » et qui consiste en l’adoption d’une attitude passive et désespérée face à un état de fait qui ne peut être contrôlé ni anticipé.

Les patients peuvent aussi être sujets à des distorsions cognitives, c’est-à-dire à des interprétations biaisées et pessimistes de leur état de santé, mais aussi du monde qui les entoure.

Enfin, l’idée de la mort qui se fait plus proche et de la vie qui ne tient qu’à une pile électrique est, à elle seule, source de bien des inquiétudes.

Quels sont les facteurs de risque à prendre en considération avant de porter un défibrillateur?

Plusieurs éléments susceptibles de favoriser le développement de troubles psychologiques et de nuire à la qualité de vie ont été relevés. Par exemple, le fait d’être âgé de plus de 50 ans et d’être de sexe féminin (il semblerait que les femmes présentent une plus forte anxiété); un réseau social pauvre et un surinvestissement de la part des membres de sa famille; enfin, des affections psychiatriques ou des traits anxieux et colériques déjà présents avant l’implantation du défibrillateur.

Est-il nécessaire d’aborder le sujet de la désactivation avec son cardiologue?

Il a été relevé, dans le cadre de questionnaires, que les cardiologues sont parfois réticents à aborder le sujet délicat de la désactivation du défibrillateur. Or, une large majorité des patients regrette de n’avoir que peu de connaissances à ce sujet. Il ne faut donc pas hésiter à partager ces informations avec son spécialiste en charge.

Quelles prises en charge existe-t-il pour soigner ces troubles psychologiques?

Tout d’abord, il existe des programmes de psychoéducation, mis à disposition dans certaines régions. Ils ont pour but d’apporter une information optimale sur le défibrillateur et d’aider les patients à reprendre leurs activités, souvent délaissées à tort. Afin de soulager les patients, des techniques de relaxation et la participation à des groupes de soutien sont également proposées.

Du côté psychiatrique, il est avéré que la thérapie cognitivo-comportementale permet de contrer avec efficacité l’anxiété et la dépression.

Quant aux traitements médicamenteux, enfin, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont le traitement à privilégier en raison de leur efficacité et du peu d’effets secondaires cardiaques. Les benzodiazépines représentent aussi une possibilité malgré leur risque de dépendance. Il faut éviter, en revanche, les antidrépresseurs tricycliques et la venfalaxine, qui peuvent avoir un effet néfaste sur la condition cardiaque.

Référence

Adapté de «Aspects psychologiques liés au défibrillateur implantable: mode d’emploi au cabinet», Dr Julien Zimmermann, Service des spécialités psychiatriques, Dpt de santé mentale et psychiatrie HUG. In Revue médicale suisse 2013; 9: 520-3, en collaboration avec l’auteur.

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