Hypertension artérielle: démêler le vrai du faux

Dernière mise à jour 16/12/20 | Vrai/Faux
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Touchant une personne sur trois, l’hypertension artérielle s’installe le plus souvent sans donner lieu au moindre symptôme. Le problème: ses effets délétères sur le long terme. Portrait d’une pathologie sournoise, mais qui se soigne, avec le Dr Grégoire Wuerzner, médecin-chef du Service de néphrologie et d'hypertension du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Le chiffre

1/2

Une personne atteinte sur deux ignore qu’elle souffre d’hypertension artérielle.

L’hypertension artérielle…

… repose exclusivement sur les valeurs mesurées au cabinet médical.

FAUX. De plus en plus, les mesures effectuées à domicile sont des alliés du diagnostic. Et pour cause, on ne parle pas d’hypertension artérielle en se basant sur une valeur isolée, mais bien sur une moyenne, associant idéalement mesures au cabinet médical, à domicile et/ou sur 24 heures.

Pour rappel: on parle d’hypertension artérielle en cas de pressions artérielles régulièrement supérieures à 140 et/ou 90 mm de mercure (mmHg) au cabinet médical ou à 135/85 mmHg à domicile.

…augmente avec l’âge.

VRAI. La proportion de personnes touchée par l’hypertension passe d’une sur trois dans la population générale à deux sur trois passé 60 ans. Pour comprendre ces chiffres, rapide détour sur les forces en présence. Reflet de la pression sanguine exercée sur la paroi des artères, la tension artérielle fluctue au rythme des pulsations cardiaques. La pression systolique (le premier chiffre annoncé lors de la mesure) représente la pression maximale, lorsque le cœur, en se contractant, expulse le sang dans les artères. À l’inverse, la pression diastolique (le second chiffre) correspond à la tension minimale qui y est mesurée au moment où la pompe cardiaque se remplit de sang. Or avec le temps, les parois des artères ont tendance à perdre en élasticité et à moins bien absorber les afflux sanguins. C’est donc surtout la pression systolique qui augmente avec l’âge. L’hypertension rencontrée chez les plus jeunes concerne généralement la pression diastolique.

… est le plus souvent d’abord asymptomatique

VRAI. Dans près de 90 % des cas, et sauf valeurs particulièrement élevées, l’hypertension artérielle s’installe progressivement, sans signe apparent. Dans un cas sur dix seulement, elle peut se manifester par des maux de tête, des acouphènes ou des palpitations. La traquer n’en est pas moins essentiel. Et pour cause: lorsqu’elle est trop élevée, la tension artérielle accélère le vieillissement de la paroi des artères. Plus rigides et ce fait moins à même d’absorber les flots sanguins engendrés par les battements cardiaques, les artères imposent des pressions trop élevées aux organes qu’elles irriguent. Particulièrement délétères pour le cœur, le cerveau, les reins et les yeux, l’hypertension artérielle accroît à terme le risque d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral, d'insuffisance rénale et d’atteinte oculaire sévère. On observe ainsi par exemple que dans 80 % des cas, les victimes d’accident vasculaire cérébral souffraient d’hypertension artérielle.

D’où l’importance du dépistage: le contrôle de la tension artérielle est recommandé tous les ans dès l’âge de 40 ans, en cas de valeurs supérieures à 130-139/85-89 mmHg ou d’IMC* supérieur à 25.

… épargne davantage les femmes.

VRAI, jusqu’à la ménopause. Si l’hypertension artérielle touche dans un premier temps davantage les hommes que les femmes, les chiffres s’alignent dans les dix ans suivant la ménopause. Moindre protection par les hormones féminines? Implication d’hormones masculines (testostérone en tête) proportionnellement plus présente après la ménopause? La piste hormonale est privilégiée, mais le mystère reste entier.

… est irréversible.

FAUX. Reflet de prédispositions génétiques, de l’âge, mais également de l’hygiène de vie, l’hypertension artérielle n’est pas une fatalité immuable. Si la marge de manœuvre est pour le moins limitée sur le patrimoine génétique et le poids des ans, elle se déploie sur les actions possibles au quotidien. Les principaux leviers? Lutter contre l’obésité, le stress, l’excès d’alcool et de sel, la sédentarité.

Si les remèdes qui en découlent se devinent d’eux-mêmes, on sait notamment que la perte de poids en cas d’obésité se traduit par une diminution de 0,5 à 1 mmHg par kilo perdu. Quant à l’activité physique, alliée phare face à l’hypertension, elle est susceptible d’abaisser les valeurs de 4 à 9 mmHg.

… se soigne généralement très bien.

VRAI. Le plus souvent, si les valeurs sont élevées (on parle d’hypertension artérielle sévère au-delà de 180 et/ou 110 mmHg), que d’autres facteurs de risques sont présents (surpoids, diabète, tabagisme, etc.) ou que l’hygiène de vie a déjà été améliorée sans résultats probants sur la tension artérielle, un traitement s’impose. Le point positif? Une vaste panoplie de médicaments à disposition. Et le plus souvent, passé une phase d’ajustement, les résultats sont au rendez-vous, tant en termes de valeurs que de diminution des risques cardiovasculaires. Dans des cas extrêmes et spécifiques, une intervention ciblée sur les artères rénales peut être envisagée.

L’hypotension artérielle doit-elle elle aussi inquiéter?

Définie par des valeurs inférieures à 90 mmHg de pression systolique ou de 60 mmHg de pression diastolique, l’hypotension artérielle, si elle ne provoque pas de symptômes (syncopes ou présyncopes) et s’observe chez une personne en bonne santé, est plutôt considérée comme protectrice d’un point de vue cardiovasculaire. Et pour cause, elle ne représente alors aucun danger en soi et laisse augurer d’une saine élasticité des artères. De plus, la pression systolique ayant tendance à augmenter avec l’âge, bénéficier d’une tension artérielle relativement peu élevée permet de partir de plus bas, un précieux avantage au fil du temps.

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* Indice de masse corporelle (IMC): poids (kg)/taille (cm)2

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Paru dans L’Illustré le 09/12/2020.

   

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