Une valve cardiaque sans ouvrir

Dernière mise à jour 17/07/12 | Article
Electrocardiogramme
Le remplacement valvulaire aortique par cathéter permet de traiter des patients pour lesquels il n’y a pas d’option thérapeutique.

Depuis la fin des années 70, la cardiologie interventionnelle prend une place toujours grandissante pour traiter un large éventail de pathologies cardiovasculaires (lire encadré). En particulier, elle peut désormais intervenir dans un domaine que l’on pensait être réservé aux opérations à coeur ouvert: le remplacement d’une valve cardiaque. Bien sûr, pas n’importe quelle valve et pas n’importe quel patient.

«Le remplacement valvulaire aortique percutané (au moyen d’un cathéter) concerne pour le moment aux HUG des personnes jugées inopérables sur la base de leur âge (plus de 80 ans) et parce qu’elles souffrent d’autres maladies graves. C’est également une alternative acceptable pour des patients opérables avec un risque chirurgical élevé», relève le Pr Marco Roffi, médecin adjoint agrégé au service de cardiologie, responsable de l’unité de cardiologie interventionnelle. Appelée sténose aortique, le rétrécissement de la valve cardiaque aortique est la pathologie valvulaire la plus fréquente dans les pays développés où elle touche environ 5% des plus de 75 ans.

L’intervention, effectuée sous anesthésie locale, dure environ deux heures.

© JULIEN GREGORIO / PHOVEA

Ballon et valve biologique

Concrètement, il s’agit d’une intervention effectuée sous anesthésie locale. Un cathéter, introduit par l’artère fémorale au niveau de l’aine, remonte jusqu’au ventricule gauche où se situe la valve rétrécie. Là, un ballonnet est gonflé afin de l’écraser. «Pour ce faire, on place le patient durant quelques secondes en arrêt cardiaque avec un pacemaker qui stimule le cœur à grande vitesse et ainsi le ‹paralyse›. Ensuite, on ouvre un treillis métallique (stent), qui se trouve au bout du cathéter et qui contient la nouvelle valve d’origine biologique. Celle-ci prend alors la place et la fonction de celle d’origine», détaille le Pr Roffi. Pour s’assurer du bon positionnement, le cardiologue agit sous contrôle radioscopique. La procédure dure environ deux heures. Quel bénéfice? On constate une réduction importante de la mortalité à un an vis-à-vis du traitement par médicaments chez les patients inopérables pour la chirurgie.

Si la première implantation de valve aortique percutanée a été effectuée en 2002, à Rouen, quelque 18 000 ont eu lieu depuis lors dans plus de trente pays, dont douze centres en Suisse. Quant aux HUG, ils la pratiquent depuis 2008 (première en Suisse romande) et en ont effectué depuis quelque 70 avec de très bons résultats. «Nous espérons que les conclusions des études randomisées en cours confirment les attentes afin d’offrir cette thérapie également aux patients qui ne sont pas à haut risque chirurgical. A terme, les indications à la forme percutanée vont probablement s’étendre à un plus large public», conclut le Pr Roffi.

Une large activité

La cardiologie interventionnelle remonte à 1977 avec la première dilatation au ballonnet des coronaires effectuée à Zurich. Appelés vulgairement les plombiers de la cardiologie (les rythmologues en sont les électriciens), les cardiologues interventionnels ont trois champs d’activités principaux.

Le premier concerne le diagnostic et le traitement de la maladie coronarienne avec notamment la coronarographie – technique d’imagerie médicale consistant à visualiser des artères coronaires grâce à des rayons X et à un produit de contraste – et la pose de stent, sorte de petit treillis métallique. Le second touche aux maladies structurelles telles que le remplacement valvulaire percutané par cathéter (lire ci-dessus), la fermeture du foramen ovale perméable ou de l’appendice auriculaire. Enfin, l’unité de cardiologie interventionnelle des HUG a une expertise dans le traitement par cathéter des vaisseaux périphériques (carotides, membres inférieurs), en collaboration avec les services d’angiologie et de radiologie.

Pulsations - juillet-août 2012

Article original: http://bookapp.fr/api/hug/viewer/viewer.php?mag=HUGE_127#13

A LIRE AUSSI

Hypertension
Quand les reins fonctionnent mal

Quand les reins fonctionnent mal

L’insuffisance rénale chronique est une maladie grave, trop souvent ignorée des patients eux-mêmes car,...
Lire la suite
Cholestérol
Anti-cholestérol «naturels», levure de riz rouge: pas si anodins

Anti-cholestérol «naturels», levure de riz rouge: pas si anodins

Depuis plus de vingt-cinq ans les statines ont été prescrites aux patients présentant un taux de cholestérol...
Lire la suite
Chirurgie cardiaque

Fistule artérioveineuse (dialyse)

La création d'une fistule est le type d'accès vasculaire préféré pour effectuer les dialyses dans le...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet

Consultation préanesthésique: évaluer les risques opératoires

La consultation préanesthésique sert à choisir la technique et à assurer le suivi postopératoire le plus approprié.

Le cœur, pompe autonome mécanique et électrique

Plus que tout autre organe du corps humain, le cœur est vital. L’entraîner en pratiquant une activité physique régulière et en mangeant sainement est utile pour prévenir les maladies qui peuvent le toucher.
machine_coeur_poumon

Perfusion vasculaire: la machine «cœur-poumon»

Pour réaliser une opération à cœur ouvert, la machine «cœur-poumon» est indispensable. La spécialiste en perfusion vasculaire, Eleonora De Stefano, cheffe perfusionniste au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), nous en détaille les fonctionnalités.
Videos sur le meme sujet

Température corporelle: un fragile équilibre

La température dans laquelle nous évoluons est rarement tout à fait à notre goût. Tant qu'il s'agit de confort, on peut faire avec. Mais si les températures deviennent extrêmes, cela peut avoir des conséquences graves. L'antidote se penche sur la question.

Premiers secours: tous utiles

En Suisse, les secours professionnels sont efficaces. Malgré des interventions rapide, il reste toujours un laps de temps durant lequel tout un chacun peut agir, et jouer un rôle important pour la victime d'une maladie ou d'un accident.

Hypertension: le mal du siècle

Trop de tension? "Et alors?" diront certains. Pourtant c'est la première maladie à travers le monde. Ou en est la situation, et pourquoi en sommes-nous là?