Si possible, il faut éviter de se faire opérer le week-end

Dernière mise à jour 19/06/13 | Article
Si possible, il faut éviter de se faire opérer le week-end
Une vaste étude anglaise le démontre: il est plus dangereux de se faire opérer le samedi et le dimanche. Elle établit aussi que le risque de décès trente jours après les interventions chirurgicales augmente progressivement du premier au septième jour de la semaine. A quoi peut bien tenir un tel phénomène?

C’est une étude bien dérangeante que vient de publier un groupe de chercheurs de l'Imperial College de Londres. Une étude qui met en lumière un phénomène peu banal: il existerait un lien statistique clair entre les risques des suites chirurgicales et le jour de la semaine. Ce risque augmenterait dès le mardi et culminerait le week-end.(1)

Une étude sur plus de quatre millions d’interventions

De précédentes études avaient certes déjà suggéré l’existence d’un «effet week-end»: une augmentation significative des risques postopératoires en cas d'urgence et le week-end. Différentes pistes avaient alors été avancées pour tenter d’expliquer ce phénomène (diminution du niveau de la qualité des soins en fin de semaine, réduction du personnel, moindre expérience du personnel présent, etc.).

Les auteurs ont ici analysé les données nationales hospitalières anglaises contenues dans les dossiers de 4133346 interventions chirurgicales et 27582 décès intervenus dans les trente jours suivant l’intervention. L’étude a porté sur une période allant de 2008/09 à 2010/11. Sur cette masse de données il est apparu que 4,5% des interventions avaient été effectuées durant le week-end. Tous les biais statistiques (âge des patients, sexe, cause de l'hospitalisation, diagnostic) ont été pris en compte. Les chercheurs britanniques ont plus particulièrement centré leurs travaux sur cinq types d’interventions lourdes concernant l'œsophage et/ou l'estomac, l’ablation de lésions cancéreuses colorectales, le pontage coronarien, l'anévrisme de l'aorte abdominale et le poumon.

De 44% le vendredi à 82% les deux jours suivants

Il apparaît au final que le risque global de décès à trente jours augmente de manière statistique avec les jours de la semaine. Le risque de décès est plus élevé le vendredi que le lundi, et passe de 44% le vendredi à 82% le week-end. Pour toutes ces interventions (à l’exception de celles sut l’anévrisme) l’«effet week-end» existe: la mortalité à un mois (mais aussi dans les premières quarante-huit heures) est plus élevée pour les interventions pratiquées en fin de semaine et le week-end par rapport au lundi. Et cet effet semble plus élevé encore pour les patients atteints de plusieurs pathologies ou ceux ayant déjà été hospitalisés à plus de trois reprises dans le passé.

Dieu merci, nous ne sommes pas vendredi!

Dans un résumé vidéo (incluse dans le lien en note 1), le Dr Paul Aylin résume les conclusions du papier. Selon lui, les résultats suggèrent à l’évidence une moindre qualité des soins en fin de semaine. Il ajoute toutefois qu’il s'agit là d'une étude observationnelle et qu’il «est difficile de tirer de manière absolue ce genre de conclusions à partir de données recueillies comme il a été fait, en routine.» D’autres études vont dans le même sens. Ainsi les données sont là mais le mystère demeure et il faudrait continuer à travailler pour le percer.

Dans un éditorial accompagnant cette publication, des médecins de l'Hôpital Mount Sinai de Toronto s’interrogent (on peut lire leur texte en anglais ici). Ils se demandent notamment si les caractéristiques des patients sont différentes ou si les différences portent sur les chirurgiens et les équipes chirurgicales. Est-ce parce que le week-end les efforts sont concentrés sur les interventions d’extrême-urgence? Or il n’y a pas de réponses claires. En toute hypothèse, tous ceux qui prennent connaissance de cette étude (chirurgiens, médecins, soignants et peut-être plus encore patients) aimeraient en savoir plus. Et on en vient à se demander pourquoi des études approfondies ne sont pas menées sur l’«effet week-end» dans des pays moins pragmatiques que l’Angleterre. En Suisse par exemple. Les auteurs de l’éditorial estiment qu’il faudra sérieusement s’interroger, en milieu hospitalier, sur la portée de l’adage qui dit «Dieu merci, c’est vendredi!».

(1) On trouvera ici (en anglais et en intégralité) cette étude publiée dans le BMJ Open. Elle a été dirigée par le Dr Paul Aylin, épidémiologiste  et A. Bottle spécialiste de statistiques médicales.

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