Cancer du fumeur: pourquoi la cigarette de l’aube est plus dangereuse que les autres?

Dernière mise à jour 10/04/13 | Article
Cancer du fumeur: pourquoi la cigarette de l’aube est plus dangereuse que les autres?
Tous les fumeurs ne développent pas de cancer. Cette différence est-elle due à des comportements différents vis-à-vis du tabac? Des chercheurs démontraient il y a deux ans que le risque de cancer broncho-pulmonaire augmentait de 80% avec la cigarette du saut du lit. Les mêmes chercheurs démontrent aujourd’hui pourquoi.

Vous êtes fumeurs? Vous vivez avec un fumeur? Vous observez le comportement des fumeurs comme un entomologiste celui des punaises? Alors vous savez ce qu’il en est de cette addiction, de cet esclavage qui bien souvent commence avec les premières volutes de l’aube. C’est à ces fumeurs du petit matin que se sont intéressés Steven A. Branstetter et Joshua E. Muscat, des chercheurs de l’Université de l’Etat de Pennsylvanie (la «Penn State»). Ils ont découvert que par rapport aux autres fumeurs, ceux de la première heure ont des niveaux plus élevés de «NNAL». Il s’agit là d’un métabolite d’une substance cancérogène («NNK») spécifique au tabac. Une découverte qui conduit à une conclusion pratique évidente: il faut retarder autant que faire se peut l’heure de la première cigarette.

Ce travail a été publié dans la revue Cancer, Epidemiology, Biomarkers and Prevention. On en trouvera un résumé (en anglais) ici même. Autre conclusion, éminemment pratique: l’heure à laquelle le fumeur allume sa première cigarette devrait être un facteur d’identification des patients prioritaires pour les interventions d’aide au sevrage. Le Pr Branstetter, spécialiste de santé biocomportementale à la Penn State, rappelle que la «NNK» (Nicotine-derived nitrosamine ketone ou 4 - (méthylnitrosamino) -1 - [3-pyridyl]-1-butanone) est bien connue pour induire des tumeurs du poumon chez plusieurs espèces de rongeurs. Les niveaux de «NNAL» peuvent donc permettre d’évaluer le risque de cancer broncho-pulmonaire chez les rongeurs comme chez l'homme. On sait d’autre part que les niveaux de «NNAL» chez les fumeurs sont stables au cours du temps. Dès lors une seule mesure permettra de refléter l'exposition de la personne dépendante et son niveau de risque.

Comment parvient-on à un tel résultat?

L’équipe universitaire américaine a travaillé à partir des données de «NNAL» recueillis sur des échantillons d’urine de 1945 fumeurs adultes; tous participaient à la cohorte NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey). Il leur avait été également demandé de décrire aussi fidèlement que possible leur «comportement tabagique» et ce dès leur réveil.

Conclusions: 32% des participants fumaient leur première cigarette de la journée dans les cinq minutes suivant le réveil, 31% fumaient dans les six à trente minutes, 18% dans les 31 à 60 minutes et 19% fumaient leur première cigarette plus d'une heure après le réveil. Après analyse des échantillons urinaires les auteurs américains ont pu établir que le niveau de concentration en «NNAL» était corrélé avec l'âge des participants, l’âge de début du tabagisme, le sexe et l’exposition au tabagisme passif. Ce taux est en outre plus élevé chez les personnes qui fument peu de temps après leur réveil, quels que soient la fréquence de leur tabagisme et les autres facteurs prédictifs de fortes concentrations en «NNAL».

En clair, les taux urinaires de «NNAL» ajustés au nombre de cigarettes fumées par jour, sont deux fois plus élevés chez celles et ceux qui fument dans les cinq minutes qui suivent le réveil que chez ceux qui s’abstiennent de le faire pendant au moins 1 heure (0,58 vs 0,28 ng/ml). Pourquoi? Les auteurs estiment que les personnes dépendantes qui ressentent très tôt le besoin de fumer au terme de leur sommeil sont aussi celles qui inhalent le plus profondément. D’où les niveaux élevés de «NNAL» dans les fluides de l’organisme, l’imprégnation durable des tissus les plus exposés aux fumées et goudrons, et donc le risque plus élevé de cancers bronchopulmonaires, de cancers ORL et de cancers de la cavité buccale.

Le comportement matinal qui expose le fumeur au cancer

Le travail qui vient d’être publié au sujet du «NNAL» vient compléter deux études publiées en 2011 dans la revue Cancer. Celles-ci avaient alors déjà montré que les fumeurs qui allument leur première cigarette peu de temps après leur réveil ont un risque de cancer du poumon, ainsi que de la tête et du cou, accru de 80% par rapport aux fumeurs qui ont un comportement différent. Ces deux études avaient également permis de répondre (en partie) à la question de savoir pourquoi certains fumeurs développent un cancer et d’autres non. Les auteurs cherchaient alors à savoir si la dépendance à la nicotine (qui se caractérise par le temps écoulé depuis le réveil jusqu’à la première cigarette) influait ou pas sur le risque cancéreux. Deux types de cancers avaient été étudiés.

Tout d’abord l'analyse «cancer du poumon» avait inclus 4775 cas de cancer du poumon et 2835 cas contrôles. Tous étaient des fumeurs réguliers de cigarettes. Comparativement aux personnes qui fumaient plus d’une heure après leur réveil, les personnes qui le faisaient entre 31 à 60 minutes après étaient 1,31 fois plus susceptibles de développer un cancer du poumon. Et celles qui fumaient dans les 30 minutes étaient 1,79 fois plus susceptibles d’en développer un.

Non assistance à fumeur en danger de mort

Par la suite, l’analyse «cancers de la tête et du cou» avait inclus 1055 cas de cancer et 795 cas contrôles, tous les participants étant également des consommateurs de tabac. Comparativement aux personnes qui fumaient la première cigarette plus d’une heure après leur réveil, celles qui fumaient 31 à 60 minutes après étaient 1,42 fois plus susceptibles de développer un de ces types de cancer et celles qui ont fumé dans la première demi-heure étaient 1,59 fois plus susceptibles d’être atteintes.

«Ces fumeurs ont des niveaux plus élevés de nicotine et éventuellement d'autres toxines du tabac dans leur corps, et ils peuvent être plus accro que les fumeurs qui s'abstiennent de fumer pendant une heure ou plus, déclarait en 2011 le Pr Muscat. C'est peut-être une combinaison de facteurs génétiques et personnels qui provoque une forte dépendance à la nicotine.» Un affaire plus complexe quand on sait que le rôle de la nicotine dans la dépendance est objet de polémique.

Aujourd’hui nous avons la confirmation de cette corrélation mais aussi des éléments de preuves toxicologiques. Tout se conjugue et fournit une certitude: ne pas résister au besoin de fumer juste après le réveil le matin augmente le risque de développer un cancer. Et ce sont précisément ces personnes qui devraient au plus vite bénéficier de programmes ciblés d’aide au sevrage tabagique. Ne pas le faire pourrait être un jour considéré comme une forme de non assistance à personne en danger de mort.

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