Pourquoi les adolescents sont-ils des couche-tard?

Dernière mise à jour 06/04/16 | Article
Pourquoi les adolescents sont-ils des couche-tard?
Les jeunes ne dorment pas assez. Cette privation de sommeil, en partie due à des causes biologiques, est encore accentuée par l’usage des médias sociaux. C’est ce que confirme une enquête menée par des chercheurs de l’Université de Genève.

Ils se couchent tard et doivent se lever tôt le lendemain pour aller en classe. Alors qu’ils devraient dormir environ neuf heures, les adolescents font des nuits beaucoup trop courtes. Surtout quand ils avancent en âge: une enquête menée en France en 2007 indiquait qu’entre le début et la fin de son adolescence, une fille ou un garçon perdaient une heure et demie de sommeil dans la nuit.

Les ados souffrent donc d’une «privation chronique de sommeil», constate Virginie Sterpenich, chercheuse au département de neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE), ce qui a pour eux des conséquences néfastes. Dans la journée, ils sont fatigués et leur mémoire, leur concentration et leur vigilance, ainsi que leur humeur, en sont affectées.

Un décalage horaire permanent

Ce comportement a des causes purement physiologiques. L’adolescence est une période de transformation du corps, notamment de bouleversements hormonaux qui dérèglent l’horloge biologique et mettent le jeune dans une sorte de décalage horaire permanent. En outre, «en grandissant, les enfants deviennent de plus en plus indépendants de leurs parents et se couchent lorsqu’ils en ont envie», souligne la neuroscientifique. Du coup, le week-end, ils tentent de récupérer. Ils se lèvent tard le dimanche et n’ont donc plus sommeil le soir. «Ils accroissent encore leur décalage; c’est un véritable cercle vicieux», commente la chercheuse de l’UNIGE.

Chez les ados, la privation de sommeil n’a rien de nouveau. Mais, depuis quelques années, le phénomène a pris une ampleur particulière en raison de l’utilisation des téléphones portables. La lumière bleue émise par les écrans des appareils électroniques «perturbe l’horloge biologique, explique Virginie Sterpenich, et retarde la sécrétion de mélatonine», souvent qualifiée d’hormone du sommeil. Or, contrairement à la télévision, le jeune garde son smartphone près de lui, ce qui renforce le pouvoir éveillant de l’écran. En outre, il profite de la soirée pour communiquer avec ses amis sur les réseaux sociaux, Facebook et autres, ou pour jouer à des jeux vidéo, ce qui a un effet excitant. C’est exactement ce qu’il faudrait éviter car, «pour bien dormir, il faut s’adonner à des activités calmes pendant l’heure qui précède le sommeil».

Le rôle des écrans

L’étude menée par Virginie Sterpenich et ses collègues l’ont amplement démontré. Les chercheurs ont recruté 315 volontaires, âgés de 12 à 19 ans, dans des écoles genevoises. Ces jeunes devaient «tenir un agenda de leur sommeil et décrire leur usage des écrans (TV, ordinateurs, smartphones et autres) avant et après 21 h». Tous portaient au poignet un actimètre qui enregistrait le rythme de leur sommeil, et ils devaient prélever un peu de leur salive avant de s’endormir afin que les chercheurs mesurent leur taux de mélatonine.

Les neuroscientifiques genevois ont ainsi confirmé que la privation de sommeil agit bien sur l’humeur. «Plus les ados avaient des nuits courtes, plus ils étaient stressés et anxieux et plus leurs performances scolaires baissaient». L’étude a aussi montré que «plus ils passaient de temps sur les médias sociaux, plus ils s’endormaient tard, alors que les autres activités comme la lecture ou les devoirs n’influencent pas l’heure du coucher».

Poursuivant l’expérience, les chercheurs ont alors demandé à leurs volontaires d’arrêter de consulter leur smartphone une heure avant d’aller dormir. «Pour eux, c’était le drame», raconte la chercheuse. 170 d’entre eux se sont malgré tout prêtés à l’exercice. Les résultats sont sans appel. «Plus vite ils arrêtaient leur écran, plus tôt ils s’endormaient», constate Virginie Sterpenich.

Nul doute qu’une fois l’expérience achevée, les ados ont repris leurs habitudes. Toutefois, l’un des objectifs de cette expérience était de leur faire prendre conscience de la nécessité de bien dormir. Certains y ont été sensibles, comme ce jeune qui a témoigné : «Je dors mal et j’ai essayé différents médicaments. En vain. Cette fois, ça a marché!». Preuve de l’importance d’adopter une bonne hygiène du sommeil.

 

Des conseils pour bien dormir

Quelques règles simples permettent d’avoir son content de sommeil:

  • Bien écouter son corps et repérer les signaux de fatigue (bâillements, paupières lourdes, etc.).
  • Se coucher à des heures régulières et adopter un rituel avant de s’endormir.
  • Eviter les écarts le week-end et faire la sieste plutôt que la grasse matinée.
  • Le soir, renoncer aux boissons excitantes (café, sodas au cola et autres), de même qu’à l’alcool et au cannabis qui troublent le sommeil. Ne pas faire de sport et avoir des activités calmes.
  • Le matin, rechercher la lumière.
  • Arrêter de consulter son smartphone, sa tablette ou son ordinateur au moins une heure avant d’aller au lit et, si possible, ne pas les garder dans sa chambre.

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