Les boissons énergisantes lèsent le sommeil des ados

Dernière mise à jour 06/11/14 | Article
Les boissons énergisantes lèsent le sommeil des ados
Près de trente ans qu’elles prétendent donner des ailes. Depuis leur apparition en 1987 dans les étalages européens, les boissons dites «énergisantes» (BDE), composées essentiellement de caféine, de taurine et de sucre, sont toujours plus consommées avec une croissance de ventes souvent à deux chiffres.

De quoi on parle?

Les faits

Le 14 août, Coca-Cola a annoncé avoir pris une participation dans Monster, fabricant de boissons «énergisantes». Pour 2,15 milliards de dollars, le géant d’Atlanta obtient 16,7% de son concurrent et deux sièges à son conseil. Monster bénéficiera désormais du réseau de distribution de Coca-Cola pour écouler ses produits.

Le chiffre

27 milliards de dollars, c’est la valeur du marché annuel des boissons dites énergisantes, selon l’analyste Euromonitor.

Le bilan

Avec une forte teneur en caféine et en sucre, doublé d’un marketing qui flatte la performance et la pratique de sports extrêmes, les boissons énergisantes attirent de plus en plus de jeunes sans que les conséquences à long terme sur la santé de ces produits ne soient vraiment connues.

Selon les estimations d’Addiction Suisse, pas moins de 60% des jeunes garçons et 40% des jeunes filles de 15 ans en consomment au moins une fois par semaine. On comprend, dès lors, l’intérêt de Coca-Cola, dont la boisson phare contient un peu de caféine, pour son concurrent Monster, dont les produits sont fortement caféinés.

Ce succès ne doit-il pas toutefois éveiller quelques inquiétudes quant à la santé des ados?

La marque se lance dans les energy drinks en achetant des parts de Monster.

Développement du cerveau perturbé

Pour la doctoresse Anne-Emmanuelle Ambresin, qui dirige l’unité de santé des adolescents du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), le principal problème lié à la consommation de boissons énergisantes est le sommeil. Celles-ci contiennent en effet autant de caféine que deux cafés serrés. Or, cette substance «a une demi-vie de cinq à six heures, précise le professeur Chin Bin Eap de l’unité de psychopharmacologie du CHUV. Autrement dit, la moitié de la substance est encore présente dans l’organisme six heures après son ingestion.»

Même si la sensibilité à la caféine varie fortement selon le patrimoine génétique de chaque individu et que d’autres facteurs comme la fumée ou la prise d’un contraceptif peuvent en influencer le métabolisme, il reste que l’organisme des adolescents est bien moins tolérant à la caféine que celui des adultes. Alors consommer régulièrement des boissons énergisantes, surtout après 16 heures, peut aboutir à des difficultés d’endormissement.

Or, le sommeil est capital dans le développement cérébral des jeunes adultes. A la puberté, les zones du cortex préfrontal, qui contrôlent notamment l’impulsivité, sont en pleine mutation, avec l’optimisation ou l’élimination de certains chemins neuronaux. Ces changements sont affectés par le manque de sommeil. Mal dormir peut aussi entraîner un absentéisme scolaire, des troubles de la concentration diurne et peut même affecter l’humeur.
 

Cardiaques et femmes enceintes d'abstenir

Les femmes enceintes ou allaitantes ne devraient pas consommer de boissons énergisantes. La caféine peut en effet provoquer un retard de croissance intra-utérin chez le fœtus et perturber ensuite le développement du nourrisson, sensible à cette substance, via le lait maternel.

Une grande prudence est par ailleurs conseillée aux personnes souffrant de problèmes cardiaques. Chez elles, la caféine peut potentialiser les troubles du rythme cardiaque.

Boissons énergisantes et caféine

Effets de l’alcool masqués

Autre problème de taille chez les adolescents: l’alcool, car la caféine masque ses effets sédatifs. «Des études menées sur des personnes à la sortie des boîtes de nuit, à qui on demandait si elles avaient bu et si elles allaient continuer à sortir, ont montré que celles qui avaient pris de la caféine avaient davantage consommé d’alcool, tout en s’en rendant moins compte, et qu’elles comptaient prolonger leur soirée, relate le Dr Favrod-Coune, médecin de premier recours aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

En outre, elles avaient davantage de chance d’adopter une conduite à risque comme prendre le volant en état d’ébriété ou avoir des relations sexuelles à risque.» En résumé, la consommation conjointe de boissons énergisantes et d’alcool favorise une surestimation de ses propres aptitudes, ce qui peut amener à poursuivre la consommation d’alcool et à augmenter la prise de risques.

Les boissons énergisantes ont-elles au moins une utilité dans un cadre sportif?

Certes, comme le relève le Dr Favrod-Coune, «la caféine en petite quantité améliore la performance musculaire.» Mais, parallèlement, l’apport important en sucre rapide des boissons énergisantes ralentit le métabolisme général de l’organisme. Elles ne sont donc pas utiles dans la pratique d’une activité physique. Elles ont même un effet diurétique néfaste dans ce contexte: elles majorent les pertes en eau et en sels minéraux ce qui augmente le risque de déshydratation et d’accident lié à la chaleur.

A la différence des boissons isotoniques et nutritives, type Powerade ou Isostar, avec lesquelles il ne faut pas les confondre, elles ne contiennent pas de nutriments permettant une activité sportive prolongée. Leur teneur en sucre inquiète même le Dr Idriss Guessous, médecin épidémiologue aux HUG, pour qui, «au-delà de la caféine, c’est aussi l’équivalent des dix morceaux de sucre que les boissons énergisantes contiennent, qui posent problème car ils accentuent clairement le risque d’obésité».

Des produits addictifs?

Reste qu’au-delà de ces problèmes de santé publique, le risque d’addiction lié aux boissons énergisantes est moins important que celui lié à la prise d’autres substances stimulantes. «L’arrêt de la caféine, la principale substance active de ces boissons, provoque certes des symptômes de sevrage chez la moitié des gros consommateurs, explique le Dr Favrod-Coune. Mais ces symptômes ne sont qu’un seul des six critères qui qualifient une addiction.

On ne poursuit pas la consommation de café malgré des conséquences négatives, par exemple. Il n’y a pas non plus de perte du contrôle de sa consommation, contrairement à l’alcool. Illustration classique de ce phénomène: on ne se lève pas, décidé à boire seulement deux cafés, pour reconnaître, le soir venu, qu’on en a bu dix.»

Finalement, en matière de santé, c’est surtout la co-consommation de ces boissons avec de l’alcool qui est problématique. Le pire étant certainement leur utilisation massive dans les soirées festives où elles sont combinées avec l’alcool, l’activité physique, la danse et la chaleur. Comme le conclut le Dr Ambresin, «une consommation occasionnelle ou modérée de boissons énergisantes ne devrait par contre pas être un motif d’inquiétude, même s’il est regrettable que le contenu en caféine ne soit pas explicite sur l’emballage afin d’informer les adolescents de ce qu’ils sont en train de boire.»

Taurine

Non, ce n’est pas du sperme de taureau comme le martèle le marketing de certaines entreprises. C’est un banal dérivé d’acide aminé présent dans le corps humain et dans l’alimentation. Elle intervient dans différents processus du métabolisme comme la vision, la régulation du calcium au niveau cellulaire ou encore l’excitabilité neuronale. A ce jour, on ignore les effets de cette substance sur la santé en cas de consommation importante, ni à court terme ni à long terme.

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