Des hormones pour grandir

Dernière mise à jour 11/07/16 | Article
Le retard de croissance des enfants ou des adolescents est parfois dû à un déficit de l’hormone de croissance naturellement produite par l’organisme. Il suffit alors de leur donner cette substance, sous forme synthétique, pour qu’ils se remettent à «pousser».

Lors de leur visite chez le pédiatre qui les mesure régulièrement, certains enfants ont une taille inférieure aux normes de croissance établies pour leur âge et pour leur sexe. Ils souffrent d’un retard de croissance qui peut provenir d’un déficit, total ou partiel, de somatotropine, appelée l’hormone de croissance. Cette substance biologique porte bien son nom. Secrétée naturellement par l’hypophyse (une glande située dans le cerveau), elle est en effet indispensable aux enfants et aux adolescents pour bien grandir. Mais son rôle ne se limite pas à cela. Elle permet aussi à leurs os d’acquérir une densité optimale et participe au développement de leurs muscles. Ceux qui en sont privés restent petits, «ce qui, psychologiquement, peut être lourd pour eux», souligne Valérie Schwitzgebel, responsable de l’Unité d’endocrinologie et diabétologie pédiatriques aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). En outre, ils sont plus facilement fatigués, leur masse musculaire diminue –ce qui rend les efforts plus difficiles–, leurs os sont moins solides et ils ont tendance à prendre du poids. Leur bien-être psychique ainsi que leur humeur peuvent en être affectés. Ce déficit hormonal peut se manifester dès la naissance, au cours des premières années de vie ou même à l’adolescence, lors du développement de la puberté. Il peut provenir de maladies génétiques, d’une malformation de l’hypophyse, d’un accident cérébral, d’une méningite sévère, d’une tumeur au cerveau ou être l’effet d’une radiothérapie anticancéreuse. Toutefois, «dans la majorité des cas, il est idiopathique», précise l’endocrinologue; en d’autres termes, on n’en connaît pas l’origine.

Des résultats excellents

Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de remplacer l’hormone de croissance que l’organisme ne produit pas, ou en quantité insuffisante, par son équivalent synthétique. Les substances utilisées depuis trente ans sont produites par génie génétique et n’entraînent aucun risque de maladies neurologiques. Le traitement de substitution commence «dès que le diagnostic de déficit en hormone de croissance est posé», explique Valérie Schwitzgebel. Il passe par une injection sous-cutanée quotidienne, «le soir, avant le coucher, car l’hormone de croissance est essentiellement secrétée pendant la nuit et l’on essaye d’être au plus près des conditions physiologiques». Le traitement se prolonge généralement jusqu’à la fin de la croissance, soit «jusqu’à environ 15 ans chez les filles et 16 ans chez les garçons». Toutefois, pour celles et ceux qui ont un déficit total de sécrétion d’hormone, il peut être prolongé –les adultes ayant aussi besoin de somatotropine, même si c’est en moindre quantité que les plus jeunes. Les résultats du traitement «sont excellents», selon la spécialiste des HUG. Les jeunes patients arrivent à rattraper leur retard de croissance et à atteindre la «taille cible familiale», qui dépend de la grandeur de leurs parents. L’hormone de croissance est aussi prescrite aux fillettes atteintes du syndrome de Turner, une maladie génétique qui est due à une anomalie sur le chromosome X et retarde la croissance osseuse, ainsi qu’aux enfants souffrant d’une insuffisance rénale entraînant un retard de croissance.

Coup de pouce

Certains bébés naissent avec un poids et une taille très inférieurs à la norme du fait de ce que l’on nomme un retard de croissance intra-utérin. «80 à 90% d’entre eux rattrapent cependant spontanément ce retard au cours des deux premières années de leur vie», précise Valérie Schwitzgebel. Aux autres, on peut prescrire de l’hormone de croissance en guise de coup de pouce. «Cela leur permet de gagner 3-4 centimètres, parfois jusqu’à 8. Mais il arrive que l’on n’ait aucun résultat». Quant aux parents qui souhaiteraient que leurs enfants deviennent plus grands que ce que la nature a prévu pour eux, mieux vaut qu’ils soient prévenus. Contrairement à ce qui se fait aux Etats-Unis par exemple, les médecins suisses ne prescriront pas à leurs rejetons de l’hormone de croissance, un traitement qu’ils réservent à ceux qui en ont réellement besoin.

Les possibles effets indésirables du traitement

Comme tout médicament, l’hormone de croissance synthétique a parfois des effets secondaires indésirables. Elle peut par exemple provoquer une hypertension intracrânienne. «La pression augmente dans le cerveau, ce qui engendre des maux de tête et même des vomissements ou des troubles de la vision», précise Valérie Schwitzgebel, responsable de l’Unité d’endocrinologie et diabétologie pédiatriques aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Par ailleurs, le traitement favorise le développement du diabète chez les enfants à risque. Toutefois, «dans la majorité des cas, ces effets indésirables sont réversibles», souligne la spécialiste. Ils cessent lorsque l’on «arrête le traitement ou que l’on diminue les doses du médicament».

Reste la question des conséquences à long terme. Une étude publiée en 2010 par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé a jeté le doute, car elle concluait que les patients traités avaient un risque de surmortalité par rapport à la population générale. Mais cette enquête «n’établit pas la preuve que l’hormone de croissance est en cause», commente l’endocrinologue. Une autre étude réalisée en Belgique, au Danemark et aux Pays-Bas n’a d’ailleurs pas conclu au même résultat. D’autres sont en cours et, «pour l’instant, nous n’avons aucune raison de ne pas prescrire ce traitement. Mais, conclut Valérie Schwitzgebel, nous restons prudents».

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