Football, rugby et commotions cérébrales: vers un «diagnostic-minute» sur le terrain

Dernière mise à jour 10/02/15 | Article
Football, rugby et commotions cérébrales: vers un «diagnostic-minute» sur le terrain
Un neurochirurgien britannique propose un test permettant de situer la gravité du choc à partir de l’air expiré. Une nouveauté qui serait très appréciée par les professionnels du sport.

Les images télévisées du dernier Mondial de football ont montré de manière spectaculaire ce qui pouvait en être de la violence des chocs crâniens chez les joueurs. Elles ont aussi démontré que les règles en vigueur n’étaient plus adaptées aux risques encourus par les joueurs.

Les amateurs se souviennent encore de l’Allemand Christoph Kramer, sorti à la 31e minute de la finale contre l’Argentine: il avait subi un choc à la tête dans la surface quinze minutes plus tôt dans un duel avec Ezequiel Garay. Pourquoi avoir attendu un quart d’heure? Pendant la première mi-temps de la demi-finale de l’Argentine, c’est Javier Mascherano qui avait chancelé et semblé souffrir d’une blessure à la tête quand celle-ci a heurtée celle d’un joueur néerlandais, au moment où les deux footballeurs tentaient de gagner un ballon aérien. Mascherano a quitté le terrain un moment, puis est vite revenu. Pourquoi être retourné?

Règles désuètes

Pendant la victoire de l’Uruguay face à l’Angleterre, le milieu de terrain Alvaro Pereira s’était blessé après un choc de la tête avec le genou d’un joueur anglais. Il a semblé perdre connaissance pendant quelques instants mais il est resté en jeu. Pourquoi? «En grande partie parce que les règles de remplacement désuètes de la FIFA ne donnent pas aux équipes assez de temps pour évaluer l’état de santé des joueurs potentiellement victimes de commotions cérébrales», expliquait alors – images à l’appui – Grégoire Fleurot sur Slate.fr.

Peu après la fin du Mondial, The Lancet Neurology appelait les autorités sportives internationales à prendre en considération les problèmes neurologiques à long terme que les commotions cérébrales répétées peuvent causer.

Ce journal spécialisé rappelait que la commotion cérébrale est la plus fréquente des lésions cérébrales traumatiques liées au sport, et que les effets à long terme des commotions cérébrales répétées sont la démence précoce, la sclérose latérale amyotrophique ainsi que d’autres troubles neurologiques graves. La revue estimait que la décision pour les joueurs de revenir à un jeu après avoir subi une commotion cérébrale ne devait être prise que par des professionnels de santé en non par ceux «qui ont un intérêt dans la performance du joueur».

Test de l’haleine

Beaucoup estiment désormais que la réglementation en vigueur est obsolète et qu’elle doit évoluer: on ne peut plus être laxiste avec les risques inhérents aux commotions cérébrales et à leurs conséquences. C’est dire l’intérêt de la proposition que vient de faire un neurochirurgien britannique: un test de l'haleine du joueur ayant été victime d’un choc crânien, qui détecterait dans l’air expiré les stigmates biologiques indiquant ce qu’il en est de la gravité de la commotion cérébrale. Les recherches portent notamment sur la présence de N-acetylaspartate (NAA) ainsi que des protéines S100B and GFAP.

Le postulat est qu’une lésion cérébrale se traduit par la présence de ces éléments, «relargués» par le cerveau, dans le sang mais aussi (et plus rapidement) dans l’air expiré. Ce serait là une méthode qui pourrait faire évoluer les règles en vigueur de remplacement des joueurs dans des sports comme le rugby, le football et le football américain.

Entre 5 et 10 minutes

Proposée par le Pr Tony Belli (Université de Birmingham), la méthode s’apparente à celles utilisées pour la recherche rapide du taux d’alcoolémie ou de la prise de substances illicites. Les résultats pourraient être obtenus dans les cinq à dix minutes qui suivent le choc crânien. La méthode a été présentée au British Science Festival organisé en septembre dernier à Birmingham. C’est là un sujet polémique qui avait récemment agité le monde du rugby après la mise au point d’un test jugé sans valeur scientifique. Les spécialistes de Birmingham visent quant à eux un test dont l’efficacité ne pourra être mise en doute et qui pourra être utilisé sur tous les stades, quel que soit le niveau de compétition. Ils prennent en compte le fait qu’il est techniquement impossible d’avoir, en temps utile, recours à un examen par IRM dans tous les cas problématiques.

D’autres pistes sont à l’étude dont la validation permettrait soit un retour sur le terrain du joueur, soit son remplacement définitif, et ce avec toutes les garanties médicales nécessaires.

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1. Un résumé (en anglais) de ce projet est disponible ici.

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