Difficile à diagnostiquer, une BPCO à composante asthmatique doit être traitée spécifiquement

Dernière mise à jour 04/02/16 | Article
Difficile à diagnostiquer, une BPCO à composante asthmatique doit être traitée spécifiquement
Jusqu’à très récemment, les médecins s’occupaient peu des bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) avec une composante d’asthme. Or, il apparaît que les patients qui en souffrent doivent être pris en charge de manière spécifique. Appelée «syndrome de chevauchement asthme-BPCO» (ACOS), leur maladie diffère en effet de la BPCO classique. Les explications du Professeur Laurent Nicod, médecin chef du Service de pneumologie du Centre hospitalier universitaire vaudois.

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est une BPCO?

Il s’agit d’une obstruction chronique des voies aériennes qui touche de 5 à 7% de la population adulte. La maladie détruit une partie des poumons et provoque une inflammation des bronches. Avec le temps, les poumons n’arrivent plus à se vider correctement. Ils deviennent comme des ballons qu’on aurait trop gonflés et qui perdent de leur élasticité. Le résultat, c’est que les gens qui souffrent de BPCO sont rapidement essoufflés et ont de la peine à respirer.

Quelles en sont les causes?

Dans 80% des cas, la maladie est due au tabagisme. Pour le 20% restant, les mécanismes sont encore peu connus. On soupçonne que l’utilisation de sprays –soit à domicile soit dans un contexte professionnel– provoque des inflammations des poumons qui deviennent chroniques. L’environnement plus large semble aussi en cause. Mais tout cela reste encore à démontrer.

L’asthme a quant à lui une composante plutôt allergique?

Oui. Dans la plupart des cas, il touche les jeunes et a une composante allergique. Quand il est bien traité, il est généralement réversible, particulièrement chez les enfants. Mais il y a malheureusement entre 5 à 10% des cas d’asthme que nous n’arrivons pas à soigner. C’est un asthme qui apparaît chez des personnes plus âgées. Chez elles, ce n’est pas un phénomène allergique qui provoque l’obstruction mais une inflammation due à une irritation externe. Difficile à traiter, cette inflammation a tendance à devenir chronique et à entraîner une BPCO. On parle alors de syndrome de chevauchement.

Faire la différence entre un asthme tardif et une BPCO classique n’est donc pas si évident?

C’est une partie du problème, même si les deux atteintes ont des caractéristiques bien différentes. Avec un asthme, la qualité de la respiration varie en quelques minutes. Les exacerbations obstructives sont ponctuelles et apparaissent souvent la nuit ou au petit matin. Il y a souvent aussi des antécédents familiaux et des sensibilités particulières aux allergies ou de l’eczéma. Chez les patients qui souffrent de BPCO, on parle plutôt de bons et de mauvais jours et les problèmes d’inspiration et d’expiration s’inscrivent dans la durée et restent stables. Par ailleurs, la BPCO apparaît généralement à un âge plus avancé, autour des cinquante ans et la situation se péjore graduellement.

Si le diagnostic ne pose pas trop de problèmes, pourquoi est-il si difficile de repérer ces syndromes de chevauchement?

Eh bien simplement parce que les gens ne consultent que quand la gêne devient vraiment handicapante, comme c’est souvent le cas avec les maladies pulmonaires. On sait ainsi que près d’une personne sur dix environ souffre d’une obstruction pulmonaire sans s’en rendre compte et attend d’être vraiment handicapée par la gêne pour consulter. Des pays européens ont organisé un dépistage systématique avec des fonctions pulmonaires au cabinet, mais ce n’est pas encore le cas en Suisse. Ce qui fait que beaucoup de gens souffrent de problèmes respiratoires sans s’en rendre compte!

Lorsqu’elles sont dépistées et diagnostiquées correctement, les BPCO avec une composante asthmatique doivent être traitées différemment des BPCO classiques?

Oui. Jusqu’à très récemment, le traitement était indifférencié. Tout le monde recevait un bronchodilatateur. Les produits actuels, très puissants, améliorent considérablement la qualité de vie des cas de BPCO classiques. Lorsqu’il y a une composante d’asthme, il est essentiel d’ajouter des stéroïdes et de la cortisone. Mais à une dose faible, car l’inhalation de stéroïdes peut mener à des bronchopneumonies. Il faut donc distinguer les diagnostics pour mieux traiter.

Des progrès sont-ils à attendre dans le traitement de ce syndrome de chevauchement asthme-BPCO?

Des études sont en cours avec un anticorps appelé anti-IL-5. Il est utilisé aujourd’hui chez les asthmatiques pour qui les autres traitements se sont avérés inefficaces. Ce traitement cible des globules blancs, les éosinophiles, qui jouent un rôle important dans l’asthme. L’espoir est de stopper la progression, voire de rendre réversible une partie de l’obstruction. Mais pour l’instant, ce traitement est en phase de test.

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