Réagir vite freine l’évolution de la maladie d’Alzheimer

Dernière mise à jour 24/02/15 | Article
Réagir vite freine l’évolution de la maladie d’Alzheimer
Diagnostiquer rapidement la maladie permet de retarder l’aggravation des symptômes. Et donc de préserver le plus longtemps possible l’autonomie de la personne atteinte.

De quoi on parle?

Les faits

Un «jardin sécurisé» destiné aux patients atteints de démence, et notamment de la maladie d’Alzheimer, vient d’être inauguré fin 2014 par les Hôpitaux universitaires de Genève. Il permet aux malades de se promener seuls à l’air libre, sans risque de s’égarer.

La suite

D’autres initiatives de ce genre devraient suivre, car la démence est devenue un problème de santé publique. Actuellement, 113 000 personnes sont atteintes en Suisse, et on prévoit qu’elles seront 300 000 d’ici à 2050.

Peu à peu, on a la mémoire qui flanche. On n’arrive plus à utiliser son téléphone. On se perd dans les lieux familiers. «II faut être attentif à des changements de ce genre», souligne Gabriel Gold, médecin-chef du service de gériatrie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), car ces signes sont évocateurs de la maladie d’Alzheimer. «Le pire est alors de ne pas chercher de l’aide et de s’isoler de plus en plus. Rester dans l’incompréhension ne fait qu’augmenter la souffrance du malade et de ses proches», ajoute le spécialiste.

Mieux vaut donc consulter au plus vite. Même si la maladie est toujours incurable, on dispose maintenant de tests de dépistage précoce et de médicaments qui retardent les symptômes.

Utiliser son cerveau

La maladie d’Alzheimer, la plus fréquente des démences, est liée au processus de vieillissement. C’est pourquoi, hormis dans les rares cas de maladie dite «familiale», le trouble dégénératif apparaît après 65 ans et frappe surtout les plus de 75-80 ans. Elle provient de l’accumulation dans le cerveau de deux types de protéines: d’une part les béta amyloïdes qui forment des plaques toxiques pour les neurones, de l’autre les protéines tau qui bloquent le bon fonctionnement de ces cellules nerveuses et finissent par les tuer.

Pourquoi ces protéines, naturellement présentes dans le cerveau, se mettent-elles à s’agglutiner? C’est encore un mystère. On connaît toutefois des facteurs qui favorisent ce processus. Certains sont d’origine génétique. D’autres sont d’ordre physiologique, comme le diabète, un taux trop élevé de «mauvais» cholestérol ou l’hypertension. Au moins dans ce cas, on peut agir, puisque «si l’on traite l’hypertension, on diminue de moitié le risque de souffrir de l’Alzheimer», précise Gabriel Gold.

Le mode de vie joue aussi un rôle. Il peut avoir un rôle protecteur. Pour retarder l’apparition de la démence, mieux vaut nouer de nombreuses relations sociales, avoir un haut niveau d’éducation et, plus généralement, «utiliser son cerveau», selon le gériatre. Parler plusieurs langues est d’ailleurs un atout puisque «les bilingues ont un moindre risque de développer la maladie». Au-delà de l’intellect, le médecin conseille «d’avoir une bonne hygiène de vie et de faire régulièrement de l’exercice. C’est bon pour le cœur, mais aussi pour le cerveau.»

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Réagir aux premiers signes

Il reste que même en suivant à la lettre ces recommandations, on n’est pas à l’abri de la maladie d’Alzheimer. Quelques symptômes devraient alerter la personne et ses proches. D’abord, des pertes de mémoire et de l’orientation dans l’espace, puis des difficultés à réaliser des tâches simples qui auparavant ne posaient aucun problème, des troubles de la communication, du comportement ou de l’humeur, qui peuvent conduire à une perte complète de l’autonomie.

Il est toutefois possible aujourd’hui de poser un diagnostic précoce de la maladie, avant qu’elle ne devienne invalidante. L’examen débute par des tests neuropsychologiques, «de petites épreuves qui consistent à poser des questions à la personne, à lui faire faire des dessins et à tester ses fonctions cognitives», précise Gabriel Gold. En cas de forte suspicion, l’IRM à haute définition permet de mesurer le volume de l’hippocampe, une structure du cerveau qui joue un rôle clé dans la mémoire. «Malheureusement, lorsque les premiers symptômes de la maladie apparaissent, les personnes ont déjà perdu 50% de leurs neurones.»

Un jardin sécurisé offre un bol d’oxygène aux patients atteints de démence

Aménagé sur le site de Belle-Idée des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), le jardin sécurisé accueille des personnes atteintes de démence. L’espace n’est pas grand, mais il permet aux patients de sortir à l’air libre et de faire quelques pas, sans être accompagnés de leurs proches ou du personnel soignant.

Auparavant, explique Denis Caharel, assistant de la responsable des soins et chef de projet de ce jardin sécurisé, les patients «erraient dans les couloirs de l’hôpital». Ils butaient alors contre les portes menant vers l’extérieur, qui sont en permanence fermées à clé pour éviter qu’ils ne s’égarent. Désormais, dans la journée, ils peuvent aller dehors et se promener sans risque dans ce jardin, situé en pleine nature, mais entouré d’un grillage.

«Certains patients ont besoin de se dépenser et, pour eux, il est bon de marcher, poursuit l’infirmier. Nous espérons que cela améliorera leur humeur, qu’ils dormiront mieux et qu’ils auront ainsi moins besoin de calmants.» Une étude est en cours pour évaluer l’évolution des comportements des malades mais déjà, «il me semble que l’ambiance est plus détendue», constate Denis Caharel.

Cette initiative a pu voir le jour grâce à la fondation Artères des HUG et de la Faculté de médecine de l’Université de Genève. «Nous avons facilement trouvé un mécène qui a financé intégralement ce projet coup de cœur qui apporte un supplément d’âme», précise Stéphane Couty, la secrétaire générale de la fondation.

«Ce jardin, c’est un formidable outil de travail», souligne Denis Caharel. L’équipe soignante songe d’ailleurs déjà à le développer. «En collaboration avec des ergothérapeutes, nous comptons y installer des petits potagers surélevés, afin de permettre aux patients de jardiner sans se baisser.» Et de retrouver une activité.

Il est aussi possible de détecter les protéines anormales en examinant le liquide céphalo-rachidien (fluide qui baigne le cerveau) prélevé par ponction lombaire et même d’obtenir des résultats plus précis à l’aide d’une technique d’imagerie, le «PET scan» (tomographie par émission de positons).

Certes, la maladie d’Alzheimer est toujours incurable. Mieux vaut toutefois la dépister au plus vite. Car il existe «deux familles de médicaments qui permettent, pendant un certain temps, de stabiliser les symptômes». Certains malades peuvent ainsi retarder le moment où ils ne seront plus capables de se laver ou de s’habiller seuls. C’est important pour eux, mais aussi pour leurs proches «qui pourront gagner une heure sur le temps qu’ils leur consacrent».

Patients et entourages réticents

L’idéal serait bien sûr de pouvoir bloquer l’évolution de la maladie en empêchant l’accumulation des protéines pathogènes. De nombreux chercheurs et médecins s’y emploient. Mais Gabriel Gold reconnaît que dans le domaine des troubles du grand âge, «les patients et leur entourage ont encore des réticences à participer à des projets de recherche». Ces études sont pourtant indispensables si l’on veut progresser dans la compréhension et le traitement de cette maladie qui, du fait du vieillissement de la population, est devenue un véritable défi pour la santé publique.

En collaboration avec

Le Matin Dimanche

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