Sport contre l’obésité et bienfaits du surpoids: mythes ou réalités?

Dernière mise à jour 18/05/15 | Article
Sport contre l’obésité et bienfaits du surpoids: mythes ou réalités?
Trois spécialistes internationaux viennent de dénoncer dans le British Journal of Sports Medicine le «mythe» selon lequel faire plus d’exercice physique permet de lutter contre l’obésité. D’autre part, plusieurs recherches laissent penser qu’un léger surpoids pourrait augmenter la durée de l’espérance de vie.

L’obésité n’est pas la conséquence d’un manque d’activité. Et l’activité sportive n’est pas une réponse à l’obésité. Tels sont les propos quelque peu dérangeants que viennent de développer dans les colonnes du British Journal of Sports Medicine (1) Aseem Malhotra (Royaume-Uni), Timothy Noakes (Afrique du Sud) et Stephen Phinney (Etats-Unis). L’essentiel réside moins, selon eux, dans les dépenses caloriques induites par les activités physiques que dans le choix d’opter durablement pour des apports alimentaires plus sains et moins importants. C’est là un propos accusateur vis-à-vis des complexes de l'industrie alimentaire qui, par voie publicitaire notamment, véhicule l’idée selon laquelle l’obésité est pour l’essentiel associée à un déficit d’exercice physique. «L'activité physique ne peut pas compenser les effets d'une mauvaise alimentation», assurent-ils.

Oui à l’exercice physique

Pour les auteurs, il ne s'agit en aucun cas de sous-estimer, contester ou minimiser les vertus de la pratique régulière d'une activité musculaire et sportive. Bien au contraire: ils prennent soin de souligner qu'elle demeure une méthode très efficace de prévention de nombreuses affections, à commencer par le diabète de type 2 ou nombre de pathologies cardiovasculaires. Mais c’est selon eux un abus que de soutenir que cette activité favoriserait (à elle seule) la perte de poids sur le long cours. Le surpoids doit, disent les auteurs, être «directement relié à la quantité et à la qualité des calories consommées». Aussi l'épidémie d'obésité constatée dans les pays occidentaux ne serait que la partie visible «des effets néfastes d'une mauvaise alimentation». Combinée, qui plus est, à une consommation chronique de tabac et de boissons alcooliques. Une absence d’hygiène alimentaire qui constitue un véritable fléau sanitaire.

Non à la publicité

C’est ici que jouent les effets pervers des messages publicitaires laissant entendre «qu'un poids sain se maintient en brûlant les calories», des messages qui font croire au plus grand nombre «que l'obésité est uniquement due à un manque d'exercice» et qui sont amplement véhiculés par les industries agroalimentaires voire parfois par les autorités sanitaires.

Ainsi, la marque «Coca-Cola, qui a dépensé 3,3 milliards de dollars en publicité en 2013, fait passer le message que "chaque calorie compte". Ils associent leurs produits au sport, suggérant qu'on peut continuer à les consommer, tant que l'on pratique un exercice physique». Vouloir maîtriser son poids passe par la prise en compte de l'origine des calories ingérées. Les auteurs rappellent notamment que les calories provenant d'aliments sucrés favorisent le stockage des graisses sans gommer pour autant la sensation de faim –alors que les calories issues des lipides induisent plus facilement un état de satiété.

«La promotion des boissons sucrées et la banalisation d'une mauvaise alimentation avec le sport comme support doivent cesser, font valoir les trois auteurs publiés dans le British Journal of Sports Medicine. Cette manipulation par le marketing sabote les interventions des pouvoirs publics qui visent notamment à introduire une taxe sur les boissons sucrées ou à interdire la publicité concernant des aliments mauvais pour la santé».

«Or nous le savons bien, le but des programmes d’activité physique est de modifier la composition corporelle (diminution de la masse grasse en préservant la masse musculaire notamment). L’objectif principal est d’améliorer la "fonctionnalité" du muscle squelettique et surtout sa capacité à produire de l’énergie et à utiliser les lipides à des fins énergétiques», explique pour sa part, sur le site du Think Tank ObésitéS, Gautier Zunquin, maître de conférences en activités physiques à l’Université du Littoral Côte d’Opale. Bref, «veiller à ce que le muscle soit en bonne santé». En effet, beaucoup de pathologies chroniques sont dues à un muscle en mauvaise santé (peu sollicité, comme dans le cas d’une inactivité physique). Mais, le carburant de notre muscles provient de notre alimentation… Celle-ci a une importance capitale sur notre "bonne santé" à travers ses effets sur les différents organes.»

Obèses «métaboliquement sains»

Cette question est d’autant plus importante que de nombreuses données confirment la forte progression de la prévalence de l’obésité un partout dans le monde. Les formes les plus sévères sont fréquentes et aux États-Unis environ 3% de la population aurait un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 40 kg/m². Globalement, 20% de la mortalité totale serait en lien avec l’obésité et ses complications, avec un risque proportionnel à l’intensité de l’excès pondéral.

«Il faut toutefois savoir que les relations entre l’obésité et la surmortalité ont été discutées ces dix dernières années avec l’émergence du concept des personnes obèses "métaboliquement saines" et le "paradoxe" de l’obésité, explique le Pr Michel Krempf (Clinique d’endocrinologie, maladies métaboliques et nutrition, Hôpital Laennec-Saint-Herblain à Nantes) dans La Revue du Praticien. Le concept d’obèses "en bonne santé"est issu de plusieurs publications majeures.Dans une grande méta-analyse portantsur 97 études et 2,9 millions de patients,il est apparu que les sujets en surpoids avec un IMC entre 25 et 30 kg/m² avaient la plus faible mortalité. Elle était environ6% inférieure aux patients de poids normal (IMC entre 18 et 25 kg/m²).»

Etre «obèse» et en «bonne santé» est-il possible? Ce concept «mérite d’être discuté», précise le Pr Krempf, qui explique que c’est là une notion à manier avec précaution. Il s’agit d’une formule qui souligne «l’importance du rôle central de la répartition de la masse adipeuse viscérale ou sous-cutanée» et qui «permet de mieux désigner les patients sur lesquels l’intervention médicale pourra être portée et encouragée.» «L’activité physique et l’entraînement pourraient être un moyen simple de maintenir ou de faire basculer dans la catégorie des patients "métaboliquement sains" de très nombreux patients obèses», écrit-il.

Mais il faut aussi compter avec un autre «paradoxe de l’obésité». De nombreuses études suggèrent en effet que les personnes en surpoids ou modérément obèses (IMC entre 25 et 30 kg/m²) auraient, en cas de maladie cardiovasculaire, une meilleure longévité par rapport aux patients sans surpoids. C’est le cas avec l’infarctus du myocarde, l’insuffisance cardiaque, l’accident vasculaire cérébral ou l’hypertension artérielle. Il en irait de même pour d’autres pathologies chroniques comme l’insuffisance rénale, les pathologies pulmonaires ou l’infection par le VIH.

Le débat est vif sur ce sujet au sein de la communauté médicale et scientifique. Pour autant, le Pr Krempf estime que pour un excès pondéral modéré (IMC entre 25 et 35 kg/m²), surtout chez les sujets les plus âgés, «il n’est probablement pas utile de tenter de rechercher à tout prix d’obtenir une perte de poids trop importante et trop rapide s’il n’existe pas de complications métaboliques».

 

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1 Le texte (en anglais) de cette tribune est disponible à cette adresse: http://bjsm.bmj.com/content/early/2015/04/23/bjsports-2015-094911

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