Obésité, et si une violence subie était en cause?

Dernière mise à jour 15/05/14 | Article
Obésité, et si une violence subie était en cause?
L’obésité n’est pas seulement le résultat d’une alimentation excessive et d’une trop grande sédentarité. Le trouble est bien plus complexe, comme en attestent de nombreuses études qui confirment les liens entre obésité et antécédents de violence physique ou sexuelle.

Si le surpoids a longtemps été considéré sous le seul aspect diététique, on en est aujourd’hui bien revenu! Non seulement les régimes alimentaires restrictifs sont peu efficaces, mais ils aggravent souvent la situation en générant l’effet yo-yo et des troubles du comportement alimentaire.

Chef du Service d'enseignement thérapeutique pour maladies chroniques des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), le Professeur Alain Golay, spécialiste du surpoids, va plus loin: «L’obésité est un trouble du comportement alimentaire d’une grande complexité. La personne obèse n’est pas un malade qui a trop de graisse, c’est une personne qui a des besoins, des souffrances, des envies et des ressources», assène-t-il en préambule.

Antécédents de violence

Plusieurs études démontrent le lien entre des antécédents de violences psychiques, physiques ou des abus sexuels et l’obésité. Les femmes obèses rapportent dix fois plus d’antécédents d’abus sexuels et quatre fois plus de violences physiques comparées à des femmes de corpulence normale. Dans l’unité du Pr Golay, entre 25 et 30% des patients ont été victimes d’abus, les hommes aussi bien que les femmes, même si celles-ci sont plus nombreuses.
Le stress post-traumatique des patients abusés est énorme et les troubles du comportement, parmi lesquels figure l’obésité, sont fréquents. «Le comportement alimentaire est dicté par la mauvaise estime de soi, le stress, les angoisses. Dans une société où le stress est très présent, la nourriture, qui est un anxiolytique extrêmement puissant, est utilisée comme un calmant», explique Alain Golay. Cela peut prendre la forme de compulsions alimentaires (on mange sans pouvoir s’arrêter) ou de grignotage entre les repas.

Suite à leur passé familial ou social parfois traumatisant, les personnes obèses sont souvent coupées de leurs sensations et de leurs émotions. Elles se construisent une enveloppe corporelle qui cache un vide de sensations et d’émotions. «C’est un rempart contre ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de leur corps. Il leur donne le sentiment d’être protégées. Pour une femme, cela peut être une manière inconsciente de ne plus être désirable donc de ne plus courir le risque d’être abusée».

Prévenir les complications

L’obésité et le surpoids touchent 15% de femmes, 11% d’hommes et 20% d’enfants dans la population suisse. Les causes sophistiquées de ce trouble nécessitent une prise en charge multidisciplinaire.

A Genève, le Pr Golay a développé une approche humaniste qui considère le patient dans toutes ses dimensions, y compris psychologiques. Elle repose sur l’éducation thérapeutique du patient, une démarche qui lui permet de comprendre sa maladie et de reprendre petit à petit le contrôle sur sa vie.

L’objectif est d’éviter les conséquences de l’obésité sur le système cardio-vasculaire et les complications telles que le diabète ou l’hypertension. Un surpoids durable a aussi un impact sur les cancers de l’utérus et du sein chez la femme, du côlon et de la prostate chez les hommes. Il engendre de fréquentes lésions ostéo-articulaires qui peuvent devenir très handicapantes. «Certains patients sont bloqués physiquement et socialement. Ils ne peuvent plus bouger et n’osent plus sortir parce qu’ils ont honte. Ils sont emprisonnés dans leur corps et dans leur tête».

Petits pas, grands effets

Les ligues de santé ont beau être unanimes sur le fait que marcher une demi-heure par jour est bon pour la santé, il n’empêche que ces recommandations ne sont suivies que par un tiers de la population suisse. Pourtant, marcher une demi-heure par jour, sans changer son alimentation, permet de perdre entre 5 et 10 kg en un an. Et une perte de 5 à 10 kg représente 30% de risques de mortalité en moins sur 10 ans.

Apprendre à dire non

Le traitement intègre donc aussi la psychologie de chaque personne.

«Les patients ont une estime de soi souvent très abîmée. Dans ce contexte, les thérapies cognitivo-comportementales se révèlent bénéfiques pour apprendre à donner et à recevoir, à critiquer et à être critiqué, à dire non. De nombreux patients disent d’eux-mêmes qu’ils sont "trop bons"».

L’objectif premier n’est pas de se débarrasser au plus vite des kilos superflus. Une perte de poids trop rapide peut être inappropriée par rapport à ce que ressentent les patients et être considérée comme menaçante en raison de la perte de repères. L’expérience clinique montre qu’une mauvaise image du corps entraîne souvent une reprise de poids pour se sentir en sécurité.

Au cours de son traitement, le patient apprend aussi à trouver ailleurs et autrement le réconfort obtenu avec la nourriture. Relaxation, hypnose et groupes de paroles figurent au programme. Mais aussi la danse thérapie et l’art-thérapie, qui représentent une très grande aide pour les patients qui ont de la difficulté à parler d’eux-mêmes. «La peinture et la sculpture facilitent l’expression des émotions de manière indirecte. Le poids qu’ils portent dans leur tête s’allège. Ils se sentent moins stressés, moins anxieux, plus légers. Et la conséquence, c’est que leur poids corporel baisse aussi», conclut Alain Golay.

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