Garder la ligne après un régime

Dernière mise à jour 18/02/11 | Dossier
Que manger?
La satisfaction d’avoir maigri fait souvent place à la déception de reprendre les kilos perdus quelque temps plus tard. On sait pourtant aujourd’hui ce qui freine ou favorise cette reprise de poids. La motivation du patient devrait être entretenue pendant au moins quatre ans.

Introduction

Il n’y a pas qu’une seule façon de maigrir, pour ne pas dire que l’imagination, dans ce domaine, est parfois débordante. Les régimes dits hypocalorique, hyperprotéiné, dissocié, exclusif ou avec substitut alimentaire côtoient des approches plus thérapeutiques qui allient aux principes diététiques des  aspects  psychologiques,  de  l’exercice physique, voire un soutien pharmacologique. Le succès d’une méthode est une chose, préserver la perte de poids après une diète en est une autre. Et si tout le défi était là? Comment garder la ligne et éviter ainsi le phénomène «yo-yo»? Cette question a toute son importance, puisqu’une perte de poids, de l’ordre de 5 à 10%, quel que soit le type de régime suivi, améliore la qualité de vie et la santé, et cela aussi longtemps qu’elle perdure. Rappelons qu’un excès pondéral peut avoir de graves conséquences: l’obésité augmente en effet les risques de diabète, de maladies cardiovasculaires, articulaires, d’apnée du sommeil et même de certains cancers. Mais quels sont au juste les objectifs à tenir après une phase de régime? Selon certaines recommandations cliniques, le patient ne devrait pas reprendre plus de trois kilos dans les deux années qui suivent. L’Académie nationale américaine des sciences soutient, quant à elle, que la perte de poids doit être d’au moins 5%, et qu’il convient de rester en dessous de cette limite pendant au moins un an.

Un encadrement nécessaire

Grâce à des recherches, on sait que différents facteurs vont influencer positivement le maintien de la perte de poids ou, au contraire, le conduire à l’échec. 

Tout d’abord, il a été démontré qu’un encadrement médico-social avec un programme de prise en charge sur le long terme est favorable au patient, tout comme un soutien familial adapté. La pertinence d’un suivi régulier repose sur le fait que l’obésité s’apparente à un problème chronique, bien que dans la pratique clinique habituelle, elle ne soit pas considérée comme une maladie chronique, contrairement au diabète ou à l’hypertension artérielle, par exemple. Pourtant, les spécialistes soulignent qu’une perte de poids place la personne dans un nouvel équilibre métabolique et endocrinien qui nécessite une adaptation progressive des stratégies d’encadrement. Après une diète, on observe en effet une réduction du métabolisme de base, une diminution du taux de leptine dans le corps (hormone qui induit la sensation de satiété) ainsi qu’une augmentation du taux de ghréline, hormone de la faim! Des chercheurs ont ainsi démontré qu’une grande sensation de faim après une perte de poids avait pour conséquence une reprise de poids rapide… Concernant l’évolution du poids, il est important que les objectifs visés soient, au départ, réalistes. Car réussir à atteindre le poids désiré est une récompense qui mettra la personne en confiance dans sa capacité à maigrir et à se maintenir. Si un amaigrissement rapide a longtemps été considéré comme un frein à long terme, il peut, en réalité, s’avérer une bonne source de motivation pour la suite. Car, faut-il le préciser, la motivation est cruciale dans le succès d’un tel processus.

Une attitude flexible

Un autre facteur de réussite tient à la capacité de l’individu à reconnaître ce qui, émotionnellement, déclenche sa sensation de faim. De même, une attitude flexible face aux principes diététiques à respecter sera tout à son avantage, contrairement à un mode de fonctionnement de type «tout ou rien» qui est parfois révélateur de troubles du comportement alimentaire. La présence de troubles, s’ils ne sont pas traités, peuvent conduire à l’échec le maintien de la perte de poids. Au niveau diététique, mais aussi en ce qui concerne l’activité physique, il est primordial d’observer et de renforcer les nouveaux comportements qui ont permis de maigrir. Pour que le bénéfice soit durable, il faut que des changements dans l’hygiène de vie aient lieu à plusieurs niveaux et qu’ils soient intégrés pleinement. C’est une tâche particulièrement difficile pour les patients, et ils sont nombreux  reprendre rapidement leurs vieilles et mauvaises habitudes. Aussi, pour que les efforts soient moindres et couronnés de succès, il est important que les nouvelles règles, une fois enseignées, soient constamment répétées. Une recherche a par ailleurs montré que les sujets ayant maintenu leur poids pendant une courte durée (deux ou trois ans) devaient faire plus d’efforts que ceux qui l’avaient préservé beaucoup plus longtemps (six ans en moyenne).

Entretenir la motivation

Une étude multidisciplinaire, menée auprès de cinquante patients obèses aux Hôpitaux universitaires de Genève, en plus de confirmer les facteurs prédictifs de l’évolution du poids après un régime, a montré que la motivation devait être entretenue grâce à des ateliers de diététique, d’activité physique ou à un soutien psychologique pendant au moins quatre ans. Il s’est avéré que les patients qui avaient le mieux réussi avaient un poids moyen inférieur au départ et avaient moins perdu dans la première phase de régime. La prise d’orlistat (un médicament utilisé dans le traitement de l’obésité) à la demande s’est aussi révélée utile, en particulier en cas de reprise de poids modérée.

Source

« Maintien de la perte de poids à long terme », Pr A. Golay, Drs V. Makoundou, F. Habricht, E. Bobbiani-Harsch, Z. Pataky, Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé, Département de médecine communautaire et de premier recours des HUG, in Revue médicale suisse 2010; 6: 682-4.

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