«Dès qu’on bouge, tout va mieux»

Dernière mise à jour 20/08/15 | Article
Cinq minutes de course chaque jour permettent déjà d’améliorer l’espérance de vie et réduisent l’occurrence des pathologies
Le sport fait-il maigrir? La question est simple, mais la réponse est bien plus complexe qu’on ne pourrait le croire. Les explications de Cyrille Gindre, chercheur, enseignant et entraîneur de course à pied.*

P.S.: L’activité physique est considérée comme l’un des piliers du traitement du surpoids et de l’obésité. Fait-elle pour autant perdre des kilos?

C.G.: Il y a plusieurs manières de répondre. Si l’on observe l’évolution de personnes sédentaires et d’autres qui pratiquent une activité physique, on constate que le premier groupe a tendance à prendre plus de poids avec l’âge que le second. C’est comme si l’activité physique avait un effet protecteur contre la prise de poids. En revanche, si l’on observe une personne en surpoids qui se met à pratiquer une activité physique, c’est plus complexe. D’un seul point de vue comptable, la situation est la suivante: imaginons une personne qui pèse 70 kg, dont 25% (soit 17 kg) sont constitués de graisse. Un kilo de graisse est équivalent à 9000 calories. Si elle se lance dans un marathon, elle va peut-être perdre 250 à 300 grammes de graisse au maximum. Il faudra donc beaucoup d’efforts pour perdre une quantité notable de masse grasse.

La perte est-elle donc aussi infime?

On peut globalement dire qu’il y a une tendance à la perte de poids suite à la pratique d’une activité physique, mais celle-ci n’est pas nette. D’une part parce que lorsque l’on fait du sport, on prend plus d’eau (le volume sanguin augmente), de l’autre parce qu’on a tendance à prendre du muscle. Même si la masse grasse baisse, on ne verra pas forcément de différence notable sur la balance parce que la masse maigre augmente en parallèle.

Alors à quoi bon faire des efforts?

Dans la mesure où on ne peut pas assurer que le poids va baisser, il ne faut pas se braquer sur la balance et le nombre de kilos à perdre, mais sur la silhouette, qui se modifie, et sur le fait qu’on se sent mieux. Dès que l’on bouge, tout va mieux parce que «ce que j’utilise, je le renforce». De nombreuses études montrent que l’activité physique améliore globalement la santé et réduit l’occurrence de certains cancers, maladies cardio-vasculaires et autres troubles corporels. Elle agit non seulement sur le corps mais aussi sur notre humeur et notre capacité à apprendre. Il y a une très grande continuité entre le mental et le corps. Quand l’un va mieux, l’autre aussi. Bouger permet de sortir plus facilement d’une dépression ou peut la prévenir. On se sent plus belle ou plus beau…

Comment convaincre les sédentaires de bouger?

Quelqu’un qui ne veut pas pratiquer d’activité physique ne le fera pas, quelle que soit l’argumentation. Tout ce qui ne fait appel qu’à la seule volonté ne fonctionne pas. A cela s’ajoute que les personnes en surpoids et sédentaires sont doublement culpabilisées: non seulement elles mangent trop mais en plus elles ne bougent pas! La question centrale à se poser touche nos émotions. Elle réside dans le «Que faut-il pour que je bouge un peu plus?». La réponse, c’est qu’il faut sortir de la culpabilité et faire confiance à son corps. C’est quand la personne est dans la contradiction («Je sais que je devrais, mais je ne le fais pas») que le dialogue est possible. Une étincelle de volonté est nécessaire, mais ce qui est central, c’est d’aller chercher en soi ce qui procure du plaisir. Cela signifie éviter d’aller dans les zones de douleurs et ne pas se fixer des objectifs irréalisables. Si le corps n’y trouve pas son compte, il est clair que ce sera un échec et c’est le plus sûr moyen d’arrêter l’activité physique après seulement quelques séances.

A quelle fréquence faut-il bouger?

Il n’y a pas de limite inférieure. Tout mouvement compte. Actuellement encore, on recommande de bouger à un rythme assez soutenu au moins cinq fois 30 minutes par semaine, mais dans de nombreux cas, ces conseils sont irréalistes. On a appris depuis que même cinq minutes de course chaque jour améliorent l’espérance de vie et réduisent l’occurrence des pathologies. Ne restons pas braqués sur une limite à atteindre. Il s’agit de donner de la valeur et une place à ce corps qui sait bouger, se faire du bien et le ressentir. C’est un cercle vertueux. Lorsque les personnes commencent à bouger, elles mangent aussi mieux, les relations avec les autres s’améliorent. La volonté, c’est l’étincelle. L’envie se lève quand l’activité plaît au corps. Il faut sortir des objectifs de performance à atteindre, c’est un rapport entre soi et soi. Pour les personnes handicapées par leur poids, même la marche à petits pas et sur un terrain plat permet de redonner une place au corps et au mouvement. L’idée est d’aller vers des endroits où l’on sait que l’on va trouver du plaisir, de pratiquer par exemple l’activité en groupe parce que la convivialité est partie intégrante d’une vie qui s’infléchit.

­­__________

*Cyrille Gindre est l’auteur de Je cours pour ma forme et Courir en harmonie, parus aux éditions Volodalen.

A LIRE AUSSI

Microbiote
Il est parfois difficile de distinguer les douleurs de l’intestin de celles de l’estomac

Maux de ventre et ballonnement, ça s’explique

Au plaisir de déguster un bon repas se succèdent parfois des désagréments digestifs tels que des maux...
Lire la suite
Constipation
selles_disent

Les selles et leurs mystères

Aspect, forme, couleur, odeur: nos fèces livrent quantité d’informations sur notre état de santé. Voici...
Lire la suite
Troubles digestifs
faute_fodmap

Ballonnements, diarrhée, mauvaise digestion… et si c’était la faute des FODMAP?

Ces sucres à chaînes courtes peuvent causer des problèmes aux personnes sensibles, mais attention à ne...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
PULS_paris_prevention

Le pari de la prévention

Nous le savons tous, mieux vaut prévenir que guérir. En renonçant, par exemple, au tabagisme dont on sait qu’il favorise le cancer du poumon. Facile à dire, pas forcément à faire. Et pourtant plus que jamais, la médecine, aussi performante soit-elle, encourage les patients à changer le cours de leur vie en étant acteurs de leur santé grâce à une vie saine et au dépistage. Ou comment faire rimer motivation et prévention.
Videos sur le meme sujet

Pourquoi les hommes prennent du ventre et les femmes des cuisses et des hanches

Le corps des hommes et des femmes ne réagit pas de la même façon devant la prise de poids.

Prévention: une opportunité de santé pour tous

La prévention dans le domaine de la santé consiste à prévenir la survenue de maladies, à améliorer la qualité de vie au quotidien et à informer la population pour qu’elle devienne critique face à la publicité, pour qu’elle puisse choisir librement de ses comportements. C’est tout ce qu’on peut mettre à profit pour améliorer la santé maintenant et dans le futur.

Grossesse et obésité: un duo à risque

Obésité et grossesse forment un duo à risque pour la santé des mères et de leur enfant.
Maladies sur le meme sujet
fiche_maladie_obesite

Obésité

L’obésité est une maladie qui augmente le risque de survenue d’autres maladies et réduit l’espérance et la qualité de vie. Les patients atteints de cette accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle nécessitent une prise en charge individualisée et à long terme, diététique et comportementale.