Boissons sucrées: pourquoi il faut s’en passer

Dernière mise à jour 27/06/19 | Article
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Une récente étude épidémiologique montre une corrélation entre la consommation de boissons sucrées et le risque de mort prématurée, surtout chez les femmes.

Pétillants et rafraîchissants lorsqu’on y ajoute des glaçons et une rondelle de citron, les sodas et autres boissons sucrées avaient jusqu’ici tout pour plaire, ou presque. Bien que la publicité continue de les associer à des moments de pure détente et de plaisir, on sait aujourd’hui que leur consommation favorise le diabète de type 2, l’obésité et entraîne des problèmes cardiovasculaires. Une étude américaine de grande envergure, publiée dans Circulation (journal de l’Association américaine de cardiologie) s’est intéressée à l’impact de ces boissons sur la mortalité, en suivant près de 81’000 femmes et 38’000 hommes américains durant 34 ans.

L’étude démontre qu’une consommation fréquente de boissons sucrées – sodas, thé glacé, boissons énergisantes, mais aussi jus de fruits industriels – augmente le risque de mort prématurée, en particulier chez les femmes. Si, jusqu’ici, le lien avec la mortalité n’avait pas été clairement établi, cette recherche désormais le confirme, commente le Pr Jacques Philippe, médecin-chef du Service d’endocrinologie, diabétologie, hypertension et nutrition des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG): «Plus on consomme ces boissons, plus les risques de mortalité globale et cardiovasculaire augmentent, et ce indépendamment de la présence de facteurs de risque tels que l’obésité ou le diabète de type 2. Le risque de mortalité par cancer (sein et côlon chez la femme et côlon chez l’homme) est quant à lui plus modéré.» «En effet, poursuit la Dre Nathalie Farpour-Lambert, pédiatre aux HUG et présidente de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité (EASO), le risque statistique persiste même chez les femmes qui ont un indice de masse corporel dans la norme et qui ne sont pas concernées par l’obésité».

Néanmoins, il s’avère que les plus grands consommateurs de ces boissons (hommes et femmes confondus) ont tendance à avoir un mode de vie moins sain (sédentarité, tabagisme, alimentation plus calorique et plus pauvre en végétaux et en vitamines) que le reste de la population. Ils sont aussi parmi les plus jeunes. Pour le Pr Philippe, «le fait que la mortalité soit proportionnelle aux quantités ingérées est une preuve supplémentaire de la nocivité de ces boissons». Ce risque augmente d’ailleurs de 63% chez les femmes qui boivent deux (ou plus) «portions» (verres, bouteilles ou canettes) par jour en comparaison avec celles qui en consomment moins d’une fois par mois, alors que le risque est de 29% chez les plus grands buveurs.

Le mystère féminin

C’est une autre révélation de cette étude: hommes et femmes ne sont pas égaux face aux dangers de ces aliments. Une différence qui étonne les experts interviewés: «Certes, hommes et femmes n’ont pas le même métabolisme, mais on n’explique pas pourquoi la mortalité est plus élevée chez les femmes», admet le Pr Luc Tappy, professeur de physiologie à l’Université de Lausanne. «Les femmes produisent-elles plus de graisses sanguines et de triglycérides en réponse à ces boissons?», s’interroge le Pr Philippe. De nouvelles études doivent être menées pour le comprendre.

Reste à savoir pourquoi ces boissons sont aussi nocives pour la santé. Là-dessus, point de mystère: «Le sucre est clairement le responsable», indique le Pr Tappy. Très riches en sucres ajoutés (ou libres), ces boissons à elles seules contribuent grandement à l’apport énergétique journalier. L’Organisation mondiale de la santé suggère pourtant de réduire la consommation de ces sucres ajoutés à moins de 5% de l’apport énergétique total, ce qui représente environ 25 grammes de sucre par jour. Or, «une bouteille de 5 dl de cola contient environ 60 grammes de sucres!», illustre la Dre Farpour-Lambert. La composition des boissons sucrées, notamment le type de sucres ajoutés, varie beaucoup selon les pays. Aux Etats-Unis, l’industrie utilise à haute dose le sirop de maïs, enrichi en fructose (55% de fructose et 45% de glucose). En Suisse, on y trouve davantage de saccharose (sucre de table composé de 50% de glucose et 50% de fructose). Néanmoins, la législation helvétique s’est assouplie quant à l’utilisation de ce sirop de fructose, le plus nocif. «L’excès de fructose est transformé et stocké sous forme de graisse dans le foie et la cavité abdominale. Une graisse dont la composition favorise le diabète de type 2 ainsi que les maladies hépatiques et cardiovasculaires», explique la Dre Farpour-Lambert. Mais pour le Pr Tappy, «c’est surtout la quantité de sucre contenue dans ces boissons qui doit être incriminée».

L’engrenage

Les calories sous forme liquide sont particulièrement insidieuses car elles ne favorisent pas autant la satiété que les calories solides. Et ces boissons n’étanchent pas la soif. De plus, l’absorption de sucre active le système cérébral de la récompense. Conséquence: plus on boit, plus on a envie de boire. Sans compter que les aliments destinés aux plus jeunes, ce qui est le cas de ces boissons, sont d’autant plus sucrés que le «point de félicité» chez ces derniers est plus élevé que chez l’adulte. Comprenez ici «le taux de sucre qui offre un maximum de plaisir et de bien-être, sans provoquer l’écœurement», explique la pédiatre. Et ça marche: les jeunes, cible privilégiée de l’industrie agroalimentaire, consomment en moyenne une boisson sucrée par jour.

Cette étude confirme une fois de plus l’importance de s’abstenir le plus possible de boire sodas, thés glacés et jus de fruits industriels, et de les remplacer par de l’eau, voire par du café ou du thé sans sucre. «Malheureusement, ce message n’est pas très suivi, regrette le Pr Philippe. Et pourtant, boire de l’eau permet de retrouver un goût plus sain et plus subtil». Pour ceux qui continuent à trouver l’eau fade, l’aromatiser avec des fruits ou des feuilles de menthe et la servir bien fraîche dans des verres colorés peut faire la différence.

Sur le plan politique, l’application d’une taxe sur les boissons sucrées, comme le font la France et le Portugal par exemple, permettrait selon la Dre Farpour-Lambert de faire baisser la consommation: «Une réglementation plus stricte, qui forcerait les industriels à indiquer la présence de sucres ajoutés – et pas seulement la quantité de glucides – pourrait d’une part inciter ces derniers à baisser le taux de sucres et d’autre part éveiller un peu plus la conscience des consommateurs», conclut-elle.

Les boissons édulcorées, une alternative raisonnable?

C’est la question que tous les adeptes des boissons sucrées se posent: les versions light, zéro ou sans sucre, dépourvues de calories, sont-elles meilleures pour la santé? L’étude de Circulation y répond en partie. Elle montre que les boissons édulcorées sont associées à une mortalité globale et cardiovasculaire plus élevée, mais uniquement chez les femmes qui en font une consommation importante (à partir de quatre verres de 350 ml par jour) et qui sont par ailleurs en surpoids. L’ingestion excessive d’autres aliments sucrés chez ces sujets pourrait donc expliquer en partie ce risque augmenté. Aucune association n’a été rapportée pour ce qui est du cancer, tant chez les hommes que chez les femmes. Que peut-on dès lors en conclure? «L’étude montre que remplacer une portion de boisson sucrée par jour par une alternative édulcorée réduit de manière modérée le risque de mortalité», répond la Dre Nathalie Farpour-Lambert, pédiatre aux HUG et présidente de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité (EASO). Les boissons édulcorées semblent préférables, à condition de ne pas en abuser. Néanmoins, des données solides manquent encore pour affirmer qu’elles sont sans danger. Elles sont soupçonnées d’activer le goût sucré, de stimuler le circuit de la récompense et par là même de favoriser la prise de poids.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 09/06/2019.

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