Le pari de la prévention

Dernière mise à jour 09/10/19 | Article
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Nous le savons tous, mieux vaut prévenir que guérir. En renonçant, par exemple, au tabagisme dont on sait qu’il favorise le cancer du poumon. Facile à dire, pas forcément à faire. Et pourtant plus que jamais, la médecine, aussi performante soit-elle, encourage les patients à changer le cours de leur vie en étant acteurs de leur santé grâce à une vie saine et au dépistage. Ou comment faire rimer motivation et prévention.

La recette est désormais bien connue: une alimentation équilibrée, ni trop grasse, ni trop sucrée ou salée, une activité physique régulière, une consommation limitée d’alcool et si possible nulle de tabac, un stress savamment maîtrisé. Avec quel objectif? Multiplier les chances d’aller bien en misant sur la prévention. «Même les meilleurs soins ne contribuent qu’à 20% de l’état de santé d’un individu, révèle le Pr Idris Guessous, médecin-chef du Service de médecine de premier recours (SMPR) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Les 80% restants résultent directement de ses prédispositions génétiques, de son âge, son sexe, et surtout de son mode de vie, seul facteur de risque sur lequel on peut agir… Nos choix de vie ont de ce fait un impact considérable, en mal ou en bien, sur notre état de santé.»

Une démarche active

La prévention a donc désormais une place majeure dans la pratique médicale, avant comme après la maladie pour limiter les risques de rechute. On parle respectivement de prévention primaire et de prévention tertiaire (lire l’encadré Les trois temps de la prévention). Quant à la prévention dite secondaire, elle correspond au dépistage de certaines pathologies. Il s’agit d’une démarche active, parfois proposée dans le cadre de programmes organisés, selon laquelle en fonction de l’âge et du profil d’une personne, une maladie est recherchée en l’absence de tout symptôme. Le dépistage n’est donc pas un diagnostic immédiat. En fonction du résultat, d’autres investigations peuvent être proposées.

Agir sans attendre la maladie

La prévention en 3 temps

1. Prévention primaire

Adopter un mode de vie susceptible d’empêcher l’apparition d’une pathologie.

2. Prévention secondaire

Repérer une maladie chez une personne qui n’a pas de symptôme (dépistage).

3. Prévention tertiaire

Favoriser les bons réflexes pour éviter une rechute après la maladie.

«De par nos habitudes de vie et grâce au dépistage, nous pouvons agir sans attendre l’apparition de la maladie ou des symptômes», poursuit le Pr Guessous. Commençons par les préventions primaire et tertiaire, dont les conseils vont souvent de pair. Une nouvelle composante s’est glissée dans les consultations: la lifestyle medecine, autrement dit la composante «bien-être» de la vie des patients. «Encore récemment, si le médecin interrogeait une personne sur son activité physique ou sur son alimentation, ce n’était généralement qu’un aspect parmi d’autres de la consultation. Désormais, sa place est tout autre, poursuit le spécialiste. L’hygiène de vie est prise en compte, encouragée, traduite même parfois sous forme de recommandations reportées sur l’ordonnance. En médecine de premier recours, qui prend en charge des patients particulièrement vulnérables, cette dimension a toujours existé. Aujourd’hui elle se généralise, quelle que soit la situation, et c’est une très bonne chose.»

Plus qu’un partenaire, le patient devient l’acteur clé de son bien-être et de sa santé. Un exemple: le poids. On sait aujourd’hui que le surpoids est un facteur de risque pour une liste redoutable de pathologies, du diabète à l’infarctus en passant par les cancers. «En raison de nos vies sédentaires, de l’âge qui freine le métabolisme et des calories à profusion qui nous entourent, il n’y a pas de miracle: si l’on n’est pas proactif – notamment par l’augmentation de l’activité physique et un contrôle de son alimentation –, le surpoids s’installe et l’effet sur la santé s’en ressent, à plus ou moins long terme, note le Pr Guessous. C’est ainsi que ces deux éléments ont une place clé dans les consultations, pour le présent comme pour l’avenir.»

Garder le dialogue ouvert

L’avenir… c’est lui qui vibre dans les esprits à l’heure où un dépistage est proposé. Cancer colorectal, du col de l’utérus, de la prostate, VIH ou encore diabète: à chaque âge, profil, style de vie, peut correspondre une pathologie à rechercher. Une occasion de se rassurer pour certains, une opportunité occultée pour d’autres. «Un dépistage se fait par définition en l’absence de tout symptôme. Alors bien sûr, chercher une possible difficulté alors que tout semble aller pour le mieux peut apparaître comme un non-sens, reconnaît le Pr Guessous. Parfois la période de vie n’est pas propice, il faut pouvoir se laisser du temps, mais revenir sur la question un peu plus tard. En tant que médecin, notre mission est d’informer, pas de forcer. Mais il est crucial que le dialogue reste ouvert.»

Et ce d’autant plus que le domaine du dépistage se perfectionne. «En une génération de médecins, beaucoup de choses ont changé, poursuit le spécialiste. Certains dépistages, comme celui du cancer de la prostate, étaient proposés comme des évidences il y a une vingtaine d’années, avec un acte chirurgical relativement systématique. Depuis, des études ont montré des subtilités, ont remis certains dépistages en question, en ont valorisé d’autres. Et les choses vont continuer à évoluer, c’est le propre de la science.» Résultat: davantage de discussions patients-médecins autour des bénéfices et des inconvénients du dépistage, des préférences et valeurs du patient, afin d’agir au mieux, selon le moment.

Dépister pour traiter tôt

Un dépistage fait l’unanimité et donne au pouvoir de la prévention sa plus parlante illustration : celui du cancer colorectal. «L’action conjointe d’une bonne hygiène de vie (prévention primaire donc, ndlr) et du dépistage (prévention secondaire, ndlr) en fait un cancer fréquemment évitable, souligne la Dre Béatrice Arzel, directrice de la Fondation genevoise pour le dépistage du cancer. Dans le détail, on sait qu’une alimentation riche en fruits et légumes, exempte de viande ultra-transformée ou brûlée, une activité physique régulière et un poids maintenu dans la norme, limitent considérablement les risques de développer ce cancer. Quant à son dépistage, nous n’aurons probablement jamais de meilleur candidat.» Et pour cause, le dépistage du cancer colorectal permet le plus souvent d’agir à un stade si précoce que la maladie n’a pas eu le temps de s’installer qu’elle est déjà traitée par l’ablation immédiate des polypes suspects. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: «Si ce cancer est pris en charge précocement, cinq ans après l’intervention, 95% des patients vont très bien. C’est un chiffre exceptionnel en oncologie», détaille l’experte. Quant à la confrontation au diagnostic qui va de pair avec le dépistage: «Bien sûr, la peur est légitime, répond la Dre Arzel, mais mettre la tête dans le sable n’apporte jamais rien de bon. Si la pathologie est là, mieux vaut l’affronter, et le plus tôt possible. Un dépistage du cancer colorectal qui se solde par une ablation de polypes cancérigènes change l’histoire d’une vie. La maladie aurait pu dériver vers une situation dramatique. Là, le cancer est évité et le rendez-vous est pris avec le gastro-entérologue trois, cinq ou dix ans plus tard. D’ici là, la vie peut reprendre son cours en toute sérénité.»

Même si elle conditionne l’avenir, la prévention a du sens à tout âge. «Cette dimension est omniprésente dans nos démarches au quotidien», confirme la Dre Aurélie Tahar Chaouche, médecin à l’Unité de gériatrie communautaire (UGC) du SMPR des HUG, dont la mission est d’intervenir à domicile auprès des patients âgés fragiles. Et de poursuivre: «Notre priorité est d’aider les patients à maintenir une bonne hygiène de vie, mais également de repérer les éléments nouveaux qui pourraient entraver la qualité de vie et mettre en péril l’autonomie et le maintien à domicile.»

Difficulté pour marcher, troubles de la mémoire, atteintes auditive ou visuelle, perte de proches: autant de facteurs qui peuvent rapidement précipiter un cercle vicieux mêlant notamment faiblesse physique, isolement et dépression. «Notre rôle est de mettre en place des actions concrètes pour contrer ces situations, si possible avec l’aide bienveillante des familles et du réseau de soin», précise la gériatre. Et d’ajouter: «Bien sûr, une bonne hygiène de vie dès les plus jeunes années se voit à 80 ans. Mais il n’y a pas d’âge pour prendre soin de soi.»

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Article repris du site  pulsations.swiss

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