Devrait-on se méfier de l’eau en bouteille plastique?

Dernière mise à jour 06/06/16 | Article
Devrait-on se méfier de l’eau en bouteille plastique?
Les qualités nutritionnelles de l’eau en bouteille et de celle du robinet sont équivalentes, mais le PET utilisé pour la première fait débat.

De quoi on parle

En 2015, les Suisses ont bu près de 965 millions de litres d’eau en bouteille, d’après l’Association suisse des sources d’eaux minérales –dont une bonne partie sont conditionnés dans des bouteilles en PET. Pas très écologique puisque, d’après le bureau zurichois ESU-services, une bouteille d’eau, du captage à la source jusqu’à sa distribution, génère une charge environnementale pouvant être jusqu’à mille fois plus grande que l’eau du robinet. En Suisse, 80% des bouteilles en PET sont recyclées. Mais celles qui ne le sont pas mettront entre 400 et 500 ans à se décomposer.

Le corps humain est constitué d’environ 60% d’eau. C’est dire si elle est indispensable. D’après les nutritionnistes, nous devons en boire entre 1,5 et 2 litres par jour. Mais est-il préférable de tirer l’eau au robinet ou de l’acheter en bouteille? Depuis des années, le débat fait rage. D’un côté, les industriels vantent les bienfaits des boissons qu’ils commercialisent. De l’autre, des voix s’élèvent pour accuser les bouteilles en plastique de tous les maux. En réalité, d’un point de vue purement sanitaire, il n’y a pas vraiment lieu d’opposer les deux types de boisson.

En Suisse, l’eau du réseau et l’eau en bouteille sont régies par la législation sur les denrées alimentaires et elles sont bien évidemment tenues d’être potables, c’est-à-dire salubres sur les plans microbiologique, physique et chimique. La loi ne les place toutefois pas dans le même panier et leur impose des contraintes différentes. L’eau minérale doit être issue d’une source pure et «ne doit donc subir aucun traitement», explique Patrick Edder, chimiste cantonal du canton de Genève.

Micropolluants

En revanche, avant d’arriver dans les tuyauteries des habitations, l’eau du réseau fait, la plupart du temps, l’objet de différents traitements. Tirée des lacs, des puits, des rivières ou des nappes phréatiques, elle est d’abord filtrée sur des matières poreuses, telles que le sable, qui séparent les particules en suspension, puis désinfectée à l’aide de chlore, d’ozone ou de rayons UV. Enfin, selon son origine, elle est à nouveau filtrée sur du charbon actif (qui élimine les pesticides, les molécules odorantes, etc.) ou par nanofiltration. «En Suisse, nous bénéficions d’une bonne protection de l’environnement, notamment les eaux de surface et souterraines», constate Patrick Edder. Une fois traitée, l’eau du réseau est donc «d’excellente qualité».

Pour autant, est-elle exempte de micropolluants, tels que des pesticides ou des résidus de substances chimiques et de médicaments que l’on retrouve dans les rivières? «Les traitements permettent de les éliminer en grande partie», répond Patrick Edder. Mais il est impossible de les détruire complètement. A ce titre, l’eau minérale devrait gagner une manche puisque «a priori, les sources étant très protégées, elle devrait en contenir de plus faibles quantités». Le chimiste cantonal se souvient toutefois de sa surprise quand après avoir analysé cette eau, il y a une dizaine d’années, ses services y avaient trouvé «plus de pesticides que dans l’eau du robinet». Mais il s’agit d’un cas isolé, précise-t-il.

Car en fait, ce n’est pas l’eau minérale elle-même qui est généralement pointée du doigt, mais le plastique (du PET) qui sert à la contenir –le verre, lui, est inaltérable. Celui-ci est accusé de libérer dans l’eau divers produits, notamment des perturbateurs endocriniens, ces substances qui déstabilisent les fonctions hormonales (lire encadré). Si cela n’a pour l’heure pas été prouvé, «des recherches restent à faire» dans ce domaine, admet le spécialiste genevois. Par ailleurs, le plastique peut se dégrader s’il est conservé à plus de 30 degrés et «l’eau n’étant pas un liquide stérile», elle peut être contaminée par des germes, dont certains peuvent être pathogènes. Surtout si les bouteilles sont ouvertes.

La place de l’eau dans l’organisme

Le PET accusé de libérer des perturbateurs endocriniens

En 2009, deux chercheurs de l’Université Goethe, en Allemagne, ont jeté un pavé dans la mare. Après avoir analysé l’eau de vingt bouteilles en PET, ils ont constaté que dans douze d’entre elles, l’eau pouvait renfermer jusqu’à cinquante fois plus de perturbateurs endocriniens que l’eau du robinet. A priori, il y a de quoi s’inquiéter car, comme leur nom l’indique, ces molécules «perturbent la fonction endocrinienne en imitant l’action des hormones», explique Michel Rossier, responsable du Service de chimie clinique et toxicologie à l’Institut central de l’Hôpital du Valais. Certaines peuvent «dérégler notre système reproducteur et d’autres intervenir sur notre métabolisme ou sur notre thyroïde et même influencer notre humeur». En outre, leur effet ne dépend pas de la quantité ingérée et ces substances peuvent être plus actives à des doses minimes qu’à forte dose.
De nombreux emballages en plastique utilisés dans la vie courante contiennent de tels perturbateurs. Les bouteilles en PET en renferment-elles aussi? On le dit souvent, et «il y a sans doute un fond de vérité», répond le biochimiste de l’Hôpital du Valais. Toutefois, si c’est le cas, «on ne sait pas quelle influence réelle ces molécules pourraient avoir sur notre santé».
Les techniques d’analyse s’affinant de plus en plus, il est vraisemblable que l’on puisse repérer dans l’eau –minérale ou du robinet– des traces de perturbateurs endocriniens. Ceux-ci sont en effet «omniprésents dans l’environnement et on en trouve par exemple en grande quantité sous forme de phytoestrogènes, dans certains aliments», rappelle Michel Rossier. Si l’on décidait de les bannir complètement, il n’y aurait sans doute plus beaucoup d’eaux qui pourraient être considérées comme potables.

Trop salée

En revanche, les eaux en bouteille prétendent souvent avoir un grand atout: elles renfermeraient des sels minéraux –calcium, magnésium, potassium, sodium– indispensables au bon fonctionnement de l’organisme. En fait, dans la palette des eaux commercialisées, on trouve de tout. «Certaines, précisent Patrick Edder, ne contiennent pas de sels minéraux et d’autres en ont beaucoup», notamment du chlorure de sodium. Or ce sel de cuisine est néfaste pour les personnes qui ont des problèmes cardiaques et les jeunes enfants et il n’est pas recommandé pour le reste de la population qui a plutôt tendance à manger trop salé. Quant à l’eau du réseau, elle contient, elle aussi, des sels minéraux, «en plus ou moins grandes quantités selon l’endroit où elle est prélevée». Quoi qu’il en soit, une alimentation équilibrée suffit aux apports en sels minéraux et un individu en bonne santé n’a pas besoin de boire de l’eau pour en avoir son content.

«Sur le plan sanitaire, il n’y a en fait pas de grandes différences entre l’eau en bouteille et l’eau du robinet», conclut Patrick Edder. En revanche, pour ce qui est du coût et des impacts sur l’environnement, la seconde gagne très largement la bataille de la qualité.

Les filtres à eau ne sont pas la panacée

Pour rendre l’eau plus pure, on est tenté d’équiper les robinets de filtres à eau. En fait, ces dispositifs «n’ont aucun effet sur les micropolluants», constate le chimiste cantonal genevois, Patrick Edder. Ils ne font qu’éliminer le calcium et le magnésium contenus dans l’eau. Non sans effets pervers, car «il se produit des échanges entre ces deux éléments minéraux et le sodium». Résultat, l’eau devient très salée. «Ces filtres et adoucisseurs sont donc bons pour la plomberie, souligne en riant le chimiste cantonal, mais ils le sont moins pour nos propres tuyaux.» Sans compter que, faute d’être bien entretenus, ils peuvent devenir des nids à microbes.

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