Maux de ventre et ballonnement, ça s’explique

Dernière mise à jour 31/07/13 | Article
Il est parfois difficile de distinguer les douleurs de l’intestin de celles de l’estomac
Au plaisir de déguster un bon repas se succèdent parfois des désagréments digestifs tels que des maux de ventre, des ballonnements, accompagnés ou non d’autres troubles intestinaux. Mais qu’est-ce qui se trame dans votre ventre? Voici quelques réponses.

Irritable, votre côlon?

Pourquoi Pierre Bellemare porte-t-il des bretelles? Le célèbre homme de radio et de télévision expliquait dans une interview être sujet à de terribles ballonnements après les repas. Ces caprices internes lui interdisant le port d’une ceinture. Bref, il souffrait d’un syndrome de l’intestin irritable (SII), aussi appelé côlon spastique, une des grandes causes d’inconfort intestinal.

Il s’agit d’un trouble dit fonctionnel, soit qui n’a pas de base organique. Il touche 10 à 15% de la population des pays occidentaux. Le SII diminue habituellement avec l’âge et n’est pas dangereux pour la santé – Pierre Bellemare porte allègrement ses 83 ans. A noter toutefois que les personnes qui en souffrent sont plus souvent opérées que la population générale, probablement en raison de leurs plaintes.

Les signaux d’alarme

Le syndrome de l’intestin irritable se manifeste le plus souvent par des douleurs abdominales récurrentes associées à des troubles du transit de type diarrhée ou, au contraire, constipation, voire une alternance des deux. Des symptômes qu’il ne faut pas banaliser car ils pourraient être la manifestation d’une maladie digestive organique comme une maladie inflammatoire de l’intestin. Ou, plus pernicieux, un cancer du côlon dont on recense 3500 à 4000* nouveaux cas par an dans notre pays.

Comment savoir s’il faut s’alarmer? «Le SII touche plutôt les jeunes adultes et en particulier les femmes. Il est parfois l’expression d’un abus sexuel. En général les douleurs se manifestent de manière récurrente, et elles ne doivent pas retentir sur l’état général. Un amaigrissement soudain, du sang dans les selles, des douleurs aiguës ou qui réveillent la nuit, une fatigue inhabituelle, sont autant de signaux d’alarme. L’aspect génétique joue aussi un rôle important dans les cancers du côlon. Il faut donc être particulièrement attentif aux symptômes des personnes, même jeunes, qui ont des parents ayant développé un cancer digestif. L’âge est également un facteur de risque et il ne faut pas hésiter à investiguer lorsque des symptômes apparaissent soudain au-delà de 45 ans», résume le Pr Jean-Louis Frossard, chef du Service de gastro-entérologie et hépatologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Que faire?

Les causes organiques des symptômes ayant été éliminées, que peut-on faire en cas de SII?

Prendre des laxatifs naturels ou des antidiarrhéiques, modifier son régime alimentaire en incluant plus de fibres, comme le son. A savoir qu’une intolérance au gluten ou au lactose peut aussi provoquer ces symptômes. L’exercice physique est, comme dans bien des situations, vivement recommandé. Et, sachant que le stress avive les manifestations du SII, on peut essayer d’agir sur ce facteur (relaxation, changement de certaines habitudes, sports).

Au niveau des médicaments, le médecin peut prescrire des antispasmodiques qui agissent sur le muscle, mais leur effet est modéré. Le traitement, on le voit, est assez limité, toutefois de nouvelles pistes se dessinent.

«Actuellement, nous essayons plutôt d’agir sur la neurotransmission, soit la connexion entre le cerveau et le tube digestif, que sur le muscle. Car des études récentes montrent que le SII pourrait provenir d’une perception anormale par le cerveau d’une sensation digestive normale», explique Jean-Louis Frossard.

Le professeur évoque également une autre thérapeutique à venir, celle de la transplantation fécale. «On sait maintenant que les personnes qui souffrent d’un SII ont une flore intestinale particulière. Je pense que d’ici quelques années, nous serons à même d’utiliser la flore intestinale d’individus en bonne santé pour faire une transplantation, et ainsi soigner les personnes souffrant de ce syndrome.»

Ventre ou estomac?

Il est parfois difficile de faire la différence entre les douleurs provenant de l’intestin ou de l’estomac. «Nous nous trompons une fois sur deux», admet Alexandre Restellini, gastro-entérologue au Groupe médical d’Onex. «Les douleurs liées à l’estomac, au côlon (gros intestin), à la vésicule biliaire et au pancréas, peuvent toutes être ressenties au niveau du creux épigastrique, juste en dessous du sternum. On peut toutefois retenir que l’estomac provoque des douleurs de type brûlures, avec parfois une sensation en chalumeau vers le haut. Et si les repas apportent une amélioration ou une péjoration de l’état, cela parle également pour un problème haut-gastrique ou hépato-biliaire», explique le spécialiste.

Une bactérie, l’Helicobacter pylori, peut également causer des ulcères gastriques et duodénaux (premier segment de l’intestin grêle). Il est important de la détecter et de la traiter par antibiotique car cette bactérie constitue un facteur de risque de cancer aussi important que le tabac.

*30 cas pour 100000 femmes et 50 pour 100000 hommes.

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