Les mécanismes de l’addiction révélés

Dernière mise à jour 25/11/20 | Article
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Pourquoi certaines personnes deviennent-elles accros aux drogues dures et d’autres pas? Le Pr Christian Lüscher a élucidé, chez des souris, les processus cérébraux menant à l’addiction. Il vient de recevoir le prix Naegeli pour la recherche médicale, pour l’ensemble de ses travaux.

Que se passe-t-il dans notre cerveau quand nous consommons de la cocaïne, de l’héroïne, de l’alcool ou du tabac? Cela fait vingt ans que Christian Lüscher, professeur au Département des neurosciences fondamentales de l’Université de Genève et neurologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), s’intéresse à la question. Ses nombreuses découvertes dans ce domaine lui ont valu de recevoir récemment le prix Naegeli pour la recherche médicale, l’un des plus prestigieux en Suisse dans cette discipline.

Une distinction amplement méritée, tant le professeur genevois a démenti d’idées reçues en matière d’addiction. On pensait notamment que celle-ci entraînait une perte de fonctions. Au contraire, répond-il, «il s’agit d’un gain. Chez certaines personnes, le centre cérébral de la récompense est beaucoup trop stimulé par l’usage de la substance. C’est cela qui les pousse à une consommation excessive, en dépit des conséquences néfastes que ce comportement entraîne».

Au commencement du processus conduisant à l’addiction se trouve la dopamine. On savait que la consommation d’une drogue augmente la concentration de ce neurotransmetteur dans le centre de la récompense. Toutefois, il restait à identifier «les traces qu’elle laisse dans le cerveau bien après que la substance ait été éliminée de l’organisme», précise Christian Lüscher. Son équipe a identifié les mécanismes cellulaires qui sous-tendent l’augmentation de la concentration de dopamine. À cette occasion, elle a découvert que les substances addictives, loin de tuer les neurones comme on le pensait auparavant, modifient en fait la manière dont ils communiquent entre eux.

Un interrupteur de l’addiction

Récemment, le chercheur s’est attaqué à une autre question. «Comment expliquer que seule une fraction des consommateurs de substances – 25 à 30 % pour la cocaïne par exemple – devient accro, alors que les autres peuvent en faire un usage récréatif sans jamais perdre le contrôle?»

En travaillant avec des souris, le neuroscientifique et ses collègues ont trouvé, dans le cortex orbito-frontal, un circuit de neurones important pour la prise de décision. Une sorte d’interrupteur de l’addiction. «Lorsqu’on renforce artificiellement la connectivité des neurones dans cette zone, on rend l’animal compulsif. Et si, au contraire, on la diminue, il cesse de l’être.»

Ces recherches pourraient avoir des implications cliniques. Certes, elles ne sont pas directement applicables à l’être humain, car elles font intervenir le génie génétique. Toutefois, «maintenant que l’on connaît les mécanismes impliqués dans l’addiction, on pourrait tenter de leur faire faire marche arrière à l’aide de la stimulation cérébrale profonde (lire encadré) ou de produits pharmacologiques, dont certains sont déjà utilisés en oncologie », explique le chercheur. Tout en soulignant qu’il s’agit là « d’un travail de longue haleine».

Utiliser de l’électricité ?

Pour mettre fin à l’addiction, une piste serait d’avoir recours à la stimulation cérébrale profonde. Elle consiste à activer des structures situées à l’intérieur du cerveau à l’aide d’impulsions électriques à haute fréquence, délivrées par des électrodes. Cette technique a déjà fait ses preuves dans le traitement de la maladie de Parkinson mais, «dans sa forme actuelle, elle est encore trop imprécise pour cibler les circuits neuronaux impliqués dans l’addiction», constate le Pr Christian Lüscher, neurologue aux HUG. Tout espoir n’est pas perdu, car son équipe cherche à développer de nouveaux moyens pour pouvoir l’utiliser à cette fin.

Article repris du site  pulsations.swiss

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