Du LSD et des champignons pour traiter certaines addictions

Dernière mise à jour 27/01/21 | Article
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Des substances récréatives sont aujourd’hui testées pour le traitement de différentes pathologies, dont les addictions. Exemple à Genève.

Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont commencé à traiter certaines personnes dépendantes avec du LSD ou de la psilocybine, un principe actif que l’on retrouve dans les champignons hallucinogènes. «L’Allemagne a commencé à utiliser ces deux substances pour le sevrage du tabac et de l’alcool il y a une dizaine d’années déjà, explique le Pr Daniele Zullino, médecin-chef du Service d’addictologie au Département de santé mentale et de psychiatrique des HUG. À Genève, nous avons quatre patients qui suivent un tel traitement. Il ne s’agit pas ici d’un produit de substitution comme peuvent l’être les patchs à la nicotine ou la méthadone. LSD et psilocybine ne sont pas addictogènes, ils permettent de débloquer certains circuits neuronaux lorsque la psychothérapie arrive à une impasse.»

Les doses administrées sont non-hallucinogènes et les patients les reçoivent sous haute surveillance. «Nous les voyons le jour après le traitement lors d’une longue séance et nous discutons de ce qu’ils ont vécu lorsqu’ils étaient sous l’emprise de la substance. Nous pouvons éventuellement en administrer encore deux mois après, mais nous n’allons jamais au-delà de trois doses. » La psilocybine a fait ses preuves pour lutter contre la dépression, une maladie souvent liée à un problème de dépendance.

Pas tous égaux face aux produits ou aux comportements

Pourquoi une personne va-t-elle sombrer dans l’alcoolisme ou la toxicomanie et pas une autre? Certaines prédispositions génétiques n’aident pas. «Un enfant dont les parents sont dépendants à l’alcool aura tendance à mieux tolérer l’alcool et sera donc amené à boire davantage qu’un autre pour obtenir le même effet, explique le Pr Jean-Bernard Daeppen, chef du Service de médecine des addictions du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Quelqu’un avec une personnalité de type borderline ou des traits impulsifs sera également plus à risque de développer une dépendance.»

Le stress chronique, la dépression, les troubles anxieux ou un milieu social défavorable sont autant de facteurs de risque à ne pas négliger. Daniele Zullino, médecin-chef du Service d’addictologie au Département de santé mentale et de psychiatrie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), pointe du doigt également la normalisation de certains comportements: «Aujourd’hui, c’est inhabituel de fumer à côté de quelqu’un d’autre, alors qu’il y a quinze on ne se posait pas la question. Ce que la société considère comme normal a un impact sur la consommation. Ainsi, internet, les réseaux sociaux, les jeux connectés séduisent de plus en plus de jeunes qui n’ont pas la conviction de souffrir d’addiction. Aux HUG, nous recevons environ 200 patients par an pour des problèmes de surconsommation d’écran, et ce chiffre augmente continuellement.»

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Paru dans le hors-série « Votre santé », La Côte, Novembre 2020.

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