Cigarette électronique: ce que le médecin et le «vapoteur» doivent maintenant savoir

Dernière mise à jour 26/05/14 | Article
Cigarette électronique: ce que le médecin et le «vapoteur» doivent maintenant savoir
La progression (présente et à venir) de la cigarette électronique fait que les médecins et les tabacologues sont de plus en plus fréquemment sollicités par les fumeurs envisageant un arrêt du tabac. Questions et réponses.

Tous les médecins ne partagent pas le même point de vue sur l’innocuité et l’intérêt de la cigarette électronique. En France, un groupe d’experts vient de se réunir sur ce thème sous l’égide de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT). Voici les principales conclusions auxquelles ces experts sont parvenus à la lumière des dernières données scientifiques et médicales disponibles(1).

E-cigarette ou pas?

La cigarette électronique n’est envisageable que chez le fumeur qui ne «veut pas» ou qui «n’a pas pu arrêter» avec les traitements officiellement validés du sevrage tabagique (substituts nicotiniques et spécialités pharmaceutiques). Elle est aussi envisageable chez le fumeur qui est demandeur de son usage –ou qui a déjà commencé à l’utiliser. En toute rigueur, le médecin doit toujours exposer les avantages et les inconvénients des méthodes médicales validées d’arrêt du tabac tout en respectant le choix final du fumeur.

Il lui faut aussi préciser que, contrairement aux cigarettes de tabac (en l’absence de combustion), la cigarette électronique ne libère pas de monoxyde de carbone (un gaz asphyxiant), ni de quantités significatives de particules fines solides (pro-inflammatoires), ni de substances cancérogènes. Lui dire aussi qu’en dépit des incertitudes, il est très probable que la cigarette électronique présente beaucoup moins de danger que les cigarettes traditionnelles. Lui dire enfin que quitter le tabac fumé pour la cigarette électronique pourra entraîner une réduction de risque, réduction bénéfique à la santé.

Objectif: arrêt total

Le médecin pourra proposer la cigarette électronique aux fumeurs qui ne veulent pas ou ne réussissent pas à arrêter ou à réduire leur tabagisme avec les méthodes classiques. Son patient doit comprendre que le fait de continuer à fumer quelques cigarettes de tabac tout en «vapotant» réduit beaucoup le bénéfice attendu de l’abandon complet du tabac. L’objectif principal demeure l’arrêt total du tabac.

Si le choix retenu est la cigarette électronique, le médecin doit expliquer la nécessité de bien choisir le modèle (conforme aux normes et à la réglementation) et les e-liquides pour en optimiser l’usage à chaque étape et augmenter ainsi ses chances de remplacer totalement les cigarettes de tabac. Le e-liquide doit permettre d’obtenir l’effet sensoriel oropharyngé (le «throat hit») et ainsi un soulagement dès les premières secondes. Il s’agit aussi d’éviter les sensations désagréables dues au manque de nicotine dans les minutes qui suivent la prise; et ce en adaptant la dose absorbée aux besoins.

Manipulations prudentes

Le choix d’un produit dont l’arôme, l’effet sensoriel oropharyngé et la dose de nicotine délivrée sont bien adaptés aux goûts du fumeur est essentiel. Si cet objectif n’est pas atteint, les produits de remplacement du tabac (cigarette électronique ou pas) sont souvent peu ou pas utilisés, puis abandonnés.

Les professionnels de santé doivent alerter les utilisateurs sur la lecture des précautions à prendre pour la manipulation des produits. La nicotine en solution dans les e-liquides est toxique, en particulier par contact et par absorption, et doit être manipulée avec une extrême prudence, sur un plan lavable, assis au calme afin d’éviter le renversement. Afin de protéger les enfants, les e-liquides doivent être stockés dans un lieu fermé.

Cigarette électronique et tabac?

La poursuite d’une consommation (même très faible) de cigarettes est susceptible d’entretenir un haut niveau de dépendance et maintient la toxicité de la fumée du tabac qui existe même pour une consommation faible. L’utilisation simultanée de tabac et de cigarette électronique est une situation instable qui laisse souvent l’usager non satisfait. Ce phénomène conduit fréquemment au retour au tabagisme exclusif.

La réduction du risque n’est optimale avec la cigarette électronique qu’en cas d’arrêt complet du tabac. Cet objectif doit d’emblée être prioritaire. L’arrêt complet de la consommation de nicotine n’est envisagé que dans un second temps (comme dans le cas des autres stratégies de réduction du tabagisme avec substitution nicotinique).

Si le tabagisme persiste chez un vapoteur, il est recommandé d’envisager d’augmenter les doses de nicotine en ajoutant des substituts nicotiniques sous forme orale ou de patch, ou en utilisant des concentrations plus élevées de nicotine dans le e-liquide pour obtenir un sevrage complet du tabac.

Il faut également prendre garde à la diminution trop précoce et rapide des doses de nicotine et n’envisager cette réduction qu’après plusieurs semaines de sevrage tabagique complet.

Quand arrêter la e-cigarette?

L’utilisation prolongée du vapotage est préférable au tabagisme, et toute tentative pour réduire l’usage de la e-cigarette ne doit être effectuée que si l’on estime qu’il n’y a pas de risque significatif de retour à la cigarette «normale».

Souvent les «vapoteurs exclusifs» diminuent de mois en mois leurs prises de nicotine pour arriver à un niveau de faible consommation. «Contrairement aux cigarettes, la pharmacocinétique de délivrance de la nicotine par une cigarette électronique va dépendre de son mode d’utilisation, expliquent les experts. Un vapotage régulier au cours de la journée apporte régulièrement de la nicotine; un vapotage irrégulier par salves rapprochées de bouffées de cigarette électronique apporte la nicotine comme le ferait une cigarette.»

Pour ce qui est des arômes des e-liquides, aucune recommandation particulière. Attention toutefois aux arômes classés comme allergisants chez les personnes allergiques. Il n’existe d’autre part aucune donnée sur l’utilisation au très long cours de la cigarette électronique. D’où le conseil des professionnels de santé: arrêt du vapotage dès lors qu’il n’existe plus de risque significatif de retour au tabagisme.

Après le sevrage complet en nicotine, et si le risque de retour au tabac semble écarté, il est préférable (sur le plan médical) d’abandonner totalement la cigarette électronique plutôt que de continuer à utiliser une cigarette électronique sans nicotine.

Et ensuite?

Après l’arrêt du tabac et de la cigarette électronique, le risque de reprise du tabagisme ou du vapotage persiste toute la vie chez les personnes qui ont été dépendantes. «En cas de situation de rechute imminente, il vaut mieux prendre un substitut nicotinique, voire une cigarette électronique, que du tabac, précisent les experts. Cependant aucune reprise n’est souhaitable!»

Enfin, il est important de savoir qu’un ex-fumeur doit se garder d’essayer la cigarette électronique par simple curiosité. Cela peut en effet réveiller la dépendance tabagique.

(1) Les auteurs précisent que leurs recommandations sont issues d’un consensus d’experts de l’OFT obtenu en avril 2014 après une recherche progressive par la méthode Delphi. Ces recommandations du printemps 2014 auront une vie courte et devront rapidement intégrer les progrès dans la connaissance des e-cigarettes. La totalité de ces recommandations est disponible ici.

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