Arrêter de fumer: place aux motivations 2.0

Dernière mise à jour 19/12/19 | Article
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Déclic instantané pour certains, épreuve de longue haleine pour la plupart, l’arrêt du tabac reste un processus complexe et individuel.

L’enjeu collectif est de taille: responsable de 9500 décès par an, le tabagisme est la première cause de mortalité évitable en Suisse. Loin d’aider, le contexte actuel rejoue les cartes d’une équation déjà délicate. «Avec l’arrivée des nouveaux produits du tabac, la situation devient incontestablement plus complexe, note le Pr Jacques Cornuz, directeur du Centre universitaire de médecine générale et santé publique de Lausanne (Unisanté). Il ne s’agit plus seulement d’agir sur les leviers connus, que sont taxation, publicité et représentation sociale du tabac. Désormais, les portes d’entrée vers le tabagisme se multiplient et les consommations se déclinent à l’infini.» Sans compter les limites de la réglementation. « Elle est encore très permissive, déplore la Dre Isabelle Jacot-Sadowski, médecin agréée au Département "Promotion de la santé et préventions" d’Unisanté. La publicité pour les produits du tabac par exemple reste autorisée dans la presse et les points de vente. Dans certains cantons, il est même encore possible de fumer dans les établissements de restauration si leur surface n’excède pas 80 m2.» Bien que complexe, le paysage actuel laisse toutefois entrevoir de nouveaux leviers de motivation.

L’impact sur l’environnement

Consommer local, recycler ses bouteilles en plastique, réfléchir à deux fois avant de prendre l’avion et… arrêter de fumer? Et si l’environnement devenait une raison en soi pour abandonner la cigarette? Le Pr Jacques Cornuz en est convaincu: «Nous travaillons à de nouveaux outils motivationnels en ce sens, en particulier pour les jeunes, très sensibles aux questions liées au climat.» Quelques chiffres: chaque année, 84 millions de tonnes d’équivalents CO2 émises dans la chaîne de production du tabac, plus de 3 millions de tonnes de déchets produits par la consommation de cigarettes, et 200 000 hectares de déforestation à déplorer pour la culture et la fabrication du tabac.

Des découvertes côté santé

«Pour 95% des fumeurs, la santé est la première des motivations», rappelle le Pr Jacques Cornuz. L’impact sur les poumons, le cœur et les vaisseaux est bien connu. Ce que l’on découvre aujourd’hui va plus loin. «La meilleure façon de prévenir cataracte, dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ou encore démence sénile (dont fait partie la maladie d’Alzheimer) n’est autre que l’arrêt du tabac», souligne l’expert.

Tendance «lifestyle»

Parce que les bénéfices en sont désormais bien connus, les perspectives d’une vie sans tabac peuvent devenir une source de motivation en soi. Parmi les premiers bienfaits ressentis: l’amélioration du goût et une plus belle peau (au bout de quelques jours), amélioration du souffle (dès les premières semaines). Moins visible, mais crucial: «Le risque d’infarctus diminue dès les jours qui suivent l’arrêt du tabac, jusqu’à être divisé par deux au bout d’une année», révèle la Dre Isabelle Jacot-Sadowski. Quant aux risques de cancer, il faut quelques années pour estomper les effets secondaires du tabac. «Plus on arrête jeune, meilleure sera la récupération. Mais il n’est jamais trop tard pour y renoncer», insiste la spécialiste.

Esprit positif

«Il faut souvent plusieurs tentatives avant de se détacher définitivement du tabac, rappelle le Pr Jacques Cornuz. Cela s’explique par le côté extrêmement addictif de la cigarette. Mais ces multiples essais ne sont pas à considérer comme des échecs, bien au contraire. A chacune des tentatives, le corps fait l’expérience du sevrage, qui est effectivement un stress en soi, et chemine.» Comment mettre toutes les chances de son côté? «A ce jour, la meilleure formule reste une forme de "trithérapie" alliant conseils personnalisés, suivi et substituts nicotiniques (patch, gomme ou inhalateur), relate l’expert. La cigarette électronique semble elle aussi bénéfique dans une démarche d’arrêt du tabac, même si des études sont nécessaires pour le confirmer.»

Unisanté (Lausanne) et les Hôpitaux universitaires de Genève cherchent des volontaires

Le vapotage est-il vraiment efficace pour arrêter de fumer? Tout porte à le croire, mais les recherches manquent pour l’assurer avec certitude. Une étude indépendante de grande envergure, baptisée ESTxENDS (Efficacy, Safety and Toxicology of Electronic Nicotine Delivery Systems), a donc été entreprise par l’Hôpital universitaire de Berne, en collaboration avec les Hôpitaux universitaires de Genève et le Centre universitaire de médecine générale et santé publique (Unisanté) à Lausanne. Son objectif? Evaluer auprès de 1200 volontaires l'efficacité, la sécurité d’emploi et la toxicologie du vapotage pour faciliter l'arrêt du tabac. Le suivi s’effectue sur six mois.

Les principaux critères pour participer à l’étude :

  • Être âgé de 18 ans ou plus.
  • Fumer cinq cigarettes ou plus par jour depuis au moins une année.
  • Être motivé à arrêter de fumer.

Pour tout renseignement : www.estxends.ch

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Paru dans Planète Santé magazine N° 36 - Décembre 2019

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