La cocaïne induit des changements au niveau génétique

Dernière mise à jour 19/10/15 | Article
La cocaïne induit des changements au niveau génétique
La cocaïne induit des changements au niveau génétique. La consommation de cette drogue est très répandue en Suisse. Une étude sur les rats montre que la cocaïne peut laisser des séquelles sur le très long terme, voire se transmettre à travers les générations.

En comparaison européenne, les Suisses sont de gros consommateurs de cocaïne. Or, on sait depuis un certain temps que sous l’effet de différents produits addictifs, comme la cocaïne mais aussi la nicotine ou l’alcool, les structures nerveuses du cerveau se modifient. Ce qui explique partiellement la difficulté qu’il y a à se sortir d’une dépendance. Une nouvelle étude américaine1, réalisée chez le rat, montre que la consommation de cocaïne entraîne également des modifications au niveau génétique. Des influences environnementales (pollution, produits toxiques) mais également des chocs émotionnels, peuvent en effet changer l’expression des gènes. C’est ce que l’on appelle l’épigénétique. L’addiction à la cocaïne pourrait-elle se transmettre génétiquement? Explications d’Ariane Giacobino, médecin adjointe au service de médecine génétique des Hôpitaux universitaires de Genève, une des rares spécialistes d’épigénétique.

Comment la prise de cocaïne peut-elle modifier l’expression de nos gènes?

Ariane Giacobino: L’organisme, sous l’influence de substances chimiques, peut inhiber ou au contraire favoriser l’expression d’un gène sans pour autant altérer l’ADN. L’étude américaine sur les rats montre que la cocaïne favorise l’expression d’un gène particulier (Fosb), dans une région spécifique du cerveau qui régule différents comportements liés au système de récompense du cerveau et à l’addiction.

Ces changements sont-ils durables?

Oui, il faut ainsi une période d’abstinence trois fois plus longue que celle de la prise de substance pour que ce gène s’inactive à nouveau. Par ailleurs, il est beaucoup plus rapidement activé chez un rat qui a déjà été exposé à la cocaïne que chez un animal ne connaissant pas cette substance. Il y a un phénomène de renforcement. Tout se passe comme s’il y avait un souvenir biologique d’une exposition antérieure. Ce qui peut expliquer la persistance de l’addiction. Et aussi la raison pour laquelle, après une période d’abstinence, il suffit souvent d’une seule prise de la substance addictive pour retomber dans une dépendance.

Cette sensibilité à la dépendance peut-elle se transmettre d’une génération à l’autre?

Des recherches sur les souris montrent effectivement que la modification épigénétique provoquée par la consommation de cocaïne peut être transmise à la descendance. L’idée est assez effrayante. Mais la compréhension de ces mécanismes pourrait ouvrir des perspectives thérapeutiques.

Sachant que de la cocaïne se retrouve dans les eaux usées, pourrait-on subir des modifications épigénétiques sans avoir consommé cette substance?

On pourrait effectivement imaginer être exposé à la cocaïne à notre insu si, par hypothèse, on la retrouvait dans le circuit de l’eau comme c’est le cas des œstrogènes, utilisés pour les pilules contraceptives et dans la substitution hormonale. Il y a déjà d’autres polluants omniprésents dans l’environnement, comme le bisphénol ou les phtalates qui peuvent également modifier l’expression génique. Mais, à la différence de ces substances qui sont directement en contact avec des contenus alimentaires, les quantités de cocaïne auxquelles le consommateur passif serait exposé seraient probablement très faibles.

L’ADN a des mécanismes de réparation très efficaces, dans cette logique les modifications épigénétiques ne devraient-elles pas disparaître?

Ces modifications qui se produisent dans une région ou un tissu spécifique, peuvent être maintenues au travers des divisions cellulaires, ou au contraire disparaître chez certains individus. On ne sait pas exactement à quoi cela tient. Il y a une sensibilité individuelle qui dépend certainement de facteurs génétiques et environnementaux. Ce qui veut dire que nous sommes, comme individus, inégaux devant une même exposition chimique ou environnementale.

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1. Drug Experience Epigenetically Primes Fosb Gene Inducibility in Rat Nucleus Accumbens, The Journal of Neuroscience, 25 July 2012, 32 (30) : 10267-10272.

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Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

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