Manger ou boire, pourquoi choisir?

Dernière mise à jour 26/11/15 | Article
Manger ou boire, pourquoi choisir?
On appelle cela l’alcoolorexie: se priver de manger pour boire de l’alcool sans grossir ou pour devenir saoul plus vite. Un comportement à risques qui touche plutôt les femmes. Mise au point.

Les jeunes femmes seraient de plus en plus nombreuses à se priver de manger pour pouvoir boire de l’alcool sans grossir. C’est une enquête réalisée par l’Université du Missouri, auprès d’un millier d’étudiants, qui a lancé le débat fin 2011: 67% d’entre eux disaient en effet se passer de repas lorsqu’ils buvaient pour éviter une prise de poids. Pour 21% des participants, il s’agissait surtout d’arriver à l’ivresse plus rapidement. Les femmes seraient trois fois plus touchées par le phénomène, désormais désigné sous le terme d’«alcoolorexie», ou «drunkorexie» dans les pays anglo-saxons. Le magazine Elle s’alarme de cette nouvelle tendance qui ne concernerait plus les seuls étudiants mais aussi les plus de 25 ans. En particulier les femmes. Réalité ou phénomène isolé monté en épingle? L’avis de Nicolas Bertholet, chef de clinique au service d’alcoologie du Centre hospitalier universitaire vaudois.

Faut-il prendre au sérieux ce phénomène d’alcoolorexie?

Nicolas Bertholet: C’est intéressant à plusieurs titres. Il s’agit pour moi plus d’une forme d’alcoolisation rapide, ou binge drinking, que d’un trouble alimentaire. Boire sur un estomac vide favorise la vitesse d’absorption de l’alcool. A jeun, il suffit de quinze à trente minutes pour absorber une unité d’alcool (un décilitre de vin), pour soixante minutes avec un estomac plein. Or, comme la vitesse d’élimination de l’alcool, environ 0,1 gramme par heure, est constante, le pic d’alcoolémie sera d’autant plus vite atteint que la pénétration de l’alcool dans le sang est rapide.

Boire pendant toute une nuit est moins dommageable qu’une alcoolisation rapide?

Sur le court terme oui. On évite les risques immédiats: coma éthylique, accidents, rapports sexuels non consentis. Par contre, les risques sur le long terme sont les mêmes. En particulier celui de devenir dépendant.

L’alcoolorexie fait-elle référence à un mélange de trouble alimentaire et de problème d’alcool?

Il existe une association entre trouble alimentaire et dépendance à l’alcool, mais l’alcoolorexie, qui n’est pas un diagnostic médical reconnu, évoque plus la combinaison de deux comportements à risque. Il est aussi vrai que les personnes alcooliques mangent souvent peu, mais cela est plutôt dû au fait que l’alcool leur apporte suffisamment de calories, même s’il s’agit de calories «vides», soit dépourvues des nutriments nécessaires à l’organisme.

Est-ce vraiment plus dommageable de boire à jeun?

Oui, cela amplifie les effets toxiques de l’alcool, en particulier sur le cerveau. Avec des phénomènes comme le black-out, soit un oubli complet ou partiel des événements survenus pendant l’alcoolisation. Ou encore des pertes de mémoire plus générales, des difficultés de concentration.

Sur son site, l’Université du Missouri conseille aux jeunes qui s’apprêtent à boire de prendre un repas riche en protéines et en graisses. Est-ce pertinent?

Oui car les graisses et les protéines retardent la vidange gastrique et donc le passage de l’alcool dans le sang. Mais cela ne diminue pas les effets toxiques de l’alcool sur le foie.

En France, la tendance toucherait en particulier les femmes, souvent des cadres. Avez-vous la même expérience au CHUV?

Les intoxications aiguës à l’alcool ont été multipliées par trois entre 2000 et 2010. Ce qui représente une moyenne de quatre ou cinq admissions par jour. C’est énorme! La proportion de femmes est en constante augmentation. L’ivresse féminine est de moins en moins un tabou. Malheureusement, elles sont plus vulnérables à l’alcool que les hommes. Pour un poids égal, les femmes ont moins d’eau dans le corps et plus de graisses. Si bien que l’alcool se dilue dans un volume liquide plus petit. Par ailleurs elles ont moins d’enzymes permettant la dégradation de l’alcool au niveau de la paroi gastrique. Ces facteurs biologiques augmentent les effets toxiques de l’alcool chez la femme.

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Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

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