Le vin peut être un plaisir quotidien, mais à petite dose

Dernière mise à jour 03/04/18 | Article
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Le vin entraîne peu de risques pour la santé quand il est consommé à faible dose. Mais l’excès a de fortes répercussions sur le cerveau, le foie et le cœur.

La consommation de vin fait partie intégrante de notre culture et sa production de notre économie. Il n’est donc pas surprenant que la boisson ait ses défenseurs acharnés dans le monde politique et viticole.

Il est en effet facile, lorsqu’on lit l’abondante littérature scientifique consacrée à ce sujet, de souligner que tel ou tel composant du vin a une action anti-inflammatoire, qu’il retarderait l’apparition de démences, qu’il protégerait nos dents contre les bactéries pathogènes, etc. Toutefois, «les preuves de ces bénéfices sont insuffisantes», souligne d’emblée Jean-Bernard Daeppen, chef du Service d’alcoologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). En outre, raisonner ainsi «revient à comparer une souris à un mammouth, le pachyderme étant l’alcool». Car le vin, poursuit le médecin, «n’a pas un statut privilégié». Au même titre que la bière et les alcools forts (vodka, whisky, etc.), il contient de l’éthanol «qui est toxique et inducteur d’addiction». Toutefois, comme souvent, tout est question de dose.

Tout est dans la dose

La courbe reliant la dose de vin consommée à ses effets sur l’organisme «a la forme d’un “J”», précise l’addictologue. En d’autres termes, boire de manière modérée comme le fait 70% de la population suisse –c’est-à-dire, selon les recommandations en vigueur, 2 à 3 verres par jour pour les hommes et un à deux pour les femmes– équivaut quasiment à l’abstinence. Les risques que l’on prend «sont faibles», bien qu’une consommation, même modeste, suffise à favoriser légèrement le développement du cancer du sein et du côlon. C’est ensuite que la situation commence à se gâter. A partir de 4 ou 5 verres quotidiens, la courbe dose/effets amorce sa montée, et au-delà de 7 à 8 verres, «elle devient très raide».

Les méfaits d’une consommation excessive sur la santé sont multiples puisque, «d’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’alcool est impliqué, directement ou indirectement, dans au moins 60 maladies, voire 200 si l’on prend en compte les dommages comme les blessures», rappelle la Société Française d’Alcoologie. Certes, tempère le médecin du CHUV, «il ne prend qu’une part limitée» dans l’apparition de certaines de ces pathologies. Il reste que, globalement, on estime qu’il augmente la mortalité de 3,8% et qu’il réduit le nombre d’années de vie en bonne santé de 4,6%. De ce fait, il serait responsable de 71 millions d’années de vie perdues dans le monde (d’après une étude publiée en 2009 dans The Lancet).

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Un puissant neurotoxique

L’excès d’alcool favorise en premier lieu les accidents –ceux se produisant sur la route, comme ceux résultant d’actes violents ou de chutes– qui, à eux seuls, sont à l’origine de 25 millions d’années perdues.

C’est aussi un puissant neurotoxique qui favorise le développement de troubles neurologiques et psychiatriques. «Il induit et aggrave la dépression et l’anxiété, précise Jean-Bernard Daeppen. Il accroît le risque de démences et de troubles de la mémoire. De plus, il agit sur le système nerveux périphérique, générant des pertes de la sensibilité». Sans compter que, comme toutes les drogues, il agit sur le système cérébral de la récompense et fait perdre le contrôle de sa consommation –ce que l’on nomme l’addiction.

Boire abondamment retentit par ailleurs sur le foie. A la surcharge réversible de l’organe (stéatose hépatique), peuvent succéder des lésions irréversibles caractérisant la cirrhose, laquelle peut évoluer en cancer du foie. Ce n’est d’ailleurs pas le seul cancer qui menace les gros buveurs. L’éthanol étant un carcinogène, il favorise le développement de tumeurs malignes de la sphère ORL (bouche, pharynx, larynx, œsophage).

Le cœur, lui aussi, en subit directement les effets, car «l’ivresse perturbe son fonctionnement électrique et mécanique», explique Etienne Pruvot, médecin-adjoint au Service de cardiologie du CHUV. Mais la consommation excessive «a surtout des répercussions indirectes qui sont pernicieuses», précise le cardiologue. Elle fait prendre du poids et favorise l’obésité. Il en résulte un risque accru d’hypertension, de diabète, et de taux élevés de cholestérol, qui sont d’importants facteurs de risque des maladies cardiovasculaires. «L’alcool, directement ou indirectement, favorise différents types d’arythmies (irrégularités du rythme cardiaque), notamment la fibrillation auriculaire qui est l’une des causes principales d’accidents vasculaires cérébraux», ajoute Etienne Pruvot. Le tableau est sombre mais, pour autant, ni l’addictologue, ni le cardiologue ne prônent l’abstinence ou la prohibition. Consommé avec modération, selon la formule consacrée, le vin reste une source de plaisir et de convivialité.

Le «paradoxe français», mythe ou réalité?

Les études épidémiologiques le montrent: bien que leur régime soit riche en graisses, les Français souffrent moins de maladies cardiovasculaires que les habitants du Nord de l’Europe et les Américains. De cette contradiction est né le «paradoxe français» et l’idée qu’un –ou deux– verres de vin rouge par jour protège le cœur et les artères, grâce à l’un des composants de la boisson, le resvératrol, qui est un antioxydant.

Etienne Pruvot, cardiologue au CHUV, admet que le vin «puisse contenir des substances bénéfiques pour l’organisme», mais, dit-il, l’effet protecteur de cet alcool «n’a jamais été formellement démontré». Son collègue addictologue, Jean-Bernard Daeppen, affiche lui aussi une certaine prudence en constatant que ces études épidémiologiques, qui résultent uniquement d’observations, peuvent être biaisées. «Les personnes qui boivent avec modération ont souvent un niveau socio-économique assez élevé, remarque-t-il. Or, les études ne prennent peut-être pas suffisamment en compte le fait que les individus éduqués mangent plus sainement et ont plus d’activités physiques que les autres, ce qui fait qu’ils sont en moyenne en meilleure santé». Selon lui, «il n’est pas exclu» que dans l’affaire, le statut social joue un beaucoup plus grand rôle que le ballon de rouge.

En outre, lorsque ces études épidémiologiques ont été faites dans les années 1980, les populations du sud de l’Europe étaient adeptes du vin, mais aussi du régime méditerranéen (riche en huile d’olive, fruits et légumes), constate Etienne Pruvot. Une diète «qui permet de rester mince» et donc de lutter contre le surpoids qui est un important facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires. Il n’est d’ailleurs pas certain, ajoute-t-il, que si ces enquêtes «étaient reproduites aujourd’hui, elles aboutiraient au même résultat».

Le doute est donc permis. Pour le lever de manière scientifique, il faudrait demander à une partie de la population de rester abstinente puis de comparer, au bout de plusieurs décennies, son état de santé avec celui de nombreux buveurs réguliers. Une expérience quasi impossible.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 11/03/2018.

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