Le baclofène, médicament miracle contre l’alcoolisme?

Dernière mise à jour 08/11/11 | Article
Médicament posé contre un verre d'alcool
Les médecins ont-ils trouvé, avec le baclofène, la parade face « au verre de trop »? Si des études donnent des résultats prometteurs, l'heure est encore à la prudence pour bon nombre de spécialistes.

En 2008, un cardiologue alcoolique, Olivier Ameisen, a publié un livre qui a fait couler beaucoup d’encre. L’auteur y décrit et clame sa guérison de l’alcoolisme grâce à une autoprescription de baclofène à hautes doses. Il déclare même être devenu indifférent à l’alcool, lui qui peut désormais boire sans crainte de rechute. Le baclofène se charge en effet de le protéger du craving, cette appétence à l’alcool. Dès la sortie du livre, des centaines d’alcooliques se sont précipités chez leur médecin pour obtenir le médicament miraculeux. La plupart se sont vus notifier un refus, souvent intransigeant. Alors, le baclofène, info ou intox?

Le baclofène n’est pas un nouveau médicament. Ce décontractant musculaire est utilisé depuis 1974 dans le cadre de maladies neurologiques comme la sclérose en plaques pour lutter contre la raideur musculaire encore appelée spasticité. Par ailleurs, il limite la surexcitation neuronale liée à la peur ou à l’anxiété. Son rôle paraît central dans les addictions. Des tests sur des rats alcoolo-préférants montrent que ceux qui sont sous baclofène à forte dose (3 mg/kg) choisissent systématiquement de boire de l’eau plutôt que de l’alcool, comme auparavant.

Des résultats encourageants

Les essais chez l’homme sont encore rares mais ils sont encourageants. Ils ont tous été, à l’exception d’un seul, réalisés avec des doses assez faibles de baclofène (0,5 mg/kg). En 2000, une première étude, auprès de dix patients, montre une réduction significative du craving et de la consommation d’alcool. Deux ans plus tard, les mêmes auteurs incluent 39 patients alcooliques dans un essai comparant le baclofène à un placebo. 70% des patients sous baclofène restent abstinents pendant les trois mois de suivi contre 21% de ceux qui ont pris un placebo.

En 2007, du baclofène est administré à 84 patients atteints de cirrhose et de dépendance à l’alcool. La moitié en reçoit 30 mg/j pendant trois mois, l’autre prend un placebo. Trois mois plus tard, 30 patients sous baclofène (71%) sont encore abstinents contre douze (29%) dans le groupe placebo. Autre résultat de taille, les éventuels effets indésirables du baclofène ont été bien tolérés par les patients atteints de cirrhose (jusque-là ces derniers ne pouvaient prendre aucun médicament anticraving, leurs effets secondaires étant trop importants). Mais en 2010, une autre étude rapporte des résultats négatifs : ses auteurs n’observent aucune différence entre les patients qui ont pris du baclofène et ceux qui ont reçu un placebo.

La même année cependant, une première étude considère des hautes doses de baclofène et obtient des résultats très intéressants. Elle porte sur 100 patients alcooliques qui ont sollicité du baclofène après l’échec de traitements antérieurs. Trois mois plus tard, 50% des patients ont totalement arrêté ou contrôlent leur consommation, 34% ont diminué leur consommation de plus de la moitié et 16% seulement ont rechuté.

Les effets secondaires, quand ils existent, paraissent d’intensité variable, impossibles à prévoir et toujours réversibles à l’arrêt du traitement. Parmi ceux qui ont pris du baclofène, certains ont ressenti une fatigue, des vertiges, voire des nausées. L’évolution des effets indésirables pendant le traitement est également imprévisible. Certains patients observant que ceux-ci ont tendance à diminuer, d’autres patients sont obligés d’arrêter en raison de leur prolongation. Une incontinence urinaire et un syndrome confusionnel ont également été notés. Des problèmes respiratoires peuvent aussi survenir en cas d’administration simultanée d’autres médicaments ou de consommation d’alcool.

Manque de preuves

En 2008, la Société française d’alcoologie recommandait aux médecins de ne pas prescrire ce traitement tant que des preuves de son efficacité n’avaient pas été apportées et que ses effets secondaires n’étaient pas mieux connus. En 2010, elle revoyait sa position en le tolérant dans certaines conditions, notamment lorsque les patients ont eu recours à tous les traitements disponibles sans succès avéré. Le débat autour de sa prescription s’est surtout cristallisé en France. Dans le reste du monde, la découverte d’Ameisen a conduit des spécialistes à encourager publiquement sa prescription à hautes doses malgré l’absence de preuve. Le rédacteur en chef de la revue Alcohol and Alcoholism a ainsi entamé une importante campagne médiatique en faveur du baclofène. D’autres, plus réservés, ont émis l’idée que la suppression du craving n’est pas la seule voie à suivre dans le traitement de l’alcoolisme. Des facteurs environnementaux et psychiques sont également présents, d’autres voies thérapeutiques devront les aborder.

Le baclofène n’étant pas officiellement enregistré pour le traitement de l’alcoolisme, sa prescription est considérée comme hors indication. Selon la loi sur les produits thérapeutiques, il est en effet possible de prescrire des médicaments non homologués, hors indication, sous certaines conditions, qui portent notamment sur l’existence de données scientifiques pouvant justifier la prescription, sur l’échec des traitements antérieurs et sur l’information du patient sur le traitement, le remboursement et les risques.

Deux essais obéissant aux méthodes d’évaluation des médicaments sont en cours. Leurs résultats seront connus en 2013.

Références

Adapté de « Le baclofène sera-t-il le nouveau médicament miracle de l’alcoolisme ? », Dr P. Gache, Genève, in Revue médicale suisse 2011; 7: 1458-61, en collaboration avec les auteurs.

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