L’essentiel dépistage des troubles cognitifs liés à l’alcool

Dernière mise à jour 26/10/11 | Article
Verres alignés
La consommation chronique et excessive d’alcool accélère le processus dégénératif du vieillissement cérébral et augmente le risque de développer une démence. Plus tôt ces troubles sont identifiés, mieux les patients peuvent être pris en charge.

Perte de mémoire, humeur changeante, désorientation dans le temps et dans l’espace, instabilité, démence, les troubles cognitifs liés à une consommation excessive et chronique d’alcool sont nombreux. Ils sont également insuffisamment pris en charge, leurs liens avec l’alcool n’étant, au début, pas toujours évident à démontrer. Un dépistage rapide est pourtant essentiel, lui qui peut faciliter les thérapies et réduire les risques d’échec des programmes de réinsertion.

La dépendance à l’alcool, cette maladie chronique, touche environ 7% des hommes et 3% des femmes en Europe occidentale et entraîne des complications cognitives, comportementales et somatiques ayant des conséquences sur la santé, la vie sociale, professionnelle et affective. Elle serait également un facteur d’accélération des processus dégénératifs du vieillissement cérébral. Une étude effectuée auprès d’hommes alcooliques de plus de 65 ans a montré que ces derniers risquent 4,6 fois plus que les autres de développer une démence.

Dépister les troubles

Plusieurs tests aident à dépister les troubles cognitifs liés à l’alcool. Ils évaluent les fonctions cognitives en fonction de critères tels que l’orientation spatio-temporelle, la mémoire, l’attention, le calcul mental, le langage ou  le fonctionnement exécutif (p.ex., flexibilité mentale, sensibilité aux interférences, etc.). Le degré d’autonomie du patient, des éventuels oublis de sa part, ou une incapacité à gérer des tâches de la vie quotidienne (p.ex., administratives) peuvent également donner quelques indices. Les patients avec une consommation abusive d’alcool ont également souvent des difficultés à initier, maintenir et adapter des stratégies efficaces, à élaborer des projets, à s’adapter aux changements, à anticiper le résultat d’une action ou à analyser les situations de la vie quotidienne. Ces patients sont susceptibles de manifester des troubles de l’humeur, une jovialité et une instabilité.

Les troubles de la mémoire du patient alcoolique, s’ils sont présents, touchent la mémoire dite épisodique, celle qui enregistre les informations concernant des événements précis ainsi que leur contexte en trois processus: l’encodage, le stockage et la récupération des souvenirs. Pour évaluer ce trouble spécifique, il existe un test, en trois volets, qui repose sur le rappel d’informations apprises, le rappel en donnant des indices et la reconnaissance de ce même matériel, ensuite réévalué de manière différée. Le test permet de préciser auquel de ces trois niveaux se situe le déficit. Chez le patient alcoolique, la mémoire des informations apprises, sans indice, est nettement déficitaire, alors qu’elle tend à se normaliser avec des indices et en reconnaissance. Ce déficit évoque un défaut d’activation du processus de récupération des informations, ce qui est contrôlé par une région spécifique du cerveau (le cortex préfrontal), et constitue un élément fondamental permettant de distinguer la démence dite alcoolique d’autres maladies comme l’Alzheimer. Toutefois, lors de pathologies alcooliques plus sévères, comme notamment le syndrome de Korsakoff, les troubles mnésiques peuvent être tels qu’une atteinte des trois processus (encodage, stockage et récupération) est généralement observée. 

Démence alcoolique

La démence alcoolique (DA)  correspond aux troubles cognitifs graves liés à l’alcool. Sa définition reste peu claire et couvre aussi bien la notion de “démence persistante induite par une substance”, ici l’alcool, une démence spécifiquement liée à la neurotoxicité de l’alcool sur le parenchyme cérébral et/ou l’association d’une démence avec une consommation élevée et régulière d’alcool.

Il n’existe actuellement pas de critères permanents permettant de poser le diagnostic de DA avec certitude. Un diagnostic probable est évoqué lorsque les troubles cognitifs persistent après plus de 60 jours d’abstinence et apparaissent trois ans après le début de l’intoxication (une intoxication étant définie par la consommation moyenne d’au moins 35 verres standards par semaine pour les hommes, 28 pour les femmes). Des problèmes pancréatiques, intestinaux, rénaux ou cardio-vasculaires et des manques de coordination renforcent la première hypothèse, alors que la présence de trouble du langage, de certains dysfonctionnements neurologiques rendent eux le diagnostic de DA peu probable.

Un examen neuropsychologique 

Le recours à des outils de dépistage permet au praticien d’identifier un déclin cognitif et son retentissement dans la vie quotidienne, sociale et professionnelle du patient alcoolique. Si l’état de ce dernier empire ou ne s’améliore pas, un examen neuropsychologique spécialisé est indiqué afin de préciser la nature et l’étendue des troubles. Celui-ci apporte une contribution à l’adaptation des mesures d’aide, oriente un diagnostic et permet de suivre l’évolution de l’impact de la thérapie sur les troubles cognitifs du patient.

Référence

Adapté de « Troubles cognitifs du patient alcoolo-dépendant: dépistage et examen neuropsychologique », A. Lindemann, V. Antille, psychologues, Pr S. Clarke, Département des neurosciences cliniques, CHUV, in Revue médicale suisse 2011; 7: 1450-4, en collaboration avec les auteurs.

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