Alimentation: la consommation d’alcool ruine les effets des régimes

Dernière mise à jour 28/08/13 | Article
Alimentation: la consommation d’alcool ruine les effets des régimes
La consommation de boissons alcooliques semble difficilement compatible avec une modification de l’alimentation visant à perdre du poids. Une récente étude américaine précise ce qu’il est bon de savoir sur ce sujet.

Boire ou maigrir? Sans doute faut-il choisir. Ce n’est pas l’alcool «modification de l’humeur» qui est en cause, mais bien l’alcool «calories». On oublie en effet souvent (ou sans doute veut-on oublier…) à quel point les boissons alcooliques peuvent être énergétiques. Un verre de vin contient environ 125 Kcal, de bière 150 et certains mystérieux cocktails jusqu’à 300. Ce ne sont là que quelques exemples. Les surcharges caloriques augmentent avec les degrés et les volumes alcooliques. Chaque gramme d'alcool apporte 7 calories –contre 4 pour les glucides et les protéines et 9 pour les lipides. Mais il faut aussi savoir que de nombreuses boissons alcooliques contiennent, outre de l'eau et de l'alcool, beaucoup de glucides!

Mais ce n’est pas tout. En plus de cet apport calorique direct, la consommation de boissons alcooliques joue de manière indirecte sur l’alimentation: elle pèse sur les choix alimentaires, sur la nature et le volume des mets consommés. La chose est moins connue et c’est le principal message délivré par une étude de chercheurs du National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism. Leurs résultats viennent d’être publiés dans The American Journal of Clinical Nutrition1. Ils apportent un nouvel éclairage sur les effets parfois chaotiques des régimes alimentaires – et ce en fonction des jours de consommation de boissons alcooliques.

Un message à double détente

La conclusion est assez simple, suffisamment pour être aisément gardée en mémoire: nous nous alimentons de manière beaucoup moins saine (et nettement plus calorique) les jours où nous buvons des boissons alcooliques. Cette donnée est utile au niveau individuel pour ceux qui souhaitent réduire leur surcharge pondérale et/ou affiner leur silhouette. Elle devrait aussi être impérativement prise en compte à l’échelon collectif: les responsables sanitaires y trouveraient un message à double détente au service de la santé publique.

Ce travail a été dirigé et coordonné par Rosalind A. Breslow (Division of Epidemiology and Prevention Research, National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism) et Ashima K. Kant (Queens College of the City University of New York). Les chercheurs ont mené leurs travaux à partir des données de l'enquête NHANES 2003-2008; soit à partir des dossiers de 1864 consommateurs d’alcool (1126 hommes et 738 femmes). Ces personnes ont donné des renseignements sur les jours «avec» régime alimentaire et les jours «sans». Les auteurs de ce travail ont également pris en compte les différences existant entre les participants sur l’apport calorique global et la répartition de ces apports en différents nutriments.

Les différences féminines

Les résultats ne manquent pas de surprendre. En un jour «avec», les hommes consomment 433 Kcal supplémentaires. Et sur cette somme, 168 Kcal ne correspondent pas à un apport calorique alcoolique. Cet excès de calories consiste en apports plus élevés de protéines, de matières grasses (dont des graisses saturées et mono insaturées comme les huiles d'olive et de colza, le beurre…), de potassium et de sodium. Les jours «avec» les hommes ont des apports élevés en viande, en pommes de terre, en graisse, mais des apports plus faibles en fruits et en produits laitiers.

Pour ce qui est des femmes, les jours «avec» correspondent à un apport calorique de 300 Kcal lié directement à l’alcool. La consommation moyenne de calories n’est toutefois pas augmentée. Elles ne consomment, en moyenne, pas plus de calories, mais la répartition de leurs apports est modifiée: plus d’aliments riches en graisses, de potassium et des apports plus faibles en produits laitiers.

Les plaisirs de la récompense

En résumé, cette étude, menée chez des buveurs et des buveusesmodéré(e)s, montre notamment des régimes pauvres en fruits et en produits laitiers (mais plus riches en graisses) les jours de consommation d’alcool. Ces données confirment également qu’une consommation d’alcool (même modérée) est associée à une forme d’exacerbation des effets de récompense qui pourront être recherchés avec la nourriture.

Avoir la conscience de se priver volontairement de nourriture conduirait (chez les hommes) à rechercher d’autres plaisirs – l’alcool – qui, par effet désinhibant, conduiraient à une modification des apports; modification elle-même source des calories que l’on voudrait tant tenir éloignées.

Menée sur des buveurs pouvant faire preuve de modération cette étude ne prend évidemment pas en compte les personnes à un stade avancé de la maladie alcoolique. On sait qu’à ce stade le malade peut souffrir d’une importante et grave dénutrition: les calories de l’alcool consommé quotidiennement ne sont pas absorbées et métabolisées comme celles apportées par les autres aliments. Elles vont perturber de plus en plus gravement le fonctionnement de différents organes et, au final, réduire la durée de l’espérance de vie.

1. Un résumé (en anglais) de cette étude peut être consulté ici.

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