Alcoolisme: prévoir les risques avant l’âge de cinq ans

Dernière mise à jour 08/08/13 | Article
Alcoolisme: prévoir les risques avant l’âge de cinq ans
L’addiction aux boissons alcooliques n’est jamais le fait du hasard. Trouve-t-elle son origine dans la génétique et l’hérédité? Ou plutôt dans l’environnement et les histoires personnelles? Et qu’en est-il de l’enfance?

On peut parler beaucoup de l’alcoolisme des adultes, adolescents et parents. On oublie généralement les enfants qui vivent au contact de parents et/ou de proches malades de l’alcool. Planetesante.ch a déjà évoqué, vidéo et pédagogie à l’appui comme on peut le voir ici, ce sujet d’autant plus délicat qu’il n’est que très exceptionnellement abordé. Un nouvel élément d’explication et de compréhension vient de nous être fourni avec les résultats d’une étude1 menée par des chercheurs travaillant aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Cette étude vient d’être publiée dans la revue Alcoholism: Clinical & Experimental Research. Elle tend à démontrer qu’une forme de vulnérabilité à des consommations excessives et/ou à la dépendance alcoolique peut trouver des explications qui remontent à la petite enfance. En d’autres termes, la «problématique alcool» ne commencerait pas, comme souvent, avec l’adolescence et les premières ivresses mais bien en amont, dans la petite enfance.

Dirigés par Danielle M. Dick et Kenneth S. Kendler (Virginia Institute for Psychiatric and Behavioral Genetics Virginia Commonwealth University, Richmond), les chercheurs ont cherché à évaluer au plus près l'impact de la personnalité de l'enfant sur ses consommations ultérieures de boissons alcooliques. Ils estiment être en mesure de démontrer que l’on peut, dès l’âge de 5 ans, prédire à partir du tempérament d’un enfant quel sera son comportement avec l’alcool après ses 15 ans. «La plupart des scientifiques qui étudient la consommation et l’addiction aux boissons alcooliques commencent à étudier les comportements à l'adolescence, à l’époque des premières expérimentations», explique le Pr Danielle Dick, spécialiste de psychiatrie, de psychologie et de génétique humaine et moléculaire.

Les troubles émotionnels

Avec ses collègues américains et britanniques (School of Social and Community Medicine, University of Bristol; King's College London Institute of Psychiatry), elle a fait le choix  de commencer ses recherches à partir  des premières années de vie. Elle a pour cela eu recours aux et données de la cohorte anglaise ALSPAC (Avon Longitudinal Study of Parents and Children) et travaillé sur les dossiers de 6.504 garçons et 6.143 filles suivis de l’âge de 6 mois à celui de 6 ans. Leurs caractéristiques psychologiques ont été successivement évaluées  à six reprises durant le suivi et les premières consommations d'alcool, à l'âge de 15 ans-et-demi.

Il apparaît alors que plupart des facteurs risque et protection contre l’alcool prennent gel et bien leurs racines dans la petite enfance. L’évaluation psychologique des enfants montre que la personnalité avant l'âge de cinq ans permet de prévoir ce qu’il en sera de la consommation de boissons alcooliques à l’adolescence et ce même après ajustement avec les facteurs de nature socio démographiques et les propres problèmes d'alcool des parents.

C’est ainsi notamment que certains troubles émotionnels et du comportement (les «difficultés de communication» sociale), émergeant avant l’âge de 5 ans, peuvent constituer un bon facteur prédictif d’une consommation «problématique» à l’adolescence.

Pouvoir naturellement «résister»

Cette approche originale confirme que des différences de personnalité apparaissent très tôt dans la vie mais aussi qu’elles vont orienter les fondements biologiques de la personnalité et des comportements à l’âge adulte. Mais rien n’est jamais simple avec l’alcool. «Il n’y a pas que les enfants à problèmes qui s'impliquent dans la consommation d'alcool, soulignent les auteurs. Il en va de même avec les enfants très sociables aussi et les parents doivent en être conscients». Ces conclusions doivent être rapprochées des résultats (présentés sur www.planetesante.ch) d’une autre étude récente montrant de quelles manières le comportement au quotidien des parents vis-à-vis de la consommation alcoolique peut ou non avoir des effets sur celui à venir de leurs enfants.

Il faut aussi souligner, comme le fait le psychiatre et addictologue Michel Lejoyeux (hôpital Bichat, Paris) dans son ouvrage très pédagogique («Du plaisir à la dépendance, nouvelles addictions, nouvelles thérapies» Editions de La Martinière) que le fait de pouvoir «résister» naturellement aux effets de l’alcool et d’en prendre conscience à l’adolescence est un puissant facteur pouvant conduire à la dépendance. Reste, une fois ces éléments établis et ces prédictions réalisables à déterminer la meilleure conduite à tenir. Les conseils avisés, voire la prise en charge, par des spécialistes, demeure le plus sage.

1 Un résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici.

A LIRE AUSSI

Addiction au travail
Qu’est-ce que la dopamine?

Qu’est-ce que la dopamine?

C’est le New York Times qui l’écrit: notre cerveau «regorge de substances chimiques», et l’une de ces...
Lire la suite
Tabac
Arrêt du tabac et prise de poids: qui est concerné et qui ne l’est pas?

Arrêt du tabac et prise de poids: qui est concerné et qui ne l’est pas?

La prise de poids associée à l’arrêt du tabac représente un obstacle chez les fumeurs qui envisagent...
Lire la suite
Tabac
Cigarette électronique: serait-elle dangereuse pour les artères?

Cigarette électronique: serait-elle dangereuse pour les artères?

On ne cesse de vanter les avantages de la e-cigarette en la comparant aux cigarettes normales à base...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Alcoolisme

Alcoolisme et efficacité du baclofène, la question reste ouverte

Les recherches en cours sur cet ancien médicament ne délivrent pas encore une réponse univoque.

Traitement de l’addiction: sortir de l’ornière

Le traitement de l’addiction constitue une prise en charge globale qui engage les valeurs du patient, sa vie et sa place dans la société.
L’alcool diminue rapidement les réflexes au volant

L’alcool diminue rapidement les réflexes au volant

Une fois ingurgité, l’éthanol contenu dans l’alcool passe très vite dans le sang et perturbe le fonctionnement du cerveau. Mais les effets néfastes sont très différents d’un individu à l’autre.
Videos sur le meme sujet

Dépendances: les proches souffrent aussi

Partager le quotidien d'une personne dépendante, l'aimer, supporter sa maladie n'est pas toujours facile. De nombreux proches d'alcooliques, de consommateurs de drogues, mais aussi de joueurs excessifs souffrent gravement de l'addiction de leur conjoint ou ami. L'antidote fait le point.

Alcool festif: gérer les risques

Toutes les générations ressentent du plaisir à partager un verre. Mais derrière cette image sympathique se cache une réalité plus sombre. Cette vidéo s'intéresse particulièrement à la consommation des adultes qui parfois se révèle excessive.

Alcool: en sortir autrement

L'aide aux personnes souffrant de leurs consommations alcooliques a changé. Moins culpabilisante, elle est aujourd'hui plus axée sur la personne, sur son rapport au produit et à sa consommation. Reportage avec l'Antidote.
Maladies sur le meme sujet
Foie

Cirrhose

La cirrhose et une maladie chronique du foie. Les cellules normales sont progressivement remplacées par une grande quantité de tissu cicatriciel, ce qui conduit à une diminution du fonctionnement de cet organe.