Retrouver la forme grâce à la réalité virtuelle

Dernière mise à jour 07/10/19 | Article
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Souvent décrite comme la «thérapie de demain», la réalité virtuelle commence à se faire une place dans les hôpitaux et cliniques suisses. Un outil particulièrement utile pour la rééducation des patients.

La rééducation n’est peut-être pas la thématique la plus «sexy» du monde de la médecine. Les médias s’extasient plus volontiers sur des exploits chirurgicaux que sur des exercices de longue haleine pour retrouver la forme après un pépin de santé. Pourtant, cette discipline joue un rôle crucial pour améliorer la qualité de vie des patients.

Mais depuis quelque temps, la rééducation change d’image. Elle commence à filtrer avec un univers très populaire: celui des jeux vidéo et de la «high-tech» et, d’une manière plus large, de la réalité virtuelle. En Suisse, une dizaine de start-ups se déploient actuellement sur le marché prometteur de ces nouvelles approches. Parmi elles, l’entreprise MindMaze, basée à Lausanne et spécialisée dans le développement de jeux thérapeutiques. En son sein, neuroscientifiques, thérapeutes, ingénieurs et développeurs de jeux vidéo collaborent pour inventer des programmes de rééducation. Frédéric Briguet, directeur marketing à MindMaze, explique ce concept innovant: «A l’aide d’une caméra, nous retraçons les mouvements des bras et/ou des jambes du patient. Ainsi, lorsqu’il bouge, ses gestes se répercutent sur ce qui se passe à l’écran.» Grimper un mur pour récolter des diamants, piloter un avion, cueillir des légumes dans un jardin: à chaque fois que la personne se déplace dans l’espace, ses mouvements influencent le jeu. Un système qui crée une motivation à mobiliser son corps sans sortir de chez soi.

Activer des circuits cérébraux

Cette technologie récente attire l’attention de plus en plus d’hôpitaux et cliniques en Suisse. Au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne, le Département des neurosciences cliniques mène plusieurs projets en collaboration avec MindMaze. La réalité virtuelle y est notamment utilisée pour la rééducation après un accident vasculaire cérébral (AVC). «Ce moyen technique est intégré dans l’approche neurosensorielle, explique la Dre Karin Diserens, médecin adjointe au service de neurologie et responsable de l’Unité de neurorééducation aiguë au CHUV. Pour que la connexion entre les lobes cérébraux soit stimulée, nous utilisons toutes sortes de stimuli, dont le mouvement. Plus on sollicite les différents sens du patient, plus on a de chances d’augmenter sa plasticité cérébrale et donc de récupérer des fonctions.»

Grâce à la réalité virtuelle, les patients se retrouvent propulsés dans un environnement «enrichi» et adapté à leurs difficultés. Chaque jeu est en effet paramétré et personnalisé en fonction des capacités de chacun. «Cette approche a de nombreux bénéfices, constate le Dr Arseny Sokolov, chef de clinique au Service de neurologie du CHUV et directeur de la plateforme Neuroscape@Neurotech. D’une part, les patients font rapidement des progrès au niveau moteur. De plus, le côté immersif de la réalité virtuelle les amène en dehors du cadre hospitalier, les pousse à dépasser leurs déficits. Finalement, le fait de pouvoir adapter la difficulté du jeu au niveau individuel du patient évite les frustrations et renforce la motivation.»

Pour que tout cela fonctionne, l’aspect personnalisé est essentiel. Plus une personne s’identifie aux activités proposées sur l’écran, plus les chances d’adhésion à la thérapie sont grandes. «Les personnes âgées sont parfois plus méfiantes à l’égard de la technologie, relève Frédéric Briguet. Pour qu’elles se sentent concernées, nous imaginons des jeux qui correspondent à leurs goûts ou leurs souvenirs. Par exemple, des jeux de conquête de l’espace pour les personnes qui, à l’époque, ont suivi avec passion les premiers pas de l’homme sur la lune.»

Indispensable thérapeute

Il est vrai que dans la vie réelle, faire des séries de mouvements répétitifs, même sous surveillance du thérapeute, est vite rébarbatif. Grâce à la réalité virtuelle, les patients effectuent ces mouvements dans un contexte beaucoup plus ludique. Cet hiver, l’hôpital intercantonal de la Broye s’est doté de KinéQuantum, un casque de réalité virtuelle pour effectuer des exercices de rééducation. Il est utilisé pour traiter de nombreuses pathologies, en particulier des problèmes musculo-squelettiques. Rapidement, le système séduit et les patients en redemandent. «Je suis impressionnée de voir la rapidité de progression chez certaines personnes», témoigne Marie-France Josi, physiothérapeute au Centre de traitement et de réhabilitation de l’Hôpital de la Broye.

Mais alors, s’il suffit d’un casque et d’un jeu pour aller mieux, la fin des physiothérapeutes est proche? «Pas du tout, assure la spécialiste. Il est important que ces exercices soient faits dans le cadre d’un accompagnement thérapeutique. Nous devons nous assurer de la justesse des mouvements. Cela reste un outil supplémentaire, une corde de plus à notre arc. Mais on ne peut pas miser uniquement là-dessus, d’autres traitements doivent être menés en parallèle.»

Rien ne vaut un jardin

Face à cet engouement, de nombreuses perspectives de développement se dessinent. En Angleterre, des systèmes de réalité virtuelle sont déjà installés au domicile de personnes âgées, sous supervision thérapeutique. Toutefois, la Dre Diserens temporise. Pour elle, le virtuel ne vaudra jamais le réel. «Depuis plusieurs années au CHUV, nous avons installé un petit jardin dans lequel les thérapeutes mènent leurs séances de rééducation en intégrant les familles et les animaux des patients. Or, le simple fait d’être à l’extérieur stimule plein de sens. Images, sons, odeurs, matières… La nature regorge de stimulations de toutes sortes. En effectuant des exercices dans ce jardin, le système nerveux a accès à de meilleures informations et les patients réagissent mieux. La nature reste LE milieu enrichi par excellence.»

Consciente de cet aspect, l’industrie des jeux thérapeutiques n’affiche pas pour ambition de remplacer les sorties et autres activités à l’extérieur. «L’objectif, c’est de donner accès à un environnement "enrichi" à un maximum de personnes, dans un temps record, relève Frédéric Briguet. Juste après un AVC, il est souvent impossible de déplacer un patient. Grâce à la réalité virtuelle, il peut immédiatement commencer la rééducation, depuis son lit d’hôpital». Pas de quoi remplacer les promenades au grand air, mais sans doute un outil performant de plus au service des patients.

Faire du vélo grâce à Google Street View

Maintenir une activité physique régulière chez les seniors est un défi de santé publique. En particulier dans les EMS, il n’est pas toujours facile de sortir et de faire de l’exercice. Pour pallier ce manque, l’entreprise néerlandaise SilverFit a développé une idée originale: avoir l’impression de faire du vélo à l’extérieur, sans bouger de son salon. Une fois installé sur son vélo d’appartement, face à son écran, le patient peut choisir le paysage qu’il souhaite traverser. Bord de mer? Forêt? Montagne? Parmi les itinéraires prisés des utilisateurs figure même une promenade au bord des bassins du Doubs dans le canton de Neuchâtel. De plus, des itinéraires personnalisés peuvent être créés grâce à Google Street View. De quoi permettre, par exemple, à un résident d’EMS de retourner se promener dans son village. «Ce type d’outil est particulièrement intéressant, car il stimule à la fois l’activité physique et la mémoire des utilisateurs», commente le Dr Arseny Sokolov, chef de clinique au Service de neurologie du CHUV et directeur de la plateforme Neuroscape@Neurotech.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 01/09/2019.

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