«Le big data est une incroyable révolution»

Dernière mise à jour 01/04/17 | Questions/Réponses
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Le Pr Christian Lovis nous donne sa vision de cette innovation, comparable selon lui à l’avènement du télescope ou des rayons X. Rencontre avec une personnalité hors norme.

Avec ses éternels pulls à col roulé et son mépris des conventions sociales, le Pr Christian Lovis détonne dans l’univers hiérarchisé d’un hôpital universitaire. L’électron libre des HUG et chef du service des sciences de l’information médicale, occupe aussi depuis 2016 le fauteuil de président de la Fédération européenne de l’informatique médicale.

Pulsations: Vous faites partie de ces gens précédés d’une réputation : génie bicéphale (médecin et informaticien), geek iconoclaste, etc. Comment vous décrivez-vous vous-même?

Pr C. Lovis: Comme un bricoleur! Maison, jardin, voiture… J’aime comprendre comment ça marche, j’aime réparer. Bricoler, au sens noble du terme, c’est trouver des solutions. C’est une expression importante de l’intelligence. Mais c’est également oser démonter ce qu’on ne connaît pas, trouver des solutions parfois étranges, mais qui fonctionnent. C’est aussi ne pas avoir peur de se tromper ou de casser.

Pour mener une carrière comme la vôtre, ne faut-il pas être davantage qu’un bricoleur?

Je suis un «abstracteur» aussi. J’essaie de trouver des solutions générales. Ensuite, j’ai ce talent particulier de refuser les dogmes. J’éprouve aussi une certaine difficulté à composer avec les conventions sociales… Mais je suis passionné. Et je tente de communiquer mon enthousiasme, de motiver les gens, les passionner, les entraîner avec moi. Pas toujours facile. J’ai aussi la réputation d’être un peu «brut de décoffrage» lorsque je m’exprime. C’est un défi que d’apprendre à communiquer.

Un de vos sujets de prédilection est le big data. Pourquoi?

Parce que c’est un truc incroyable! Une révolution rare comparable à l’invention du télescope ou des rayons X. Le big data, c’est l’avènement d’une image digitale du monde réel. Cette image est de plus en plus précise, complète et réaliste grâce à l’évolution des technologies. Et elle se construit dans une infinité de domaines: médecine, génétique, sociologie, économie, environnement, etc. Plus besoin de monter des études compliquées, longues et coûteuses. Les données –sociologiques, médicales, comportementales– sont à portée de main. Je prends un exemple. Il y a 20’000 sondes privées sur l’arc lémanique qui mesurent la température, le taux de CO2 et les décibels. Si quelqu’un souhaite étudier la relation entre Alzheimer et la chaleur, la pollution et l’exposition au bruit, il peut le faire. Du jour au lendemain. C’est complètement nouveau.

Vos travaux portent-ils directement sur le big data?

Oui. L’image digitale constituée par le big data doit être une représentation du monde aussi fidèle que possible. Pas un reflet tronqué. Par exemple, les menus déroulants dans un dossier médical constituent un appauvrissement tragique de l’information. Pour éviter cela, il faut enseigner aux ordinateurs le langage naturel. Celui qui est parlé dans la vie de tous les jours. C’est notamment à cela que travaille une partie de mon équipe: apprendre aux machines à comprendre les hommes.

«Les ordinateurs remplaceront les médecins quand les machines auront remplacé les hommes.»

Pulsations: IBM a mis au point un ordinateur, Watson, capable de diagnostiquer un cancer du poumon avec un taux de succès de 90%. Peut-on imaginer, dans un futur proche, que des Watson remplaceront les médecins?

Pr C. Lovis: On a demandé à Watson sur quel paramètre agir pour avoir le plus d’impact sur le changement climatique. Il a répondu: éliminez le genre humain. Ce n’est pas la réponse attendue. Plus Watson se rapprochera de l’humain, plus il sera potentiellement un prédateur pour l’humain. Comment choisir entre vivre cinq mois sans traitement ou dix avec les inconvénients d’une chimiothérapie? Aucune machine ne devrait décider à votre place. Vous déciderez seul, ou en discutant avec un humain. Probablement un médecin. Je dis souvent que les ordinateurs remplaceront les médecins quand les machines auront remplacé les hommes.

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Article repris du site  pulsations.swiss

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