La radio du dos, version 2.0

Dernière mise à jour 03/02/16 | Article
La radio du dos, version 2.0
En vingt secondes, l’EOS, un nouvel appareil d’imagerie, prend deux radios hyperprécises de toute votre personne grâce à l'informatique et à ses détecteurs ultrasensibles. Fait inédit: il le fait alors que vous êtes debout.

Un outil précieux pour comprendre et soigner les maux de dos, c'est ce qu'offre l'EOS, un appareil d'imagerie installé à la clinique de La Source à Lausanne depuis le printemps 2015. La technique­? La radiographie classique à rayons X, mais dopée par l'informatique et des détecteurs ultraperfectionnés. L'EOS se présente comme une cabine où l'on se tient debout. Deux émetteurs de rayons X, montés sur des rails verticaux, sont cachés dans ses parois. Ils sont disposés à angle droit, ce qui permet de prendre simultanément des images de face et de profil. En face d'eux, toujours dans les parois, on trouve les détecteurs, mais au lieu de plaques photographiques que viendraient frapper les rayons X, l’appareil utilise des chambres à fil, un dispositif hyperprécis inventé par le prix Nobel Georges Charpak (1924-2010) et utilisé à l’origine en physique des particules.

«­Au signal, ne plus bouger…­» En 20 à 25 secondes, les images sont produites. Elles présentent plusieurs avantages. Elles sont d'abord plus précises qu'une radio du dos classique. Pourquoi­? Parce qu’une radio classique de toute la colonne est en fait l’addition de trois clichés différents que l'on «scotche­» ensemble. Or, ce processus induit des imprécisions importantes. Dans l'EOS, au contraire, on réalise quelques dizaines de clichés, tous aussi précis les uns que les autres, que l'ordinateur va ensuite reconstituer en une seule image. L'EOS, malgré cela, expose à 10 à 100 fois moins de radiations que la radiographie classique car ses détecteurs sont beaucoup plus sensibles. Une caractéristique très importante, en particulier pour le suivi de scolioses chez les enfants qu’il faut éviter d’irradier inutilement.

Mais l'EOS présente aussi des avantages par rapport à l'IRM et au scanner, explique Duccio Boscherini, neurochirurgien à La Source. Ces deux dispositifs fournissent en effet des images de la colonne, mais pas du reste du corps, contrairement à l’EOS. Or, les genoux ou les hanches peuvent être la cause de déséquilibres créant des maux de dos. De même, scanner et IRM sont réalisés quand la personne est couchée. «Ils fournissent donc des images restreintes de l'anatomie, dans une position statique et non physiologique.» Par opposition, l'EOS montre toute la personne en position debout.

Définir la normalité

Les médecins se rendent compte que les maux de dos doivent être évalués de manière globale, qu'ils sont le résultat d'une interaction subtile entre la posture de la personne, sa musculature et des caractéristiques anatomiques qui lui sont propres. «Il existe un cône d'économie en position debout, relate le chirurgien, un ensemble de postures possibles où la musculature est sollicitée au minimum.» Quand on s'en écarte, celle-ci doit travailler davantage, ce qui augmente le risque de maux de dos.

On a désormais identifié des paramètres normaux, poursuit le chirurgien, des angles (de cambrure par exemple) ou des mesures (l'emplacement du centre de gravité) qui permettent de prédire si une personne risque davantage de connaître des maux de dos. Telle patiente, par exemple, a un sacrum presque à l'horizontale, illustre le spécialiste: c'est très rare et cela cause naturellement une cambrure exagérée qui explique ses maux de dos.

Ces valeurs, l'EOS les calcule aisément et les fournit rapidement. Une fois munis de ces données, les spécialistes comprennent mieux l'origine des maux de dos. Ces mesures sont également précieuses pour déterminer où opérer pour être le plus efficace, de même que pour évaluer comment la colonne s'est repositionnée après une opération.

Prise en position debout, cette image montre que le sacrum de cette personne débute presque à l'horizontale. L'extrême cambrure de la patiente est la source de ses maux de dos invalidants.

Prise en position debout, cette image montre que le sacrum de cette personne débute presque à l'horizontale. L'extrême cambrure de la patiente est la source de ses maux de dos invalidants.

 

On voit sur cette image une légère scoliose chez une personne jeune. Des images de radiographie permettent un suivi régulier de cette affection.

On voit sur cette image une légère scoliose chez une personne jeune. Des images de radiographie permettent un suivi régulier de cette affection.

Grâce à une reconstitution en 3D de la colonne, on voit ici une forte scoliose (colonne vertébrale anormalement incurvée) qui cause au patient des douleurs dans le bas du dos.

Grâce à une reconstitution en 3D de la colonne, on voit ici une forte scoliose (colonne vertébrale anormalement incurvée) qui cause au patient des douleurs dans le bas du dos.

Les radiographies sont aussi utiles pour évaluer la réussite d'une opération du dos. Cette personne a un dos très plat et il a fallu la réopérer pour modifier sa cambrure, et donc son centre de gravité.

Les radiographies sont aussi utiles pour évaluer la réussite d'une opération du dos.
Cette personne a un dos très plat et il a fallu la réopérer pour modifier sa cambrure, et donc son centre de gravité.

A LIRE AUSSI

Santé des people
Jennifer Covo: «J'apprécie qu'une certaine distance soit préservée entre le médecin et son patient. Chacun son rôle.»

Jennifer Covo: «J'apprécie qu'une certaine distance soit préservée entre le médecin et son patient. Chacun son rôle.»

Présentatrice du Téléjournal à la Radio Télévision Suisse, Jennifer Covo nous dévoile quelques aspects...
Lire la suite
Recherche et nouveaux traitements
Papillomavirus: la lutte se précise

Papillomavirus: la lutte se précise

Après le frottis, le test HPV et l’auto-prélèvement, de nouvelles méthodes permettent de dépister ce...
Lire la suite
Recherche et nouveaux traitements
Avancée dans la compréhension des douleurs neuropathiques

Avancée dans la compréhension des douleurs neuropathiques

Les antalgiques classiques s’avèrent souvent impuissants face à une catégorie de douleurs chroniques,...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet

Tatouages connectés: gadget ou révolution?

Serons-nous tous tatoués demain? Le tatouage que l’on connaît aujourd’hui, esthétique et silencieux, pourrait bien devenir technologique et interactif.
PULS_geissbuhler_cybermedecine

«Cybermédecine: notre société doit faire des choix»

Les technologies numériques prennent une place toujours plus grande dans le système de santé. Selon le Pr Antoine Geissbuhler, médecin-chef du Service de cybersanté et de télémédecine et responsable du Centre de l’innovation des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), il faut veiller à en garder le contrôle.
Puls_lovis_big data

«Le big data est une incroyable révolution»

Le Pr Christian Lovis nous donne sa vision de cette innovation, comparable selon lui à l’avènement du télescope ou des rayons X. Rencontre avec une personnalité hors norme.
Videos sur le meme sujet

La réalité virtuelle pour apprendre des gestes médicaux

Stéphane Délétroz présente un outil pour parfaire l’enseignement destiné aux professionnels ou futurs professionnels de la santé: la réalité virtuelle.

Détecter la malaria grâce à l'analyse d’images en direct de la HEIG-VD

Durant l'été 2018, Sarah Dirren vous propose de faire le tour de quelques innovations "Made in Switzerland" issues principalement des Hautes écoles spécialisées de Suisse occidentale (HES).

Une IRM géante en construction près de Paris

Stéphane Délétroz vous emmène près de Paris à la découverte de l’IRM la plus puissante du monde.