«La santé de mes proches passe avant la mienne»

Dernière mise à jour 20/11/21 | Questions/Réponses
LC_Laurence_Cretegny
Députée de Bussy-Chardonney (Parti libéral radical), agricultrice, entrepreneure, mère de quatre enfants, Laurence Cretegny ajoute une nouvelle corde à son arc en devenant Présidente du Grand Conseil vaudois pour l’année 2021-2022. Et première femme issue du monde agricole à se hisser à ce poste. Un mandat qui sera placé sous le signe de la responsabilité, de la liberté, et du respect – de l’autre et du territoire –, valeurs chères à son cœur.

Bio express

24 octobre 1967: Naît à Morges et grandit à Denens jusqu’en 1987, avant de déménager à Bussy-Chardonney.

1991: Crée son entreprise agrotouristique «La Ferme aux Cretegny».

2008: Élue municipale de Bussy-Chardonney.

2009: Syndic de Bussy-Chardonney.

2012: Devient députée (PLR).

2017: Membre du bureau du Grand Conseil vaudois.

2019: 2e vice-présidente du Grand Conseil vaudois.

2021: Présidente du Grand Conseil vaudois.

     

En pleine crise sanitaire, vous entamez une présidence pas comme les autres… Comment l’abordez-vous?

Depuis le début de cette crise, je n’ai qu’un maître-mot: l’adaptation. J’avance au fur et à mesure, en fonction des directives. Même si cela est rendu plus compliqué aujourd’hui, mon souhait premier est d’aller à la rencontre des gens, de prendre le temps de recueillir leurs demandes. Je me suis engagée à les écouter et à faire tout mon possible pour répondre à leurs besoins.

Parmi les grands débats que vous portez, il y a les questions liées à l’agriculture de proximité, à l’agrotourisme… Pourquoi est-ce important?

C’est le milieu dans lequel j’ai grandi et travaillé toute ma vie. J’ai commencé il y a trente ans à faire de la défense professionnelle sans m’en rendre compte. Tout ce que j’ai entrepris – les marchés à la ferme, les chambres d’hôtes, les brunchs –, c’était pour nouer un lien de proximité, expliquer notre métier, parler de la terre… Il y a trente ans, les gens ne mesuraient pas l’importance de ce secteur. Ce n’est que depuis récemment que l’on s’en inquiète, alors que l’agriculture a pris un tournant il y a déjà plusieurs années en utilisant moins de produits phytosanitaires et en pensant les choses différemment.

L’écologie et son impact sur notre santé sont aussi des questions qui alimenteront le débat ces prochains mois…

C’est heureusement un débat qui a déjà cours en Suisse, tout comme dans certains pays qui nous entourent. Mais dans de nombreux autres pays exportateurs, ce n’est pas toujours le cas. Il est capital de prendre conscience de la provenance de nos produits et de ce que cela signifie pour notre économie et notre santé. 

Vous surveillez donc la provenance de ce que vous consommez?

Je suis paysanne professionnelle, j’ai appris la valeur des choses et de l’alimentation. Je ne supporte plus de voir écrit «bio» sur les paquets, c’est devenu une marque, un logo soi-disant contrôlé. Mais quand on sait que 50% de notre alimentation est importée de pays qui possèdent d’autres exigences et où il n’y a que très peu de contrôles des exploitations… comment voulez-vous être sûr de ce que vous avez dans votre assiette? En Suisse, les exploitations sont contrôlées entre deux et quatre fois par année. Je préfère donc acheter suisse pas bio, que bio pas suisse!

Malgré vos fonctions, avez-vous encore le temps de vous occuper de votre santé?

J’ai un côté très «maman-poule»: je suis là pour les autres, je les dorlote, les envoie chez le médecin lorsque c’est nécessaire… mais moi, je ne m’écoute pas vraiment. J’ai tendance à me soigner avec ce que j’ai sous le coude – souvent de l’homéopathie – avant d’aller consulter. Parfois je me plante et je finis… chez le médecin!

Vous êtes donc sensible aux médecines alternatives?

Oui, depuis toujours et maintenant, avec une fille ostéopathe, encore plus ! Mon médecin de famille était généraliste et homéopathe, il savait utiliser les médecines alternatives lorsque cela était possible. Trop peu de médecins ont cette vision de complémentarité. Il y a trente ans, la médecine conventionnelle utilisait beaucoup d’antibiotiques, qui sont peu à peu devenus moins systématiques. C’est intéressant de voir que ce changement de paradigme a eu lieu en parallèle de la transition dans le domaine de l’agriculture, avec la prise de conscience que l’on utilisait trop de produits néfastes pour la santé humaine.

Diriez-vous que le travail, c’est la santé?

Oui et non… Quand je travaille, mon esprit est occupé et je ne pense pas à mes petits bobos. Mais la politique politicienne est aussi, parfois, très difficile. Les batailles peuvent être rudes jusqu’à ce qu’un compromis – ou pas – ressorte des débats. Cela peut avoir un réel impact sur la santé mentale et physique. Si je fais encore de la politique aujourd’hui, c’est parce que je crois en la nature humaine. J’ai encore de l’espoir et l’envie d’apporter mes propres valeurs et celles de mon parti, qui sont la responsabilité et la liberté, mais aussi le respect.

Quels sont, selon vous, les grands enjeux de demain en matière de santé?

L’un des grands enjeux sera de revoir notre façon d’aborder la surmédicalisation: le recours parfois inutile aux médicaments, aux consultations et aux examens. Prendre en considération et donner une plus grande place à l’accompagnement thérapeutique psychologique, lorsqu’une maladie dégénérative ou qui met votre vie en jeu vous frappe.

Il faut donner aux patients, ainsi qu’aux médecins, une responsabilité vis-à-vis de la santé et de son financement.

_______

Paru dans le hors-série «Votre santé», La Côte/Le Nouvelliste, Novembre 2021.

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