«Ce que l’on mange est notre premier médicament»

Dernière mise à jour 18/10/23 | Questions/Réponses
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Animatrice radio, entrepreneure, maman, contrebassiste, passionnée de cuisine… c’est peu dire que Marie Riley est sur tous les fronts. Celle qui a repris à la rentrée la tête de l’émission les Dicodeurs sur RTS La Première* nous confie sa recette pour tenir le rythme, sans tabou ni faux-semblants.

     

BIO EXPRESS

17 août 1984: Naissance à Fribourg.

1993: Commence à jouer de la contrebasse à l’âge de 9 ans.

2004: Naissance de son premier enfant, qui décédera quelques mois plus tard.

2014: Crée le blog «Food and Fuzz» dans lequel elle rencontre des musiciens et cuisine leur recette préférée.

2016: Devient animatrice radio à la RTS pour différentes émissions, notamment sur Couleur 3.

Depuis 2017: Intègre le groupe folk Jim The Barber & His Shiny Blades.

2021: Fonde la société Good Mourning.

Août 2023: Reprend l’animation de l’émission Les Dicodeurs sur RTS La Première.

Vous venez de reprendre les rênes des Dicodeurs. Avez-vous ressenti une certaine pression en prenant le relais de l’animatrice emblématique Laurence Bisang?

Marie Riley: C’était en effet une assez grosse pression, mais que je me suis mise toute seule! Le plus difficile c’était l’attente entre le moment où j’ai su que je reprenais les Dicodeurs et la première émission. Je ne suis pas quelqu’un de très patient… Mais dès le premier enregistrement, le stress s’est envolé et je me suis vraiment sentie dans mon élément. Ça y est, je suis partie pour vingt ans!

L’humour fait partie de l’ADN des Dicodeurs. N’est-il pas difficile d’être tous les jours de bonne humeur?

Moi, je suis toujours de bonne humeur, à part peut-être tôt le matin! Il y a une énergie incroyable dans l’équipe, que ce soient les techniciens, les attachés de production, les producteurs ou tous les Dicodeurs. C’est comme une grande famille avec laquelle on ne peut ni s’ennuyer, ni être de mauvaise humeur, ni avoir peur.

Le rire, pour vous, est aussi une façon de puiser une certaine force?

Oui, totalement. Que ce soit dans mon travail, dans mon couple, avec mes enfants… on communique beaucoup à travers le rire. Bon, pas uniquement, sinon ça serait pathologique! Mais on rit beaucoup, même lors des évènements tristes. On commence par pleurer puis on se souvient de tous les souvenirs joyeux. C’est un trait commun dans ma famille.

Mettre de la joie, même dans les choses tristes de la vie, c’est un peu l’idée de votre projet «Good Mourning», qui propose, en préparation de sa mort, de laisser une trace de son vivant**. Comment est-il né?

J’ai perdu mon premier enfant il y a vingt ans, la même semaine que mon père. Ça a été une période très difficile. Mais plus tard, j’ai compris que j’avais réussi à faire mon deuil, que ma vie avançait malgré tout, que j’étais parvenue à ne garder que les bons souvenirs après ces drames. Je me suis dit que je voulais aider d’autres personnes à avoir accès à ça, aux bons souvenirs, au «bon deuil». Avec mon partenaire, nous avons donc proposé nos services à des gens qui ne sont pas forcément malades, mais qui ont envie de maîtriser ce qui se passera après leur décès.

Vous avez déclaré dans une interview que vous parlez souvent de votre propre enterrement à vos enfants. Pourquoi est-ce important pour vous de démystifier la mort?

J’aborde ce sujet de façon décomplexée. Pour moi, il est important d’en parler car c’est bien la seule chose dont on est sûrs qu’elle va nous arriver! Avec mes enfants, on discute souvent du sujet. Depuis qu’ils sont petits, je réponds à toutes leurs questions. Il n’y a pas de tabou. C’est un peu égoïste mais, pour moi, le plus dur est de me dire que lorsque je mourrai, ils n’auront plus leur maman. Le reste je m’en fiche. Je veux les rassurer, les préparer à ce moment, leur dire que ça ira, que ce sera fun, même après ma mort.

En un mot…

Un adjectif qui vous correspond?  «Excessive.»

Votreplatsignature? «Le phò, une soupe vietnamienne.»

Ce qui vous donne le sourire instantanément? «Celui de mes enfants.»

Un rêve un peu fou? «Faire du kayak au milieu des orques sauvages, le plus beau des animaux, qu'il faut sortir de tous les parcs aquatiques du monde.»

Que viennent chercher les personnes qui vous contactent via le site Good Mourning?

Il y a un grand besoin de parler de la mort. Certaines personnes, très angoissées par ce sujet, ont besoin de toucher ça du doigt, ça les aide beaucoup. Nous leur donnons les clés pour réfléchir à ce qu’elles voudraient laisser à ceux qui restent: en se filmant, en écrivant, en concoctant une playlist de musique… C’est une démarche qui vise à se réapproprier sa propre mort. Cette dimension est souvent laissée aux religions, aux médecins, aux proches, aux pompes funèbres. Mais chacun d’entre nous peut être aux manettes de sa mort… qui fait après tout partie de la vie.

L’une de vos grandes passions, c’est la nourriture. Qu’est-ce que cuisiner, manger, partager, vous apporte?

Selon moi, ce que l’on mange est notre premier médicament. Je n’achète quasiment jamais d’aliments transformés, car quand on ne voit pas ce qu’il y a dedans, c’est louche! Même si cela prend plus de temps, je cuisine tout moi-même. Prendre soin de ce que l’on va mettre dans notre corps, en faisant preuve de gratitude, c’est important. J’essaye aussi de ne jamais gaspiller et je témoigne toujours une forme de respect pour les aliments, notamment les animaux, que je mange.

Avez-vous malgré tout un péché mignon?

J’ai honte de le dire mais… quand je n’ai pas les enfants, je me fais parfois un rāmen (plat de nouilles japonaises, ndlr) avec un œuf et une tonne de gruyère râpé! Je mange ça devant la télé, c’est un moment où je lâche prise totalement. Mais ça reste exceptionnel!

L’autre de vos grandes passions est la musique. Que vous apporte-t-elle au quotidien?

Tout! Déjà, des amitiés solides avec les membres de mon groupe (Jim The Barber & His Shiny Blades, ndlr). Il se passe vraiment quelque chose d’incroyable quand on répète. Comme le moment du repas, la musique est un partage très intime. On se met à nu, il y a un lâcher-prise, un moment de symbiose avec les autres, d’intensité sur scène… Mon instrument, la contrebasse, est hyper physique. Il est lourd, imposant, je m’appuie contre lui et il vibre dans tout mon corps. C’est quelque chose qui me fait un bien fou et qui procure d’intenses émotions. C’est vraiment un moment pour moi, une parenthèse dans le quotidien.

Musique, cuisine, famille, radio… avez-vous le temps de dormir un peu?

Oui, j’ai appris à gérer mon sommeil depuis quelques années, car j’ai réalisé que c’était vraiment une part importante de ma santé mentale. Je suis quelqu’un de très angoissé et le soir, au moment de me coucher, j’étais souvent submergée par des tas de pensées, des listes de choses à faire… Avec le temps et grâce à une longue analyse, j’ai réussi à accepter ces angoisses qui surviennent, à les canaliser.

Où puisez-vous l’énergie pour mener de front vie professionnelle, de famille, personnelle…?

Mon moteur, ce sont mes enfants, mon conjoint, ma famille, mes amis… ça paraît bête comme ça mais c’est la réalité. Mes proches me soutiennent dans tous mes projets, me calment, me rassurent… sans eux je n’y arriverais pas.

Que peut-on vous souhaiter pour cette rentrée bien chargée?

Rien de particulier car j’ai déjà tout. Il ne peut rien m’arriver de mieux! J’ai une vie complètement dingue depuis des mois. Je sens que je suis vraiment là où je dois être. Je suis reconnaissante de tout ce qui m’arrive, mais je sais aussi que j’ai travaillé dur pour y parvenir.

______

*Du lundi au vendredi de 11h30 à 12h30.

**www.goodmourning.ch

Paru dans Planète Santé magazine N° 50 – Octobre 2023

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