Prédire les complications de la méningite bactérienne

Dernière mise à jour 07/04/16 | Article
Prédire les complications de la méningite bactérienne
Des chercheurs du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) ont découvert que l’analyse génétique d’une protéine impliquée dans le système immunitaire permet de prédire si une personne souffrant de méningite bactérienne aura un bon ou un mauvais pronostic.

Elles figurent dans le top 10 des infections mortelles. C’est dire que les méningites bactériennes sont des maladies graves qui, faute d’un traitement approprié et rapide, peuvent entraîner de sévères complications et même être mortelles.

Comme son nom l’indique, la méningite est une inflammation des méninges, ces membranes qui enveloppent la moelle épinière et le cerveau et dans lesquelles circule le liquide céphalo-rachidien. Dans la majorité des cas, la maladie est due à des virus. Elle ressemble alors à une grippe avec de gros maux de tête et, la plupart du temps, elle évolue favorablement.

Mais il en va tout autrement lorsqu’elle est provoquée par des bactéries et en particulier – c’est d’ailleurs le cas le plus fréquent chez les adultes – par le pneumocoque. L’infection peut alors évoluer très rapidement et conduire à une réaction inflammatoire excessive qui altère les neurones et génère des complications. «Des séquelles neurologiques persistantes, sous forme de troubles cognitifs ou d’une perte de la mémoire, peuvent survenir au cours de la maladie», précise Thierry Calandra, chef du service des maladies infectieuses du CHUV. En outre, dans 10 à 20% des cas, l’issue est fatale. Les bactéries, localisées dans le cerveau, peuvent aussi se multiplier dans la circulation sanguine et se répandre dans l’ensemble de l’organisme, provoquant un choc septique qui augmente encore la mortalité.

Protéine sentinelle

Certaines personnes sont plus sujettes que d’autres à subir ces complications et il est désormais possible de prédire qui est concerné. C’est ce que révèlent l’équipe de Thierry Calandra et des neurologues de l’université d’Amsterdam (Pays-Bas) dans la revue scientifique américaine PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences).

Etudiant une large cohorte de patients néerlandais souffrant d’une méningite à pneumocoques (lire encadré), les chercheurs se sont tout particulièrement intéressés à l’une des nombreuses protéines que le système immunitaire produit en réponse à une infection: le MIF (acronyme de Macrophage Migration Inhibitory Factor, soit facteur inhibant la migration des macrophages).

Cette molécule (appartenant à la famille des cytokines) est produite par des cellules immunitaires qui jouent les sentinelles. Elle circule en permanence dans le sang mais, en cas d’infection, sa concentration augmente, ce qui déclenche une réponse inflammatoire destinée à lutter contre le microbe.

Le MIF peut avoir différentes formes génétiques. On savait déjà qu’en fonction des variantes dont ils étaient porteurs, les individus étaient prédisposés à produire des quantités plus ou moins importantes de cette protéine en cas d’infection. Les chercheurs de Lausanne et d’Amsterdam ont découvert qu’en cas de méningite à pneumocoques, les personnes portant les variantes associées à la production d’une grande quantité de MIF risquaient d’avoir une réponse inflammatoire excessive. De ce fait, ils avaient généralement plus de complications neurologiques et leur mortalité était plus élevée. Les individus portant les variantes s’accompagnant d’un moindre taux de MIF avaient, eux, un bien meilleur pronostic.

D’ailleurs, comme l’ont aussi constaté les auteurs de l’étude, le liquide céphalorachidien de patients décédés contenait une plus grande quantité de MIF. Cela confirme que cette protéine peut servir de biomarqueur génétique permettant de prédire l’évolution de la méningite à pneumocoques.

Des espoirs de traitement

Une fois que les médecins sauront que l’un de leurs patients a un risque important d’avoir de graves complications ou de mourir de son infection, que pourront-ils faire? «On pourra surveiller le patient de près et tout mettre en œuvre pour réduire la réponse inflammatoire», répond Thierry Calandra.

En outre, maintenant que ce variant néfaste de MIF a été identifié, il devient possible de chercher des médicaments susceptibles de neutraliser son action. Les chercheurs lausannois ont déjà testé certains d’entre eux, des anticorps, sur des souris infectées par le pneumocoque et ils ont amélioré la survie des rongeurs. «Cela nous donne de l’espoir», commente l’infectiologue du CHUV, avant d’ajouter que ce type de traitement «est encore de la musique d’avenir».

Une approche originale et spécifique

Pour réaliser leur étude, les chercheurs du CHUV et de l’université d’Amsterdam ont fait appel à quelque 400 malades de différents hôpitaux néerlandais souffrant de méningite à pneumocoques. A titre de comparaison, ils ont aussi étudié près de 330 autres personnes non infectées qui «étaient toutes du même âge, du même sexe, de la même ethnicité que les patients. Elles étaient aussi issues d’un milieu socio-économique similaire et partageaient le même environnement». Cela a permis aux chercheurs d’exclure les facteurs liés aux conditions de vie pour se concentrer uniquement sur des facteurs génétiques.

Ils ont aussi adopté une démarche originale. De nombreuses études avaient déjà tenté, en vain, d’expliquer et de prédire les complications associées aux infections sévères (appelées sepsis). Pour Thierry Calandra, chef du service des maladies infectieuses du CHUV, cette absence de résultat vient du fait que les auteurs de ces recherches «mettaient des choses très différentes dans le même panier». Les patients étudiés souffraient en effet d’infections provoquées par divers agents pathogènes, certains d’entre eux avaient des maladies associées, d’autres avaient reçu des traitements diminuant leurs défenses immunitaires, etc.

Les équipes lausannoise et néerlandaise ont au contraire pris le parti de bien cerner le problème. Elles n’ont étudié qu’une seule catégorie d’infections, les méningites, et elles se sont focalisées sur celles provoquées par une bactérie particulière, le pneumocoque. Cette approche spécifique leur a permis d’être les premières à découvrir, dans la famille des cytokines, un facteur génétique permettant de prédire si un patient a – ou non – un risque élevé de souffrir de sévères complications et de mourir des suites de cette maladie.

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