Les nouveaux traitements redonnent du souffle aux personnes atteintes de mucoviscidose

Dernière mise à jour 17/09/20 | Article
LMD_traitements_mucoviscidose
Cette maladie génétique, qui touche un millier de personnes en Suisse, se manifeste notamment par un épaississement des sécrétions respiratoires. Elle est due à un dysfonctionnement de la protéine CFTR. Une nouvelle trithérapie donne des résultats «spectaculaires». Explications.

Problèmes digestifs, difficultés respiratoires, infections pulmonaires à répétition font partie des symptômes les plus courants dont souffrent les personnes atteintes de mucoviscidose. Une maladie génétique qui touche, en Suisse, une naissance sur 2900 et qui est due à une mutation du gène responsable d’une protéine, la CFTR (Cystic Fibrosis Transmembrane Conductance Regulator). Chez les malades, cette protéine est soit absente, soit elle fonctionne très mal. Ce qui rend les mucus pulmonaires et digestifs trop épais, avec à la clef, de gros problèmes respiratoires, des infections pulmonaires à répétition, un mauvais fonctionnement du pancréas (qui produit la plupart des sucs digestifs), entre autres.

«Jusqu’à présent, les seuls traitements disponibles se limitaient à soigner les conséquences de la maladie», explique le Dr Alain Sauty, pneumologue et médecin-chef dans le Service de pneumologie du Réseau hospitalier neuchâtelois. Physiothérapie respiratoire, administration de mucolytiques pour fluidifier les sécrétions, antibiotiques en intraveineuse pour contrer les infections ou encore prise orale d’enzymes pancréatiques, font partie des outils permettant d’améliorer la qualité de vie des patients. Dans les cas les plus graves, les malades doivent avoir recours à une greffe pulmonaire. «Désormais, de nouvelles molécules permettent de corriger le défaut de la protéine CFTR, se réjouit le spécialiste. Elles s’attaquent à l’origine du problème. On les appelle les modulateurs et il en existe de deux types: les correcteurs et les potentiateurs.» Le fruit des recherches du Dr Sauty et de ses confrères de Genève et Lausanne vient d’être publié dans la Revue médicale suisse.*

Un canal pour faire circuler le chlore

Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut regarder plus en détail le rôle de la protéine CFTR. Présente à la surface de certaines cellules, elle s’apparente à un canal qui permet au chlore de circuler vers l’intérieur ou l’extérieur des cellules. Cela garantit un bon équilibre en sel et en eau et permet la production de sécrétions fluides protégeant les organes, comme les poumons, le pancréas ou le foie. «Les correcteurs permettent à la protéine CFTR d’arriver à la surface des cellules, poursuit le Dr Sauty, alors que les potentiateurs aident au bon fonctionnement de ce canal. Le dernier médicament, déjà disponible aux USA, est une trithérapie associant un potentiateur et deux correcteurs. Elle est destinée aux personnes porteuses de la mutation du gène CFTR la plus fréquente en Europe. Cette trithérapie permettrait ainsi de traiter 85% des patients suisses atteints de mucoviscidose.» Les 15% restant sont atteints d’une autre forme de mutation et ces nouvelles molécules ne sont pas en mesure de leur venir en aide.

Avec une telle trithérapie, les résultats sont «spectaculaires», selon le Dr Sauty: «Ce nouveau médicament va clairement changer le pronostic vital des patients.» Pour rappel, avant les années 1980, rares étaient les malades de mucoviscidose qui atteignaient l’âge adulte. Aujourd’hui, la moitié de patients dépasse les 40 ans. Claudine Hrdina, 39 ans, teste cette trithérapie depuis le mois de février et ne tarit pas d’éloges: «Depuis que je prends ce traitement, je ne tousse plus qu’une fois par jour, alors qu’avant cela, je toussais au moins 300 fois! Je prends conscience que beaucoup de choses sont finalement faciles, comme se brosser les dents, descendre les escaliers, souffler une bougie. Avant, tout cela me demandait une énergie folle. Désormais, je rigole beaucoup et je suis plus sereine face à l’avenir. Je serai peut-être présente au mariage de mon fils qui n’a que 12 ans aujourd’hui…» Le chien de la famille fait les «frais» de ce regain d’énergie, il a désormais droit à une grande balade tous les jours.

La trithérapie que prend Claudine Hrdina est encore en cours d’évaluation auprès de Swissmedic, alors qu’elle est déjà administrée aux États-Unis et en Italie. Le Dr Sauty espère que les étapes avant la commercialisation seront rapidement franchies afin que les patients enfants et adultes puissent en bénéficier dès que possible. «Plus vite on agit, moins on risque des complications irréversibles, explique-t-il. Il faudrait commencer à administrer ces nouvelles molécules aux enfants déjà. Le pancréas est atteint très tôt par la maladie, parfois même in utero. D’où la nécessité de rendre ces nouveaux traitements disponibles rapidement pour le plus grand nombre.»

* Sauty A, Plojoux J, Mornand A, Blanchon A, Koutsokera A. Révolution dans le traitement de la mucoviscidose. Rev Med Suisse 2020; 16: 1229-35.

Éviter les infections pulmonaires en empêchant l’ancrage des bactéries

Une autre étude récente pourrait changer la donne pour les patients atteints de mucoviscidose. Le Pr Marc Chanson, du Département de physiologie cellulaire et métabolisme de la Faculté de médecine de l’Université de Genève et son équipe, se sont intéressés aux infections pulmonaires chroniques des malades**. «La bactérie Pseudomonas aeruginosa est la principale responsable de telles infections, et suite à des traitements antibiotiques à répétition, cette bactérie devient résistante. Nous avons cherché à comprendre pourquoi et avons constaté que la mutation du gène de la protéine CFTR engendre un défaut dans les cellules respiratoires: elles se mettent à fabriquer de véritables stations d’ancrage à bactéries.»

Chez les personnes saines, les cellules des muqueuses produisent du mucus. Ce dernier attrape les bactéries et les évacue grâce aux mouvements des cils de ses cellules, véritables balais permettant de faire le ménage. Chez les malades de mucoviscidose, les cils sont moins efficaces et le mucus, plus épais, peine à être balayé. Les bactéries stagnent, favorisant leur adhésion aux stations d’ancrage qui se créent entre les cellules et les bactéries. Ces stations agissent comme de véritables colles, d’où des infections à répétition dont il devient difficile de se défaire. «Cette découverte ouvre des pistes thérapeutiques, explique le Pr Chanson. Est-il possible de mettre un obstacle entre la cellule et la bactérie pour contrer l’action des stations d’ancrage? Un anticorps pourrait masquer le site d’amarrage des bactéries et ces dernières ne pourraient plus infecter les tissus. Malheureusement, les infections pulmonaires, lorsqu’on ne parvient plus à les soigner, détruisent progressivement les tissus. Le patient a les poumons tellement abîmés qu’il n’arrive plus à respirer et, faute de greffe, cela peut lui être fatal.»

Marc Chanson est toutefois très optimiste quant aux progrès de la science: «Entre notre découverte – qui pourrait permettre d’éviter les infections pulmonaires – et la nouvelle trithérapie, l’espoir de permettre aux patients atteints de mucoviscidose de vivre une vie presque normale est très fort.»

** Badaoui M, Zoso A, Idris T, Lemeille S, Wehrle-Haller B, Chanson M. Vav3 Mediates Pseudomonas aeruginosa Adhesion to the Cystic Fibrosis Airway Epithelium Cell Reports 2020.

____________

Paru dans Le Matin Dimanche le 06/09/2020.

A LIRE AUSSI

Recherche et nouveaux traitements
L’électroencéphalographie (EEG) mesure l’activité électrique du cerveau par l’intermédiaire d’électrodes collées sur le crâne

Comment le cerveau se réorganise après une attaque cérébrale

En étudiant la manière dont les neurones réagissent après un accident vasculaire cérébral (AVC), des...
Lire la suite
Santé des people
Robin Williams aurait souffert de la démence à corps de Lewy

Robin Williams aurait souffert de la démence à corps de Lewy

Cette maladie dégénérative du cerveau ressemble à la fois à la maladie de Parkinson et à celle d’Alzheimer....
Lire la suite
Santé des people
Joseph Gorgoni: «Je n’ai jamais utilisé mon assurance maladie!»

Joseph Gorgoni: «Je n’ai jamais utilisé mon assurance maladie!»

Au cœur d’une tournée célébrant les vingt ans de Marie-Thérèse Porchet, Joseph Gorgoni s’arrête le temps...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet

«La médecine personnalisée, ce n’est pas le futur, mais le présent»

Nous ne sommes pas égaux face à un médicament donné. Grâce à la pharmacogénomique, on peut désormais prédire quels seront les effets d’un traitement sur chacun, en fonction de ses gènes et de son mode de vie. La Pre Caroline Samer, responsable de l’Unité de pharmacogénomique et de thérapies personnalisées aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), est une grande spécialiste de cette nouvelle discipline.
demeces_greffe_neurones

Démences: l’espoir des greffes de neurones

Pour lutter contre les ravages des démences, la recherche scientifique s’acharne. Parmi les pistes de recherche, les thérapies cellulaires, qui suscitent un réel espoir.
Gener_preuves_scientifique_débat

Les preuves scientifiques, l’éternel débat?

De nombreuses études prouvent le bien-fondé des médecines complémentaires, selon le Dr Marc Schlaeppi, médecin oncologue et responsable du Centre de médecine intégrative de l’Hôpital cantonal de St-Gall. Interview.
Videos sur le meme sujet

Un colorant pour mieux comprendre certaines maladies

La découverte dʹun colorant qui entre en contact avec certaines protéines de nos cellules va peut-être permettre de mieux comprendre certaines maladies.

Des défis pour l'avenir des soins infirmiers

Avoir de bonnes idées ou aider à en concrétiser dʹautres en matière de soins en général et en particulier infirmiers, c'est le défi lancé par la Haute école de la santé La Source à Lausanne.

Les greffes d'utérus, révolution pour la reproduction ?

Porter un enfant sans utérus ou lorsque celui nʹest pas fonctionnel, cʹest désormais rendu possible grâce aux greffes utérines.