Les gènes de la goutte dans les mailles du filet

Dernière mise à jour 17/01/13 | Article
Les gènes de la goutte
Un consortium de plus de 150 équipes, parmi lesquelles des chercheurs lausannois, ont mis en commun les données de 140000 patients pour identifier 18 nouveaux «variants génétiques» impliqués dans l’augmentation du taux d’acide urique dans le sang, elle-même responsable de la goutte.

La goutte n’a pas que des causes environnementales comme une nourriture riche et des habitudes de sédentaire. Elle possède également une composante génétique que les chercheurs ne connaissent pour l’heure qu’imparfaitement. Un article paru le 23 décembre 2012 dans la version électronique de la revue Nature Genetics apporte de nouvelles informations à ce sujet. Le papier décrit en effet la découverte de 18 nouvelles régions dans le génome humain impliquées dans la variation de la concentration d’acide urique dans le sang, principale cause de la goutte. Explications avec l’une des auteurs principaux du papier, Murielle Bochud, professeure assistante à l’Université de Lausanne et cheffe de clinique de l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Planète santé: Qu’est-ce que la goutte?

Murielle Bochud: C’est une arthrite aiguë, à savoir une inflammation aigüe des articulations. Elle est très fréquente dans les pays développés, touchant entre 1 et 2% de la population, principalement des hommes et généralement après 50 ans. Cette prévalence est actuellement en augmentation probablement en raison du vieillissement de la population, de facteurs liés aux habitudes alimentaires et au mode de vie, de la recrudescence de l’obésité, etc. C’est une maladie très douloureuse. Elle est pratiquement toujours associée à un taux d’acide urique anormalement élevé dans le sang. Cette anomalie est héritable d’une génération à l’autre (entre 40 et 70% des cas) ce qui justifie la recherche d’une cause génétique.

Qu’avez-vous découvert?

Nous avons identifié 18 nouvelles régions dans le génome humain associées à la variation d’acide urique dans le sang. Si l’on ajoute les régions qui ont été découvertes avant (et que notre étude a confirmées) nous en connaissons maintenant 28. Je précise que nous n’avons pas découvert de façon formelle quels gènes sont en cause mais certaines portions du génome. Chacune d’entre elles comporte plusieurs gènes.

A quoi ces informations vont-elles servir?

Elles permettent de mieux cibler la suite du travail, à savoir l’analyse plus fine des gènes potentiellement impliqués dans cette maladie. Il est plus aisé de concentrer ses efforts sur une cinquantaine de gènes plutôt que sur les 25 000 que compte notre génome. A plus long terme, la découverte des gènes impliqués dans l’apparition de la goutte et la compréhension de leur rôle précis dans ce processus peuvent fournir de nouvelles cibles thérapeutiques. Et donc d’éventuels médicaments.

Etes-vous sûre d’avoir découvert toutes les régions impliquées dans la variation du taux d’acide urique?

Notre méthode est solide dans la mesure où il est à peu près certain que toutes les régions découvertes sont réellement impliquées dans la variation du taux d’acide urique. En d’autres termes, il est peu probable que nous ayons produits des faux positifs. En revanche, notre méthode n’est pas infaillible. Cela signifie qu’il n’est pas exclu, en effet, que certaines régions soient passées inaperçues, notamment lorsque des variants génétiques rares sont en cause.

Combien de patients ont été enrôlés?

Environ 140000 personnes d’origine européenne. Grâce à un échantillon aussi vaste, nous avons pu détecter des variants génétiques associées à des changements très petits de l’acide urique entre les individus. Une centaine d’équipes du monde entier ont participé à l’étude. De notre côté, nous avons contribué avec les 6000 habitants de la Ville de Lausanne participant à l’étude CoLaus (Cohorte lausannoise, dirigée par les professeurs Peter Vollenweider et Gérard Waeber du CHUV, lire ci-contre).

Comment avez-vous opéré?

Le génome entier des patients a d’abord été passé au crible à l’aide de puces à ADN. Grâce à des méthodes statistiques bien rôdées, nous avons ensuite pu mettre en évidence des marqueurs génétiques qui sont associés, plus souvent que le hasard ne le permettrait, à des variations du taux d’acide urique dans le sang. Les marqueurs, qui sont des petites variations dans le code génétique existant entre les individus, nous informent que quelque part dans leur entourage est situé un gène impliqué dans la variation du taux d’acide urique.

La fonction des gènes situés dans ces environs est-elle connue?

Pas pour tous. Mais les régions que nous avons identifiées contiennent, entre autres, des types de gènes particuliers comme ceux qui sont impliqués dans le contrôle du métabolisme du glucose. C’est une découverte qui fait sens puisqu’il existe un lien entre la fonction de certains de ces gènes et la production d’acide urique.

A LIRE AUSSI

Recherche et nouveaux traitements
L’électroencéphalographie (EEG) mesure l’activité électrique du cerveau par l’intermédiaire d’électrodes collées sur le crâne

Comment le cerveau se réorganise après une attaque cérébrale

En étudiant la manière dont les neurones réagissent après un accident vasculaire cérébral (AVC), des...
Lire la suite
Santé des people
Robin Williams aurait souffert de la démence à corps de Lewy

Robin Williams aurait souffert de la démence à corps de Lewy

Cette maladie dégénérative du cerveau ressemble à la fois à la maladie de Parkinson et à celle d’Alzheimer....
Lire la suite
Technologie
La radio du dos, version 2.0

La radio du dos, version 2.0

En vingt secondes, l’EOS, un nouvel appareil d’imagerie, prend deux radios hyperprécises de toute votre...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
P21-04_invitée_Burton-Jeangros

«Il est important d’étudier la santé dans son contexte social»

Sociologue spécialisée dans la santé et la médecine à l’Université de Genève, la Pre Claudine Burton-Jeangros est une experte du risque et des inégalités sociales. Rencontre avec cette passionnée de l’humain et des parcours de vie.
LMD_Sclérose_plaques

Sclérose en plaques: un espoir pour les patients atteints d’une forme progressive

Si les avancées en matière de traitements de la sclérose en plaques se sont accélérées ces vingt dernières années, il reste difficile de ralentir les effets des formes dites «progressives» de la maladie, qui concernent près d’un tiers des patients. Une récente étude, ciblée sur la protection du système nerveux central, ouvre néanmoins des perspectives encourageantes.
Gener_preuves_scientifique_débat

Les preuves scientifiques, l’éternel débat?

De nombreuses études prouvent le bien-fondé des médecines complémentaires, selon le Dr Marc Schlaeppi, médecin oncologue et responsable du Centre de médecine intégrative de l’Hôpital cantonal de St-Gall. Interview.
Videos sur le meme sujet

Lʹépigénétique pour contrer la douleur

Des scientifiques de lʹUniversité de Genève (Unige) et de la Clinique romande de réadaptation de Sion ont cartographié les biomarqueurs de différents types de douleur, afin de pouvoir les catégoriser et les traiter dans le futur.

Le Nobel de médecine pour le système nerveux

Le prix Nobel 2021 de médecine et de physiologie a été décerné à David Julius et Ardem Patapoutian pour leurs découvertes sur la façon dont le système nerveux ressent la température et le toucher.

Vers un nouvel antiparasite

Un potentiel nouvel outil pour lutter contre des maladies parasitaires comme le paludisme ou la toxoplasmose a été développé à lʹInstitut Paul Scherrer (PSI).