Hépatite B: les ruses du virus

Dernière mise à jour 26/04/16 | Article
Hépatite B: les ruses du virus
Lorsqu’il est menacé par notre système immunitaire, le virus de l’hépatite B contre-attaque pour parvenir à se multiplier dans nos cellules. Une équipe internationale, menée par des chercheurs genevois, a élucidé une de ses parades, ouvrant la voie à de nouveaux traitements contre cette infection du foie.

Très répandue dans le monde, l’hépatite B est souvent bénigne. Toutefois, lorsqu’elle devient chronique, elle peut engendrer des cirrhoses et des cancers du foie. D’après l’OMS, ces infections tueraient chaque année près de 800 000 personnes sur la planète. Même s’il existe déjà des médicaments efficaces contre cette maladie, il reste nécessaire d’élaborer de nouvelles stratégies de lutte. A cette fin, il faut comprendre comment le virus de l’hépatite B (VHB) parvient à envahir le foie en contournant le système immunitaire. C’est ce mécanisme que des chercheurs de l’Université de Genève ont élucidé, en collaboration avec leurs collègues français de l’Université Claude-Bernard à Lyon et du laboratoire américain Gilead.

Des micro-organismes dépendants

Les virus sont des micro-organismes surprenants. Incapables de se reproduire seuls, ils dépendent de la machinerie des cellules de leur hôte pour se développer et se multiplier. Ils se fixent à une protéine (un récepteur) située à la surface de la cellule et qui fait office de serrure dont ils ont la clé, puis ils fusionnent leur propre membrane avec celle de la cellule dans laquelle ils introduisent leur matériel génétique.

Certains virus mêlent leur génome à celui de leur hôte. Cela leur permet de fabriquer des composants qui, en s’assemblant, donnent naissance à de nouveaux virus. Ces derniers sortent ensuite de la cellule-hôte et vont infecter les cellules voisines. D’autres virus parviennent au même résultat, mais en procédant de manière différente. C’est le cas du VHB, dont le génome circulaire reste indépendant de celui de la cellule. «On ne sait pas pourquoi il se comporte ainsi, car il court alors un risque», souligne Michel Strubin, professeur-associé au Département de microbiologie et médecine moléculaire de l’Université de Genève (UNIGE). Il est, en effet, pris pour cible par les défenses de la cellule et en particulier par ce que l’on nomme des «facteurs de restriction». Ces protéines détectent certains composants viraux et s’y fixent de manière à «bloquer l’accès à la machinerie cellulaire au génome viral», explique le virologue. Dans le cas du VHB, elles sont en forme d’anneau.

La parade du virus

«Si l’histoire s’arrêtait là, il n’y aurait pas d’infection», poursuit-il. Mais le virus a trouvé la parade. Il produit une molécule, la protéine X, dont le rôle a été élucidé par les chercheurs. Elle a pour fonction d’«amener l’anneau dans une “poubelle moléculaire”, une structure que nos cellules utilisent pour dégrader les composants qui ne sont plus nécessaires à leur survie», explique Michel Strubin. De cette manière, le facteur de restriction est détruit et le VHB peut poursuivre sa multiplication.

Les auteurs de l’étude en ont apporté la preuve en travaillant sur des souris possédant des cellules de foie humaines, donc susceptibles d’avoir une hépatite B. «Lorsque les cellules ne sont pas infectées, on voit le facteur de restriction dans leur noyau. En revanche, lorsqu’elles sont infectées, cet anneau disparaît».

Nouvelle stratégie thérapeutique

Maintenant que l’on sait à quoi sert la protéine X, on peut envisager de traiter l’infection en la neutralisant. Une solution serait de l’empêcher de se fixer à la «boîte à ordures». Toutefois, «cela risque d’être une tâche impossible», commente le chercheur de l’UNIGE. Ce dernier envisage plutôt de laisser la protéine s’accrocher à la «poubelle», mais ensuite de «l’empêcher d’y jeter l’anneau».

Le laboratoire Gilead a déjà entrepris d’identifier des molécules qui pourraient faire ce travail. Le chemin sera toutefois long avant qu’on puisse disposer de médicaments utilisables. Il faudra notamment vérifier que ces traitements potentiels «n’auront pas d’effets secondaires néfastes et que le virus ne parviendra pas à y échapper en mutant».

Si cette nouvelle stratégie de lutte contre le VHB portait ses fruits, une approche similaire pourrait être envisagée contre les virus de l’herpès ou du papillomavirus humain qui possèdent également un génome circulaire. Toutefois, «cela reste hypothétique», conclut Michel Strubin.

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