«Point G»: il n’existe pas, mais les femmes y croient

Dernière mise à jour 12/06/12 | Article
Chat d'une aiguille
Une étude originale fournit de nouvelles lumières sur ce gentil serpent de mer de la sexologie. Et elle relance la controverse: ce concept renvoie-t-il ou non à une réalité anatomique palpable?

Le Point G devrait fêter, selon les sources, cette année ses trente ou cinquante ans. Heureux anniversaire donc. Mais de quoi parle-t-on précisément avec lui? S’agit-il du fruit des psychés humaines ou d’une véritable entité anatomique et physiologique? Telles sont les questions que vient (re)soulever une étude de chercheurs israéliens et américains. Elle est publiée dans l’édition en ligne du 12 janvier du Journal of Sexual Medicine et fournissent de nouvelles et utiles lumières sur cette zone d’ombre de la sexologie.

L’existence d’un «point de Gräfenberg» est évoquée dans un ouvrage publié outre Atlantique en 1982. Les auteurs y parlent d’une petite région vaginale dont la stimulation mécanique directe était de nature à provoquer (chez certaines femmes) un orgasme. Les auteurs faisaient alors référence au nom du sexologue allemand Ernest Gräfenberg (1881-1957) qui le premier brossa cette hypothèse au début des années 1950. Plus précisément, sous réserve d’inventaire bibliographique, il semblerait que Gräfenberg ne mentionnait pas l'existence d'une zone vaginale orgasmique précise. Il notait «simplement» le comportement sexuel «déviant» de certaines de ses patientes qui s'introduisaient des aiguilles à chapeau dans l'urètre à des fins orgasmiques. La disparition progressive des aiguilles à chapeau devait coïncider avec l’émergence de ce nouveau concept; Point G ou G-Spot.

Depuis l’ouvrage de 1982 la zone décrite reste en suspens du point de vue du corps médical généraliste mais est souvent considérée comme un acquis – fonctionnel ou pas – dans l’opinion publique. Son existence est l’une des clefs de voûte d’une majorité de sexologues et autres chirurgiens esthétiques qui en font un objet fructueux d’interventions diverses. Anatomistes, neurophysiologistes et neurobiochimistes demeurent cois ou dubitatifs. Certains évoquent en coulisses des «amplifications chirurgicales» réalisées chez des patientes présentant un tableau de dysfonctions sexuelles associées à une augmentation statistiquement significative du nombre des orgasmes et des satisfactions connexes.

Certains voient encore dans le Point G l’ombre portée d’une prostate féminine et/ou l’avers (interne) du clitoris indirectement stimulé par voie vaginale. Voire une innervation spécifique différente de celle du vagin et du clitoris. Comment savoir? Ajoutons qu’une récente première mondiale française (échographies complètes et en 3 D d’un coït; Odile Buisson-Pierre Foldes) a permis de visualiser une zone correspondant au corps du clitoris et qui semble se mouler sur la partie postérieure du vagin et du pénis lors de la pénétration. Les plus sages, en l'absence d'études concordantes sur l'importance relative de ces différentes possibilités de l'érogénéité du vagin et du Point G rappellent que la seule certitude est que le vagin possède des zones, le plus souvent sur sa paroi antérieure, dont la stimulation tactile est parfois suffisamment sensible et érogène pour conduire à l’orgasme.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la publication des chercheurs du Rambam Healthcare Campus d’Haïfa (Israël) et de l'hôpital Yale- New Haven (Etats-Unis). Il s’agit ici d’une méta-analyse reprenant tous les travaux sur le sujet publiés entre 1950 et 2011. Les auteurs ont sélectionné 55 études, 29 enquêtes et études observationnelles, 8 analyses radiographiques, 7 analyses anatomopathologiques, 5 analyses biochimiques et 6 examens narratifs.

La relecture (critique) de tous ces travaux révèle la croyance largement partagée (chez les femmes) de l’existence d’un Point G; mais seule une proportion des femmes croyantes se déclarent capable de le localiser. Un questionnaire sur la sexualité posé à un échantillon aléatoire de 2.350 femmes montre que 84% des femmes croient à l’existence d’une zone très sensible localisée dans le vagin. Il existe aussi allant dans ce sens les résultats obtenus chez des femmes volontaires ayant accepté de pratiquer «une autostimulation manuelle» appliquée aux parois vaginales. Toutes les participantes rapportent une sensibilité érotique situé soit sur le dos (87%) soit à l’avant (74%) du vagin. 89% de ces femmes éprouvent un orgasme à la stimulation de ces zones.

Des analyses biologiques ont d’autres part identifié des structures anatomiques (glandes de Skene) dans la zone tenue pour être celle du point G. Ces glandes sont connues pour sécréter diverses quantités de liquide pendant la stimulation sexuelle et, selon certains, pourraient contribuer à l'orgasme. Une autre explication possible de la sensibilité accrue de la paroi vaginale antérieure peut être de sa proximité avec le tissu autour de l'urètre, et le clitoris en particulier. Cependant, l'imagerie IRM suggère que les réseaux des nerfs sensoriels connectés au clitoris, au vagin et au col utérin sont, en fait, séparés.

Pour les chercheurs le Point G serait donc avant tout le fruit d’un désir socialement et démocratiquement construit pour renforcer les bases physiologiques (et donc physiopathologiques) de la sexualité humaine. Question: faudrait-il (ou non) s’en plaindre?

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