L’herpès est toujours incurable, autant apprendre à vivre avec

Dernière mise à jour 14/12/15 | Article
L’herpès est toujours incurable, autant apprendre à vivre avec
Face aux deux types d’herpès –labial et génital– un même constat: aucun traitement ne permet une guérison, mais des médicaments parviennent à calmer les crises.

De quoi on parle?

Dans son communiqué du 28 octobre dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèle le niveau de propagation impressionnant du virus Herpes simplex de type 1 (HSV-1), à l’origine des boutons de fièvre: 67% des moins de 50 ans sont infectés, soit 3,7 milliards de personnes à l‘échelle de la planète. 

Pas si surprenant pour ce virus qui tire profit de sa grande discrétion et de son pouvoir hautement contagieux. L’espoir? Un vaccin d’ici à quelques années.

Nous l’avons (presque) tous croisé, embrassé et finalement gardé en nous. Lui, c’est l’herpès. Si le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé fait état de 67% des moins de 50 ans infectés par le virus Herpes simplex de type 1 (HSV-1) au niveau mondial, la Suisse est dans la moyenne. «Environ 70% de la population est porteuse de l’herpès HSV-1 et 20% du HSV-2», énonce l’Office fédéral de la santé publique. Car derrière l’évocation de l’herpès ce sont bien deux virus qui sèment le trouble. Le premier, HSV-1, se manifeste surtout au niveau des lèvres, et le second, HSV-2, est à l’origine de l’herpès génital.

«En ce qui concerne le HSV-1, nous sommes face à un virus extrêmement répandu, confirme le Dr Sven Zürcher, dermatologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Souvent sans même s’en être rendus compte, quelque 70% d’entre nous ont été infectés au moins une fois dans leur vie.» Faut-il s’en inquiéter? «Seules 20% de ces personnes vont présenter des symptômes, qui sont eux-mêmes à relativiser. En effet, le plus souvent, il ne s’agit que d’un «bouton de fièvre» sans gravité et n’apparaissant que très ponctuellement. Une précaution tout de même: la contamination se fait surtout quand les lésions sont actives», rappelle le spécialiste. Dans des cas extrêmes, l’herpès peut s’accompagner de fortes fièvres et de pathologies lourdes pouvant nécessiter une hospitalisation. «Ces situations restent rarissimes», rassure le médecin.

Dans le cas le plus fréquent, le virus se contente d’un état de «dormance» que seules des circonstances exceptionnelles pourront perturber. «Dès la première infection, le HSV-1 s’installe à vie dans les ganglions nerveux, explique le Dr Olivier Gaide, dermatologue au Centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne (CHUV). L’hypothèse la plus probable est que notre système immunitaire parvient à le garder sous contrôle, ce qui explique l’absence de manifestations. Mais chez certains d’entre nous, stress, soleil ou encore menstruations déstabilisent les défenses immunitaires, ouvrant la voie à la prolifération du virus. Ce réveil se traduit par les fameux boutons de fièvre au niveau de la bouche, des lèvres et des yeux parfois. A noter que le HSV-1 peut potentiellement se manifester en tout autre endroit du corps.» En particulier dans les cas de déficience du système immunitaire: VIH, séances de chimiothérapie ou encore médicaments antirejet lors de greffes d’organe.

Qu’en est-il du HSV-2? Plus rare, il peut aussi se révéler plus invalidant et potentiellement dangereux en cas de grossesse. «L’herpès génital causé par le HSV-2, et parfois par le HSV-1, peut s’accompagner de douleurs intenses et de crises fréquentes compliquant le quotidien», indique le Dr Gaide. En tant qu’infection sexuellement transmissible, il doit faire l’objet d’une attention particulière vis-à-vis du partenaire.

«L’herpès génital est très contagieux et le préservatif ne réduit que de 50% les risques de contamination, précise le Dr Zürcher. L’idéal est d’éviter les rapports sexuels pendant l’éruption ou lorsque des symptômes annoncent qu’elle est imminente. Une prise de sang est parfois proposée pour voir si seul l’un des partenaires est porteur du HSV-2. Si cela est confirmé, un traitement sur le long terme peut être envisagé afin de diminuer la quantité de virus dans l’organisme et réduire ainsi le risque de contamination.» Dernier danger et pas des moindres de l’herpès génital: un risque d’infection grave du nouveau-né si l’herpès se manifeste en fin de grossesse. Loin d’être irrémédiable, ce cas de figure est évitable grâce à un traitement adapté.

Situations à risque… ou pas?

Très contagieux, l’herpès a pourtant quelques failles. Les connaître et prendre les précautions qui s’imposent permet de limiter considérablement le risque de contamination. 

Un baiser suffit: Vrai 

En cas de bouton de fièvre ou lorsque des picotements laissent augurer une crise imminente, mieux vaut s’abstenir de toute embrassade. Les lésions sont les portes ouvertes à la contamination (sur la bouche et potentiellement partout ailleurs). 

Une cuvette des toilettes contaminée peut suffire: Faux 

Très fragiles, les virus responsables respectivement de l’herpès génital et de l’herpès labial ne survivent pas plus de quelques minutes hors du corps humain. Rien à craindre donc de la cuvette des toilettes, d’une serviette de toilette ou d’une sortie à la piscine. 

Partager une bouteille d’eau est risqué: Vrai 

La salive est l’un des vecteurs de contamination par excellence. Déposée sur le goulot d’une bouteille par une personne porteuse d’un bouton de fièvre et appliquée sur une autre bouche dans les secondes qui suivent, une salive chargée en virus peut transmettre l’infection. 

Les rapports sexuels, même protégés, sont à risque: Vrai 

Le seul rempart à la contamination est le préservatif, mais ne couvrant toutes les surfaces du pubis susceptibles de présenter des lésions, il n’est que partiel. En cas de poussée d’herpès, les rapports sexuels (y compris oro-génitaux) sont déconseillés.

Un même traitement

Mais de quels traitements parle-t-on? «Pour tous les cas d’herpès, qu’il se manifeste au niveau buccal, génital ou ailleurs, le traitement proposé est basé sur un même principe, explique le Dr Zürcher. Il s’agit d’antiviraux (valaciclovir, aciclovir ou encore famciclovir), justifiés dès lors que les crises deviennent invalidantes ou trop fréquentes (plus de cinq fois par an). Deux démarches sont possibles: la prise d’un traitement pendant quelques jours afin de calmer la crise ou une prescription de plusieurs mois pour réduire l’ampleur des éruptions et des récidives.» En ce qui concerne crèmes et pommades, le dermatologue genevois est plus sceptique: «L’efficacité des traitements locaux est très limitée. En revanche, l’application d’un antiseptique sur les lésions est recommandée.» 

Il est donc possible de limiter la virulence de l’herpès, mais pas d’éliminer le virus de l’organisme. Une situation inexorable? «Plusieurs vaccins sont à l’étude, dévoile le Dr Zürcher. Il ne s’agira probablement pas de vaccins préventifs empêchant l’infection, mais de vaccins thérapeutiques visant à renforcer le système immunitaire.» Le délai avant l’arrivée de ces nouveaux traitements? «Au moins cinq ans», estime le spécialiste.

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