Dans les yeux des enfants

Dernière mise à jour 13/06/19 | Article
Les plus jeunes se plaignent rarement d’un problème de vue, a fortiori quand ils n’ont pas les mots pour le dire. Et pourtant, le dépistage d’un trouble visuel durant l’enfance est primordial. Voici pourquoi.

Bleus, noisette, verts ou bruns, les yeux donnent au visage toute son expression. S’ils ne prennent leur teinte définitive qu’au bout de deux à trois ans, la vision elle-même évolue avec le temps. Immature à la naissance, elle se développe progressivement pour correspondre, vers l’âge de sept ans, à celle d’un adulte. Or, durant cette période, des troubles visuels peuvent survenir et entraver son développement. L’amblyopie, par exemple, est le développement asymétrique de la vision. La cause peut être anatomique, lorsque la paupière recouvre l’axe visuel, empêchant ainsi l’œil de recevoir l’image. Une cataracte congénitale ou une opacité de la cornée peuvent également entraver l’arrivée de l’image dans l’œil. Le strabisme aussi peut empêcher l’enfant de regarder l’image d’intérêt (lire l’encadré). Le problème alors est que «le cerveau privilégie les informations perçues par le "bon œil", et laisse de côté l’apprentissage de la vision avec l’œil le plus faible», explique le Dr Pierre-François Kaeser, responsable de l’Unité de strabologie et ophtalmologie pédiatrique à l’Hôpital ophtalmique Jules Gonin à Lausanne.

Besoin de lunettes?

Chez l’enfant un peu plus grand, c’est moins le développement asymétrique de la vision qui inquiète que sa capacité à bien voir des deux yeux. Un trouble de la réfraction non corrigé par le port de lunettes peut entraîner une fatigue visuelle ou des céphalées en fin de journée notamment, et avoir des répercussions sur les apprentissages. S’il est important, il peut même altérer le développement visuel. Les plus fréquents de ces troubles réfractifs sont l’hypermétropie (un œil «trop court») et, à l’âge scolaire, la myopie, qui se manifeste par une mauvaise vision à distance en raison d’un œil «trop long». Pour prévenir la myopie, l’enfant devrait passer au moins une heure par jour à la lumière naturelle, quelle que soit l’activité qu’il y pratique, et respecter une distance minimale de 30 à 40 cm face à un écran ou à un livre pour éviter une sur-accommodation, qui la favorise également. Les enfants ont en effet tendance à rapprocher les écrans de leurs yeux, mais il faut les en empêcher. Et ne pas laisser entre les mains des tout-petits un smartphone qui, rappelle le spécialiste, «n’est pas une baby-sitter».

Réagir à temps

Il faut par ailleurs garder à l’esprit que les troubles visuels passent souvent inaperçus chez l’enfant, d’autant plus en l’absence de signes externes visibles. Et pour cause, l’enfant s’adapte facilement à une vision asymétrique ou à un défaut de la vision et ne s’en plaint que rarement. Il est pourtant essentiel de les dépister pour pouvoir les corriger. En effet, «un traitement de l’amblyopie par exemple doit être effectué durant la période de plasticité cérébrale du développement visuel. A l’âge adulte, c’est trop tard», souligne le spécialiste. Et plus le diagnostic est précoce, plus les chances de guérison sont grandes et rapides. Les pédiatres sont en première ligne pour effectuer des contrôles réguliers dès la naissance et tout au long du développement. A noter qu’un examen de dépistage ophtalmologique précoce vers 1 an, voire plus tôt, est fortement indiqué en cas d’antécédents familiaux (parents ou fratrie connus pour des troubles visuels, pour un strabisme ou une forte correction de lunettes, par exemple).

Les signes

Les parents devraient également consulter le pédiatre ou l’ophtalmologue s’ils remarquent l’un de ces signes : yeux pas alignés, qui louchent toujours ou par moments, yeux qui bougent tout le temps, reflet blanchâtre sur la pupille sur une photo au flash, paupière très couvrante, paupières rouges, croûtées ou gonflées, irritation ou larmoiement, forte gêne à la lumière, froncement prononcé, clignements fréquents, si l’enfant ferme ou se cache un œil, s’il ne vous regarde pas ou ne suit pas les objets en mouvement, s’il ne réagit pas en passant de l’ombre à la lumière, s’il penche anormalement la tête, en cas de difficultés à lire ou s’il tient des objets très près de ses yeux. Si l’enfant se plaint de ne pas bien voir ou d’avoir les yeux qui le démangent ou le brûlent, s’il dit que tout est flou ou qu’il voit double, ou encore la présence de maux de tête, de vertiges ou de nausées après l’école.

Il/elle louche, que faire?

L’un de ses yeux part à gauche, l’autre à droite. Stigmatisant, le strabisme n’est pourtant pas une fatalité. Le phénomène est normal s’il est variable et intermittent durant les premiers mois de vie, puisque «les deux yeux sont indépendants à la naissance et que la collaboration entre eux ne se développe qu’avec le temps», explique Pierre-François Kaeser, ophtalmologue à l’hôpital ophtalmique Jules Gonin à Lausanne. Mais s’il est constant et qu’il concerne toujours le même œil, et ce dès la naissance, alors il faut s’en inquiéter. Un contrôle ophtalmique est préconisé si un strabisme intermittent persiste après 6 mois de vie. Un strabisme soudain est un motif de consultation en urgence! Dans tous les cas, un contrôle est d’autant plus justifié qu’il permettra d’en déterminer la cause et donc d’offrir un traitement adéquat.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 34 - Juin 2019

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