S’entendre au travail malgré les différences d’âge
Dans le monde du travail, les stéréotypes liés aux différentes générations qui se côtoient sont coriaces. Les personnes qui entament leur carrière ont la réputation de ne pas s’investir pleinement et d’accorder plus d’importance à la vie personnelle que professionnelle. Tandis que les seniors véhiculent l’image de bourreaux de travail, dépassés par les nouvelles technologies et réfractaires aux changements.
Les professionnelles de la santé au travail auxquelles on a soumis ces clichés ont vivement réagi. «Ce type de stéréotypes générationnels crée un problème qui n’a pas lieu d’être. Il est vrai que les jeunes n’ont pas le même rapport au travail que les générations précédentes, mais ce n’est pas obligatoirement une source de conflit», explique Cathrine Mathey, psychologue du travail et directrice du bureau Expertise RH, spécialisé dans les questions de santé au travail, en Valais.
Effectivement, ne pas vouloir rester au bureau jusqu’à 21 heures n’est pas quelque chose de négatif en soi. «Dialoguer et réfléchir ensemble au sens du travail, mais aussi à ce qui rassemble les différentes générations aide à éviter des tensions et incompréhensions. Finalement, un apprenti comme un employé expérimenté doivent s’acquitter de certaines tâches. Ils peuvent se concentrer sur cet objectif et trouver ensemble une façon de le réaliser. Le monde du travail est toujours un facteur d’intégration très important dans notre société. C’est un contexte dans lequel jeunes et moins jeunes apprennent à se connaître. C’est enrichissant», détaille Cathrine Mathey.
Poursuivre un objectif commun semble être la clé pour éviter les conflits. Isabelle Papilloud, responsable formation et conseil à la Fondation IPT à Vevey, active dans l’insertion professionnelle, explique: «Dans les cours que je dispense, il y a des participants de tout âge. Ils ont en commun la recherche d’un emploi et la perte de confiance qui va avec. Ils se trouvent donc réunis autour d’une mission commune: retrouver du travail. J’ai pour habitude de constituer des binômes. Souvent entre jeunes et plus expérimentés, cela fonctionne bien. Les premiers sont à l’aise avec la technologie, mais moins avec la communication. Les aînés peuvent alors les aider dans ce domaine. Lorsque tout le monde tire à la même corde, il n’y a pas de conflit.»
La méconnaissance des atouts de l’autre génération est parfois une source de tension. «Le rôle des managers est de créer un cadre de travail favorisant le dialogue et la collaboration entre les personnes d’âges divers. Des dispositifs tels que des ateliers d’échange d’expériences, un cahier des charges clair ainsi que des actions de sensibilisation et de formation à la santé psychosociale contribuent à garantir des conditions saines », précise Maude Rime, responsable de l’entité psychologie du travail et prévention des risques au Département des finances, de l’environnement et du logement de la Ville de Genève.
Comment assurer un climat sain au travail
Qu’elles soient générationnelles ou non, des tensions sur le lieu de travail peuvent se produire. Elles sont cependant évitables. «Travailler sur la cohésion d’équipe est très important. Pour cela, le système de mentorat inversé a fait ses preuves», explique Cathrine Mathey, psychologue du travail et directrice d’Expertise RH en Valais. Cette pratique consiste à demander à un employé plus jeune et moins expérimenté de devenir le mentor d’un collègue plus âgé. Les deux générations s’enrichissent mutuellement de leurs connaissances et les collègues tissent une relation harmonieuse. Impliquer les derniers arrivés dans l’entreprise, que ce soit pour organiser le souper de fin d’année ou pour un projet professionnel, est aussi un moyen de créer des ponts entre les générations. «Éviter le flou et les non-dits et rester sur des faits plutôt que des interprétations aide à travailler ensemble. Les a priori, tels que penser que les seniors sont réfractaires au changement ou que les jeunes sont désinvestis, sont l’antichambre des conflits», précise Isabelle Papilloud, responsable formation et conseil à la Fondation IPT. Si, malgré cela, des tensions naissent, il convient de ne pas les laisser s’enliser. «Un stress répété est délétère pour le collaborateur, avec un risque de burn-out, mais aussi pour le reste de l’équipe et pour l’entreprise, qui sera moins performante», poursuit Cathrine Mathey.
Parmi les signes qui traduisent un mal-être au travail, Maude Rime, responsable de l’entité psychologie du travail et prévention des risques psychosociaux au Département des finances, de l’environnement et du logement de la Ville de Genève, indique: «L’isolement, la démotivation ou l’apparition de tensions ou conflits sont des signaux qui doivent être pris au sérieux et traités. Il faut agir tôt et ne pas laisser la situation se dégrader. Le travail intergénérationnel peut être une véritable richesse, lorsque le dialogue est instauré.»
Et Cathrine Mathey de conclure: «Il ne faut pas hésiter à parler des problèmes en s’adressant aux ressources humaines ou à un supérieur. Le cas échéant, consulter un spécialiste de la santé mentale est aussi une option. Des techniques de gestion du stress sont également une aide précieuse.»
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