Pollution intérieure : quand le foyer nous empoisonne

Dernière mise à jour 08/05/19 | Article
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La pollution n’est pas seulement l’apanage des gaz d’échappement et des émissions industrielles. L’air intérieur est aussi contaminé par de nombreux polluants.

Home sweet home! Rien de tel que de retrouver le confort du foyer après une longue journée. Pour beaucoup, la maison représente un cocon protecteur. Nous sommes loin de nous douter qu’en passant du temps entre quatre murs, nous exposons notre santé à des risques. Car l’air intérieur contient une multitude de polluants d’origines variées. Pour certains contaminants, la concentration y serait même 2 à 5 fois plus élevée qu’en extérieur. Il est important de connaître et de neutraliser ces éléments nocifs, car le temps que nous passons à l’intérieur correspond à 90% de nos journées.

Lorsqu’on analyse les polluants des appartements, on observe un reflet de la pollution extérieure. L’air qui s’engouffre dans nos demeures amène avec lui des substances nocives, comme les particules fines, l’ozone ou le dioxyde d’azote. Bien entendu, les contaminants varient selon le lieu d’habitation. Dans une maison de campagne, on retrouvera davantage de pesticides disséminés sur les champs voisins, alors qu’un logement en bord de route contiendra plutôt des polluants de moteur.

Une propreté polluante

Quel est votre exposome?

Quand il diagnostique une maladie, le médecin évoque les causes génétiques et les facteurs extérieurs. Si le terme «génome» est bien connu, son pendant environnemental possède également son nom: l’exposome. «Il s’agit de l’ensemble des éléments de l’environnement qui conditionnent notre santé, définit le Pr Laurent Nicod du CHUV. On peut mesurer l’impact de ces facteurs conditionnant l’expression de nos gènes, et déterminer dans quelle mesure ils provoquent une modification cellulaire.» Utilisé pour la première fois en 2005 par l’épidémiologiste Christopher Wild, ce concept a pris de plus en plus de place dans la recherche sur les maladies chroniques. L’exposome rappelle le rôle des déterminants non-génétiques dans les pathologies. Qualité de l’air intérieur, pollution urbaine, santé au travail et perturbateurs endocriniens font partie des facteurs à analyser. Pour comprendre au mieux les événements de notre organisme, exposome et génome doivent être considérés en parallèle.

Mais cet apport extérieur n’est pas le seul en cause. La majorité des sources de pollution intérieure se trouve au sein même de nos domiciles. Inutile de chercher des contaminants malodorants: la plupart font partie de ce qu’on considère à tort comme des facteurs de propreté. Produits cosmétiques, substances nettoyantes, bougies et huiles essentielles sont incriminés. Ils émettent des gaz irritants potentiellement cancérigènes qu’on appelle composés organiques volatils, les fameux COV.

«Ce sont des éléments issus de peintures, de solvants ou de spray, comme les imperméabilisants, les laques ou les déodorants, précise le Pr Laurent Nicod, médecin-chef du Service de pneumologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). En conséquence, le taux d’asthme tardif augmente chez les femmes vers 40-50 ans. Ce sont elles les plus concernées, car elles utilisent davantage de cosmétiques et s’occupent plus des tâches ménagères.» Sans compter que certains de ces produits sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.

Les matériaux aussi attaquent notre santé. Les COV se retrouvent également dans les murs et les meubles fraîchement traités avec des produits synthétiques comme du vernis ou des retardateurs de flamme. Mais ce n’est pas tout. Les bâtiments sont parfois contaminés par l’amiante, matériau de construction cancérigène, ou par un gaz radioactif naturel nommé radon. «Il est présent dans certaines régions, comme le Jura et les Alpes, explique le Pr Nicod. On le pense responsable de 200 à 300 cancers du poumon en Suisse. Il est tout à fait possible de vivre avec le radon, mais il faut s’assurer que les caves sont aérées correctement. Cela évite que le radon ne s’accumule dans une chambre ou un salon.»

Colocataires indésirables

Sans surprise, la fumée participe également à la contamination de nos intérieurs. Les cheminées et poêles à foyer ouverts propagent des microparticules toxiques issues de la combustion. Ces polluants présenteraient un risque de développement de maladies respiratoires, comme la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’asthme ou des infections respiratoires. Quant à la cigarette, elle diffuse une quantité importante de substances irritantes et cancérigènes. Si depuis dix ans, elle est bannie des lieux publics, elle reste la colocataire de certains fumeurs et de leur famille.

Derniers coupables, les organismes vivants qui partagent notre quotidien sont également une source de pollution intérieure. A commencer par les animaux de compagnie, dont les poils peuvent déclencher des réactions allergiques, comme l’asthme et la rhinite. A plus petite échelle, on retrouve les minuscules acariens, également allergènes, et les mycobactéries, responsables de la pneumopathie d’hypersensibilité. Enfin, les moisissures, souvent sous-estimées, car elles sont susceptibles de déclencher toutes les maladies pulmonaires vues ci-dessus. Pour lutter contre ces squatteurs nocifs, surveillez les sources d’humidité et d’eau stagnante. Mais gardez-vous bien de décimer ces champignons à grands coups de produits nettoyants synthétiques, pour ne pas remplacer un polluant par un autre.

Les bonnes habitudes à prendre pour un logement sain

  • Aérez votre logement deux fois par jour durant quelques minutes pour éviter la concentration de polluants. Ouvrez au minimum deux fenêtres pour assurer une bonne circulation de l’air.
  • Évitez de fumer à l’intérieur.
  • Diminuez l’utilisation de produits chimiques. Pour les cosmétiques et le nettoyage, préférez les crèmes aux sprays, et privilégiez les alternatives naturelles ou labellisées.
  • Si vous avez une cheminée ou un poêle à foyer ouvert, assurez-vous qu’il y a une ventilation efficace pour évacuer les microparticules de la combustion.
  • Quand un nouveau-né arrive dans la famille, préparez sa chambre en avance. Faites la peinture minimum 10 jours avant, avec des produits labellisés pour l’air intérieur. Choisissez des meubles en bois non-traité. Si vous suspectez qu’ils sont imprégnés de produits chimiques, aérez pendant deux jours. Une recommandation valable en tout temps !
  • Passez l’aspirateur avec un filtre de qualité, pour capturer les poussières contaminées.
  • Évitez l’utilisation de bougies, encens et huiles essentielles pour parfumer votre logis.
  • Guettez les zones humides. Si des moisissures apparaissent régulièrement, nettoyez-les et cherchez la cause. Cela est souvent dû à un pont de froid : laissez 10 cm entre les meubles et les murs extérieurs, et vérifiez l’isolation de votre appartement.

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 13/03/2019.

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