Ebola: l'OMS dépassée par la vitesse de propagation du virus

Dernière mise à jour 06/08/14 | Article
Ebola: l'OMS dépassée par la vitesse de propagation du virus
L'Organisation Mondiale de la Santé, monstre onusien et bureaucratique, fait de la communication mais ne maîtrise pas la situation.

Un «sommet sanitaire régional» c’est comme un meeting politique. On voit, entre les lignes, la main des communicants, le choix du mot qui galvanise, de la phrase qui sera reprise. Ne pas se tromper dans le choix de la métaphore. Et ne pas la filer trop longtemps.
Parlant courageusement du sida (l’un des premiers sur le sol africain) le président ougandais (au pouvoir depuis 1986) Yoweri Museveni avait à la fin des années 1980 usé de celle du «feu de brousse». La latence de l’infection le justifiait. Mais ce qui est vrai avec le VIH ne l’est plus avec le virus Ebola. Aussi le Dr Margaret Chan, citoyenne chinoise et directrice générale de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a-t-elle choisi une variante. Une étrange variante a priori qui pourrait bien se révéler démoralisatrice.

Monstre onusien

Le 1er août, lors du «sommet régional» (organisé à huis clos) de Conakry elle a déploré que l’actuelle épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest «avance plus vite» que la mobilisation pour l’enrayer. Ce n’est pas la première fois que l’OMS, monstre onusien et bureaucratique, est dépassé par une phénomène épidémique.

Elle a par ailleurs manié la peur, cette mauvaise conseillère, évoquant des «conséquences catastrophiques» et la propagation épidémique à d’autres pays si la mobilisation n’est pas au rendez-vous en urgence. Mais quelle mobilisation?

«Les effectifs actuels de secours nationaux et internationaux sont tristement inadéquats, a déclaré le Dr Chan. Cette épidémie avance plus vite que nos efforts pour la contrôler. Si la situation continue à se détériorer, les conséquences peuvent être catastrophiques en termes de vies perdues mais aussi de perturbations socio-économiques et de risque élevé de propagation à d’autres pays» (voir ici ce qu’en dit la BBC).

Efforts extraordinaires

Margaret Chan a aussi fait beaucoup de diplomatie: «Les pays touchés ont fait des efforts extraordinaires et pris des mesures extraordinaires. Mais les besoins créés par Ebola en Afrique de l’Ouest dépassent vos capacités de lutte», a-t-elle déclaré  à l’intention des présidents guinéen (Alpha Condé), sierra-léonais (Ernest Bai Koroma) et libérienne (Ellen Johnson Sirleaf)  présents à ce sommet, ainsi que la ministre ivoirienne de la Santé (Raymonde Goudou Coffie). «Malgré l’absence de vaccin ou de thérapie curative, les épidémies d’Ebola peuvent certainement être endiguées», a-t-elle ajouté. Puis, factuelle, la directrice générale de l’OMS a souligné qu’il s’agissait «de loin de la plus grande en près de 40 ans d’histoire de cette maladie» (1323 cas officiels, dont 729 mortels).
Prochain rendez-vous le 6 août d’une réunion d’urgence pour «évaluer les implications internationales de l’épidémie en Afrique de l’Ouest». Il faudra d’ici là s’agiter dans les coulisses des ambassades occidentales pour réunir  un plan de 100 millions de dollars (75 millions d’euros). Objectif: déployer «des centaines de travailleurs humanitaires supplémentaires» afin de renforcer les quelques centaines déjà sur le terrain, et améliorer la prévention et la détection de cette fièvre hémorragique.

«Emirates» ne dessert plus Conakry

Dans l’attente des mesures unilatérales sont prises. C’est ainsi que la célèbre compagnie aérienne «Emirates» a décidé de suspendre à partir de samedi 2 août ses vols vers Conakry, invoquant «la sécurité des passagers et des équipages». Mais British Airways continue et Air France se tait. Le Liban (dont plus 20.000 citoyens vivent dans les trois pays africains touchés par l’épidémie) a annoncé le 1er août avoir pris des «mesures de dépistage  auprès des compagnies aériennes et de ses ambassades sur place».
«Ce n’est pas un problème libérien, ni sierra-léonais, ni guinéen. C’est un problème international» a pour sa part déclaré sur CNN la présidente du Liberia. Mme Ellen Johnson Sirleaf  a jugé la situation dans son pays «très, très grave, on approche de la catastrophe», ajoutant que désormais les Libériens «savent que c’est mortel et commencent maintenant à réagir». De quelle manière?

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