La fatigue, c’est parfois la thyroïde

Dernière mise à jour 09/03/16 | Article
La fatigue, c’est parfois la thyroïde
Les hormones qu’elle produit règlent notre moteur interne. Quand la thyroïde s’enraie, les conséquences sont nombreuses.

Une grande fatigue, un manque d’énergie. C’est l’un des motifs les plus courants de consultation chez un médecin, et cela peut venir d’une multitude de raisons. Parfois, le fonctionnement de la glande thyroïde est en cause.

On estime ainsi que, chez 5% de la population, elle est trop paresseuse et ne produit pas assez d’hormones thyroïdiennes, ce que l’on appelle l’hypothyroïdie. Chez 1% des gens, elle est au contraire trop active et fournit trop d’hormones thyroïdiennes, ce que l’on qualifie d’hyperthyroïdie.

Toutefois, chez la majorité de ces personnes, ce dysfonctionnement est dit «infraclinique», c’est-à-dire qu’il n’est pas très éloigné des valeurs considérées comme normales et que les symptômes sont légers, voire inexistants.

Symptômes d’un dérèglement

Mais quels sont les symptômes d’un dérèglement? Comme l’explique le Pr Jacques Philippe, endocrinologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), dans l’hyperthyroïdie, il s’agira d’une intolérance à la chaleur, de troubles du sommeil, d’une irritabilité, d’une tachycardie ou de tremblements. Egalement une perte de poids et, parfois, des diarrhées. Dans l’hypothyroïdie, un surcroît de sommeil, une légère prise de poids, une constipation, parfois un rythme cardiaque ralenti. Un épaississement de la peau dans les formes sévères. Une sensation de fatigue et une faiblesse musculaire sont communes à l’hypothyroïdie et à l’hyperthyroïdie.

Le tempo de notre moteur

Tant d’effets! Un tel retentissement s’explique par le rôle que jouent les hormones thyroïdiennes dans notre corps. Produits par une glande située en dessous de la pomme d’Adam, ces messagers «règlent notre métabolisme basal, détaille le Pr Philippe. En quelque sorte, ils règlent la consommation de notre moteur interne. »

S’ils soupçonnent un dérèglement, les médecins commencent par mesurer une autre hormone, la thyréostimuline (TSH). Celle-ci régule la production d’hormones thyroïdiennes par la thyroïde. Une TSH trop élevée est le signe d’une hypothyroïdie, alors qu’une TSH trop basse peut indiquer une hyperthyroïdie. Selon ces premiers résultats, on peut également doser directement les hormones thyroïdiennes: T3 (triiodothyronine) et T4 (thyroxine).

Risques de fractures  accrus significativement

Des chercheurs suisses se sont penchés sur le lien entre hyperthyroïdie et fractures. En reprenant les chiffres de plusieurs études précédentes, ils montrent que la présence d’une hyperthyroïdie infraclinique accroît significativement le risque de fracture en général et de fracture de la hanche en particulier.

On peut toutefois réaliser des prouesses de cascades et d’arts martiaux et souffrir de la thyroïde. L’acteur chinois Jet Li, star notamment de «Hero», de Zhang Yimou, et vu au casting de «The Expendables », est soigné depuis 2013 pour une hyperthyroïdie. Agé de 52 ans, il a notamment vu son poids varier de manière importante. De son côté, John Fitzgerald Kennedy était à 43 ans le président élu le plus jeune qu’avaient connu les Etats- Unis. Son dynamisme et son allure juvénile faisaient croire qu’il était un parangon de santé. Il en était pourtant très loin. En se basant sur les dossiers médicaux tenus à la Maison blanche durant sa présidence, il est en effet probable que JFK souffrait d’une maladie auto-immune appelée syndrome de Schmidt, dont l’hypothyroïdie est l’une des manifestations. Une revue médicale réputée a publié en 2009 un article à ce sujet.

Substituer ou inhiber

Différentes affections peuvent expliquer ces dérèglements de la glande. Le manque d’iode dans l’alimentation est une cause directe d’hypothyroïdie, mais il est rare aujourd’hui sous nos latitudes, hormis chez les personnes âgées. Les coupables sont donc en général des maladies autoimmunes, détaille le Pr Philippe, c’est-à-dire causées par le système immunitaire du corps qui influence le fonctionnement de la glande thyroïde. Il s’agit de la maladie de Basedow dans le cas de l’hyperthyroïdie et de la maladie d’Hashimoto dans le cas de l’hypothyroïdie. On postule que ces maladies ont une origine génétique et elles touchent beaucoup plus souvent les femmes.

Il arrive aussi qu’un nodule apparaisse dans la glande thyroïde, une sorte de boule qui peut produire de manière autonome des hormones thyroïdiennes. Certains médicaments comme le lithium (utilisé dans le traitement du trouble bipolaire) ou certains traitements comme la radiothérapie utilisée contre une tumeur peuvent aussi avoir un impact sur le fonctionnement de la thyroïde.

Qu’il y ait trop d’hormones thyroïdiennes ou pas assez, le traitement consiste à corriger ce déséquilibre, soit par la prise d’hormones de synthèse, soit par celle de médicaments dits antithyroïdiens ou d’iode radioactif, détaille le spécialiste. Des prescriptions habituellement bien supportées.

Ce gros coup de mou, cette lenteur et cette fatigue que vous ressentez sont donc peut-être bien le fait d’un fonctionnement perturbé de votre glande thyroïde, et consulter votre médecin vous permettra d’en avoir le cœur net. Le Pr Philippe relativise cependant en précisant que, heureusement, «toutes les personnes qui se plaignent de fatigue ne souffrent pas de la thyroïde».

Dérèglement à fort impact sur la reproduction

Les dérèglements de la thyroïde ont un fort retentissement sur la fertilité, explique Isabelle Streuli, privat-docent et responsable de l’unité de médecine de la reproduction aux HUG. «On estime que l’hyperthyroïdie cause dans 20% des cas des anomalies du cycle menstruel. En effet, la thyroïde a un impact sur d’autres hormones impliquées dans le cycle, tendant à le rendre irrégulier ou à l’allonger.» Du côté de l’hypothyroïdie, on redoute plutôt des troubles de l’ovulation, de même qu’un arrêt des règles, et, dans certains cas, la production spontanée de lait maternel (galactorrhée).

«Il y a également une association démontrée entre hypothyroïdie et fausses couches répétées», poursuit la gynécologue. On a ainsi mesuré jusqu’à six fois davantage de fausses couches chez des femmes souffrant d’une hypothyroïdie non soignée. Et un traitement de substitution diminue ce taux.

Par ailleurs, une sécrétion suffisante d’hormones thyroïdiennes est importante pour le développement cérébral du fœtus durant la grossesse. Si les médecins voient des signes qui pourraient en laisser supposer un déficit, ils effectuent des mesures. Sachant qu’une prescription d’hormones est possible à ce moment.

Un test standard

Enfin, doser la TSH, marqueur de la production d’hormones thyroïdiennes, est un test standard dans les bilans d’infertilité. A la recherche notamment d’une hypothyroïdie qui rendrait l’ovulation aléatoire ou infréquente. Il est courant de traiter même une hypothyroïdie légère dans ces situations, aussi car les traitements de fertilité perturbent l’équilibre de cette hormone.

Pourtant, en matière de fertilité, tout ne se résume pas à la thyroïde, insiste le Dr Streuli. «Une TSH basse, par exemple, n’implique pas nécessairement une infertilité. Dans ce domaine, les causes sont souvent l’addition de différents facteurs.»

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