Bronzer sans danger, est-ce possible?

Dernière mise à jour 02/08/23 | Article
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Profiter du soleil et se parer d’un joli hâle sans mettre sa peau en danger: c’est ce que nous sommes nombreuses et nombreux à chercher. Mais il ne faut pas s’y méprendre, le bronzage est un signe de lésions des tissus cutanés.

Le soleil fait du bien au moral et nous apporte la précieuse vitamine D. Mais en même temps, on le sait, il présente de multiples dangers. Une grande partie des cancers de la peau, parmi lesquels le mélanome, les carcinomes basocellulaire et spinocellulaire, sont directement liés aux rayons ultraviolets (UV). S’exposer volontairement au soleil pour arborer un joli hâle d’ici la fin de la saison estivale est-il vraiment raisonnable? Pas si sûr. Et pour cause, le bronzage, aussi esthétique qu’il puisse être aux yeux de certains et certaines, reste avant tout un mécanisme de défense, une sorte de barrage contre les rayonnements solaires, comme nous l’explique le Pr Olivier Gaide, médecin-chef au Service de dermatologie et vénéréologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et spécialiste des cancers de la peau: «Lorsqu’on bronze, on stimule les mélanocytes, les cellules qui produisent le pigment donnant à la peau sa couleur brune. Ces dernières transfèrent ensuite ce pigment aux kératinocytes, les cellules qui participent à la protection de la peau contre les rayons ultraviolets.» Face au soleil, la peau subit une agression et y réagit en brunissant. Le bronzage est donc moins un signe de santé que la preuve de dégâts tissulaires.

Les bébés plus vulnérables face au soleil

Chez les nourrissons jusqu’à un an, le système mélanocytaire (qui est à l’origine du bronzage) est peu actif et peu développé. Les bébés ne sont pas bien armés pour se défendre contre les rayons UV, sans compter qu’ils régulent mal leur température corporelle. Entre coups de soleil et insolation, le soleil peut, chez eux, faire de sérieux dégâts. C’est pourquoi on évitera au maximum l’exposition directe des enfants de moins d’un an au soleil. Mieux vaut également garder les petits à l’abri aux heures les plus chaudes, privilégier l’ombre et couvrir leur peau avec des vêtements. Les tenues anti-UV permettent de protéger une bonne partie du corps. Pour le reste, on appliquera de la crème solaire. «Pour les enfants, il vaut mieux choisir des produits solaires les plus neutres possibles, sans colorant, sans parfum, sans huile essentielle», indique Matthieu Goldschmidt, pharmacien à Rolle et membre du comité de la Société vaudoise de pharmacie. On n’oubliera pas d’équiper également les bambins d’un chapeau et de lunettes de soleil, recommandées dès le plus jeune âge. Avant l’âge de 9 ans, le cristallin de l’œil est complètement transparent, exposant davantage la rétine aux UV. Il est important de choisir une paire de lunettes avec une protection de catégorie 3 ou 4, de préférence un modèle couvrant (y compris sur les côtés) et ajusté au visage de l’enfant.

Les UVA pénètrent la peau en profondeur, jusqu’au derme. Ils provoquent une réaction cutanée immédiate et un bronzage de faible intensité. Ils participent à l’augmentation des cancers de la peau mais sont surtout responsables de son vieillissement prématuré. Les UVB quant à eux atteignent les couches plus superficielles de la peau comme l’épiderme. Ils entraînent une stimulation beaucoup plus importante de mélanocytes et de ce fait un bronzage plus durable. Mais ce sont ces mêmes UVB qui sont responsables des coups de soleil et qui favorisent le plus les cancers cutanés.

Des effets retard

Le soleil abîme progressivement et durablement nos cellules cutanées. À moins d’attraper un coup de soleil, on a parfois tendance à l’oublier et à se montrer désinvolte lorsqu’on goûte aux plaisirs de l’été. «Il faut envisager les risques liés à l’exposition au soleil sur l’échelle d’une vie, en considérant que chaque exposition équivaut à un petit risque de cancer de la peau», estime le Pr Gaide. En ce sens, bronzer à tout prix n’est pas une bonne idée, d’autant plus que le risque zéro n’existe pas, poursuit le dermatologue: «Comme pour tout facteur susceptible de provoquer le cancer, il n’y a pas, avec le soleil, de seuil inférieur en dessous duquel on ne court aucun danger. Il s’agit donc d’évaluer soigneusement la balance bénéfices/risques lorsqu’on décide d’aller au soleil.»

Qu’on se le dise, une exposition modérée au printemps est mieux qu’un bain de soleil intense en été, sur une peau non préparée. En toute saison, il faut à tout prix éviter les coups de soleil. Ils augmentent clairement le risque de mélanome et autres carcinomes. On sera particulièrement vigilants avec les plus jeunes (lire l’encadré) car les coups de soleil attrapés pendant l’enfance ont un impact important sur la probabilité de développer un cancer de la peau à l’âge adulte.

Se protéger avant tout

Comment protéger au mieux sa peau? D’abord, en renonçant à aller au soleil aux heures les plus chaudes, soit entre 11h et 15h en été (et entre midi et 14h en hiver). Puis, en se réfugiant à l’ombre d’un bâtiment, d’un arbre, d’une tente, d’un parasol. Si ce n’est pas possible, on cachera sa peau sous des vêtements (pourquoi pas des habits anti-UV), sans oublier de mettre un chapeau et des lunettes de soleil (lire l’encadré). Pour les parties du corps qui ne sont pas couvertes, on utilisera de la crème solaire avec un indice de protection élevé. Et comme fuir le soleil n’est souvent pas possible ni souhaitable, on adaptera sa protection aux conditions météorologiques (indice UV), de réverbération et à l’altitude pour pouvoir profiter des joies de la baignade et des loisirs en plein air durant la belle saison!

Bien protéger ses yeux

Les lunettes de soleil ne sont pas qu’un accessoire de mode. Elles ont l’avantage de réduire la sensation d’éblouissement, mais sont surtout indispensables pour protéger ses yeux de la nocivité des ultraviolets. Car une exposition directe au soleil peut porter atteinte à la santé oculaire à long terme, avec notamment un risque accru de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Trois conseils pour bien choisir ses lunettes:

  • Il existe plusieurs catégories de verres, classés en fonction du pourcentage de lumière filtrée. En été, en raison de la luminosité intense et de la forte réverbération du soleil, notamment au bord de l’eau, il est conseillé de choisir les catégories 3 et 4. À noter qu’un verre sombre protège de l’éblouissement mais pas forcément des rayons UV.
  • Les verres organiques en résine de synthèse sont à privilégier. Ils bloquent très bien les UV nocifs en raison de leur géométrie et de leur composition. Ils sont reconnaissables à la mention «100% UV».
  • La monture doit être suffisamment couvrante pour empêcher les rayons solaires d’arriver jusqu’à l’œil. Elle doit de plus être adaptée à la morphologie du visage et ajustée au niveau du nez et des oreilles.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 23/07/2023

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