Le «viagra» au féminin ne sera pas la panacée

Dernière mise à jour 04/10/13 | Article
Le «viagra» au féminin ne sera pas la panacée
Depuis un certain temps déjà, l’industrie pharmaceutique promet aux femmes un médicament miracle pour remédier aux troubles du désir sexuel. Mais ces substances, dont certains annoncent la commercialisation prochaine, ne sont pas sans effets secondaires, et ne peuvent en général pas suffire à elles seules à aider les femmes concernées.

Plusieurs médicaments destinés à remédier à ce que les scientifiques qualifient de «désir sexuel hypoactif» sont en cours d’essai clinique dans les laboratoires pharmaceutiques. Mais ils ne seront pas en vente avant quelques années. Et malgré cela, ils ne cessent de faire parler d’eux régulièrement. Ainsi, sous le titre accrocheur «Viagra féminin: vers le développement du râle», le quotidien français Libération annonçait en première page, le 23 août dernier, que la FDA (Food and Drug Administration), allait se prononcer en ce mois de septembre sur l’autorisation du Flibanserin. Ce traitement aurait fait ses preuves selon les derniers tests cliniques.

Des tests sur d’autres substances, le Lybrido et le Lybridos (une combinaison de testostérone, de sildénafil –le principe actif du Viagra– et de busiprone, un médicament qui réduit temporairement la sérotonine, et donc l’anxiété) auraient également donné des résultats prometteurs. Le premier serait destiné aux femmes manquant d’envie sexuelle et le deuxième à celles plutôt inhibées par une anxiété ou des complexes. Ces médicaments pourraient être commercialisés en 2016 au plus tôt, indique Libération.

«Actuellement, toute une série de médicaments contre les troubles du désir féminin est à l’étude dans plusieurs laboratoires, parfois en secret et sans noms, mais avec des numéros. Cela afin d’éviter l’espionnage industriel sur ce marché qui peut s’avérer très juteux, vu que le désir sexuel hypoactif est l’un des troubles sexuels féminins les plus fréquents», commente le Dr Francesco Bianchi-Demicheli, sexologue responsable de la Consultation de gynécologie psychosomatique et de médecine sexuelle, et médecin adjoint agrégé au Département de gynécologie obstétrique des Hôpitaux universitaire de Genève (HUG).

Ne pas confondre troubles du désir et troubles de l’excitation

A côté des troubles du désir, l’industrie pharmaceutique mène aussi des recherches pour développer un traitement contre les troubles de l’excitation sexuelle féminine. Ceux-ci peuvent être:

  • objectifs: le désir est là, mais la femme n’a aucune réaction génitale (absence de lubrification vaginale, etc.);
  • subjectifs: le corps réagit à une envie et à la stimulation d’ordre sexuel (lubrification vaginale, accélération du rythme cardiaque, etc.) mais la femme ne ressent pas la sensation ni le plaisir de l’excitation «dans sa tête»;
  • une combinaison des deux types précédents: la femme ressent du désir, mais ni son corps ni son mental ne parviennent à l’excitation, peu importent les stimulations sexuelles.

Selon les spécialistes, certaines substances sont prometteuses et pourraient avoir un effet positif sur les seuls troubles objectifs de l’excitation. Mais à ce jour, il n’existe encore aucun médicament efficace contre les troubles subjectifs. Or, ces deux formes de trouble sont généralement associées. Quel que soit le médicament du futur, il devrait donc toujours s’accompagner d’une sexothérapie adaptée ou être combiné avec des substances agissant sur les deux formes de troubles de l’excitation féminine.

Effets secondaires non négligeables

Comme le souligne le Dr Bianchi-Demicheli, «il existe déjà des thérapies à base de testostérone, administrées par voie intraveineuse, patchs ou crème. Elles peuvent être efficaces dans les cas où la baisse de la libido est due à certains troubles endocriniens ou dans d’autres contextes cliniques.» Mais ces traitements présentent aussi des effets secondaires importants, notamment:

  • de l’alopécie (la perte des cheveux);
  • des atteintes des reins;
  • de l’hyperlipidémie (soit un taux trop élevé de graisse dans le sang);
  • des troubles du foie;
  • la masculinisation de la femme, avec un changement de la voix, devenant plus grave, et de l’hirsutisme, soit une augmentation de la pilosité (pousse de poils);
  • des risques de tumeurs.

Contre-indications

Les traitements à base de testostérone ont aussi de nombreuses contre-indications,  en particulier chez les femmes souffrant de troubles cardiovasculaires ou atteintes d’un cancer du sein. Enfin, un traitement à la testostérone ne doit pas être associé à certains médicaments, notamment aux anticoagulants, à certains traitements contre le diabète et en cas de prise d’autres stéroïdes.

Causes multiples

«Par ailleurs, dans la plupart des cas les troubles du désir ne sont pas dus à un problème hormonal. Leurs causes peuvent être multiples, d’ordre organique, psychologique, relationnel ou les trois, et il existe diverses formes de dysfonctions du désir, explique le Dr Bianchi-Demicheli. Dès lors, loin d’être la panacée, les traitements en développement pourront avant tout constituer un complément en association aux sexothérapies spécifiques et adaptées à chaque patiente.»

Pour en savoir plus

J'ai envie de comprendre...
ma sexualité (femme)
Ellen Weigand

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