Les enfants qui possèdent des livres vivent plus vieux

Dernière mise à jour 27/06/19 | Article
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Une étude de l’Université de Genève montre que le nombre de livres à la maison pendant l’enfance a une forte incidence sur la santé à un âge avancé.

L’odeur du papier, la couleur des illustrations, des longues après-midis à lire au soleil… Ceci vous évoque des souvenirs d’enfance ? Bonne nouvelle, vous avez donc plus de chances de vivre vieux. Une équipe de chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) vient de mettre en lumière ce phénomène étonnant. Il semblerait que les personnes possédant plus de dix livres à la maison pendant leur enfance vieillissent en meilleure santé.

Cette étude d’ampleur européenne se base sur des données récoltées auprès de plus de 25'000 personnes, aujourd’hui âgées de 50 ans et plus. L’objectif étant de comprendre quelles variables socio-économiques ont une incidence sur la santé à l’âge adulte.

Les chercheurs se sont notamment penchés sur quatre aspects précis de l’enfance des participants : la qualité de leur habituation (eau courante, toilettes à l’intérieure de l’habitation et chauffage central), le surpeuplement (plus d’une personne par pièce vivant dans l’habitation), le travail du père (car la plupart du temps, c’est lui qui gagnait l’argent pour tout le foyer), ainsi que le nombre de livres présents dans la maison. Ces variables ont ensuite été comparées au niveau de santé des participants, environ cinquante ans plus tard.

« Avec surprise, nous avons constaté que la variable du nombre de livres est celle qui possède la plus forte corrélation avec une bonne santé à un âge avancé », relève Boris Cheval, chercheur à la faculté de médecine de l’UNIGE et auteur de l’étude.

Un symbole d’éducation

Une demi-heure de lecture allonge l’espérance de vie

Une étude menée par l’Université de Yale en 2016 auprès de plus de 3600 personnes montre que 3h30 de lecture par semaine (soit 30 minutes par jour) augmente l’espérance de vie de deux ans. Les chercheurs avancent deux explications. D’une part, lire avec attention améliore les capacités cognitives en stimulant le vocabulaire, le raisonnement, la concentration et l'esprit critique. D’autre part, les romans contribuent à développer l’empathie, la perception sociale et l’intelligence émotionnelle. Des processus qui semblent associés à une meilleure chance de survie. A noter que la lecture de romans paraît plus efficace que celle de magazines, généralement lus rapidement et avec une moins bonne qualité d’attention.

Ces effets bénéfiques ne sont pas uniquement constatés sur le plan cognitif et sur la mémoire. La force physique, la santé mentale et les capacités pulmonaires sont également meilleures chez les participants ayant possédé des ouvrages à la maison durant leur enfance. Imposer un nombre de livres minimum par foyer serait donc une mesure de prévention à envisager ? « Sûrement pas, sourit Boris Cheval. Le livre est juste un marqueur du niveau d’éducation et de culture des parents. Or, les personnes instruites ont tendance à avoir de meilleurs agissements pour préserver leur santé. Elles adoptent également moins de comportements à risque et transmettent probablement ces habitudes de vie à leurs enfants. » Ces résultats viennent donc renforcer une certitude : le vécu pendant l’enfance détermine largement la santé à l’âge adulte.

Les bienfaits de la lecture

L’enfance est jalonnée de périodes cruciales pour le développement. Or, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture a de nombreux bénéfices sur le cerveau. Le neuroscientifique français Stanislas Dehaene, spécialiste en psychologie cognitive, a beaucoup étudié ces mécanismes. Il remarque notamment que les enfants à qui on lit des histoires le soir ont plus de chances d’apprendre à lire rapidement. Il faut dire que la lecture mobilise de nombreuses structures cérébrales. Elle permet par exemple de mettre en liaison le réseau du langage parlé avec la vision. Plus surprenant, certaines aires auditives du cerveau sont mieux activées chez les personnes qui ont appris à lire. Grâce à l’imagerie médicale, les chercheurs ont également pu mettre en évidence des influx nerveux qui se propagent de façon plus efficace chez les personnes qui savent lire (en comparaison avec les personnes illettrées).

Les bienfaits de la lecture ne s’arrêtent pas là. De nombreuses études montrent qu’elle stimule l’imagination et la créativité. En suivant les aventures des personnages, les enfants ressentent des émotions et leur cerveau vit de vraies expériences. Le Dr David Lewis et son équipe de l’Université du Sussex en Angleterre ont également démontré les vertus relaxantes de la lecture. Cette activité réduirait de 68 % le taux de stress. Suivre une histoire mobiliserait un espace de travail au niveau cérébral qui empêcherait le développement de l’anxiété. Un exemple de plus qui fait de la lecture un loisir incontournable, à consommer sans modération !

Jean-François, 86 ans : « La lecture a accompagné toute ma vie »

« Je suis né dans un petit village tessinois, au sein d’une famille modeste. Nous n’avions pas beaucoup de livres à la maison. Mais mes tantes, qui vivaient juste à côté, possédaient plusieurs romans. Très jeune, j’ai aimé les emprunter pour me glisser dans ces histoires qui me faisaient voyager et ressentir de fortes émotions. Aujourd’hui encore, je me souviens, entre autres, d’une histoire sur la disparition de l’Express du Gothard qui m’avait tenu en haleine. Contrairement à la plupart de mes camarades, j’étais un enfant calme et pas vraiment passionné par le foot. La lecture était un loisir qui me plaisait et me ressemblait plus. Avec le recul, je réalise que me plonger dans ces ouvrages m’a appris à ressentir et exprimer des émotions.

Dès l’âge de dix ans, je me souviens avoir développé une passion pour la presse. Le journal était livré par la Poste tous les soirs à 18h20 précises et j’étais avide d’y découvrir le monde et suivre l’évolution de la guerre qui faisait rage en Europe. Puis vers 20 ans, j’ai eu une vraie révélation. Des collègues m’ont conseillé un ouvrage de Saint-Exupéry et j’ai fini par dévorer toute son œuvre. J’ai été transporté en découvrant une littérature qui parle de l’être humain, de l’esprit de l’auteur, de ce qu’il ressent et de son éveil aux autres. C’était de la philosophie et de la poésie à la fois.

La lecture m’a accompagné toute ma vie. Aujourd’hui, à 86 ans, je lis en moyenne entre deux et trois heures par jour et je suis en pleine forme, aussi bien physiquement que mentalement. Je sens que la lecture stimule ma mémoire et garde mon esprit en éveil. Je possède désormais une bibliothèque très fournie et suis sans cesse à la recherche de nouveaux livres susceptibles de nourrir ma réflexion spirituelle. Grâce à cela je continue d’apprendre tous les jours quelque chose et je ne pourrais pas m’en passer. »

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 26/06/2019.

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