Rester proches et alliés en famille

Dernière mise à jour 15/10/22 | Article
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Politique, vaccination, éducation ou choix alimentaires, autant de sujets passionnants à aborder au sein de la famille que de portes ouvertes à des divergences d’opinions et des conflits potentiels. Dès lors, comment rester ouvert au dialogue et garder des liens sains, malgré des convictions différentes?

Garder le dialogue ouvert

Quand il y a une divergence d’opinions, le problème vient souvent du fait que chacune des deux personnes considère posséder la vérité et que l’autre a tort. «Il faut abandonner l’idée que les autres doivent avoir la même opinion que nous, avance Anette Cina, psychologue et chargée de cours à l’Institut de recherche et de conseil dans le domaine de la famille de l’Université de Fribourg. Ce que l’on considère comme important pour faire un choix va dépendre de nos besoins, et ils sont différents selon les individus. Il faut accepter que chaque personne fasse ses choix selon ses connaissances et ses besoins et ne pas essayer de convaincre l’autre.» 

Exprimer son opinion est toutefois important, pour soi-même et pour les autres, car cela permet d’expliquer ce qui nous mène à avoir tel ou tel avis. Mais pour éviter de couper le dialogue, il faut aussi reconnaître que le point de vue de l’autre a une valeur, même si on est en désaccord avec celui-ci. En faisant l’effort d’être sincèrement à l’écoute et de rester ouvert à l’opinion de l’autre, on invite à la réciprocité. À l’inverse, si on se crispe sur sa position, l’autre va aussi réagir en se rigidifiant. 

Miser sur la méta-communication

Pour ne pas fermer la porte au dialogue, un autre outil important est la méta-communication. En clair, mettre des mots sur le fait que l’on n’est pas d’accord et sur l’effet que cela produit chez soi. Par exemple: «Quand tu dis cela, je suis blessée, car je me sens jugée dans ma personnalité ou mes convictions.» Comme l’explique Romaine Dukes, psychologue associée au Service universitaire de psychiatre de l’âge avancé et à la Consultation Couple Famille au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV): «Derrière les opinions, il y a souvent des valeurs. Le fait d’en parler permet peut-être de se rendre compte que sur le fond, on partage les mêmes valeurs, mais que l’on a des moyens différents de les mettre en pratique. Cela permet de se focaliser sur ce qui nous réunit et pas uniquement sur les différences.» 

Faire une pause dans la discussion

Au cours d’une discussion enflammée, il arrive parfois que les émotions prennent le dessus. Elles peuvent nous empêcher de parler, nous faire dévier du sujet ou nous faire dire des choses blessantes. Pour éviter d’en arriver là, on peut demander de mettre en suspens la discussion, mais en laissant la porte ouverte pour en rediscuter calmement à un autre moment. «Si un sujet amène systématiquement de la tension, il peut être utile d’en parler pour mettre des mots sur la situation et, si nécessaire, se mettre d’accord pour éviter de parler de ce sujet à l’avenir. Mais pas avant d’avoir essayé d’en discuter, car dans l’idéal il ne devrait y avoir aucun sujet tabou dans une famille», estime Romaine Dukes. Selon la problématique, si dialoguer devient trop difficile, on peut chercher de l’aide dans le cadre d’une médiation ou d’une thérapie de famille. 

Se comprendre entre les générations

L’écart générationnel entre les grands-parents, les parents et les enfants est parfois propice à une incompréhension. «Il est nécessaire de se rappeler que chaque génération a grandi dans un contexte historique et sociétal différent, qu’elle a ses propres priorités et qu’elles ne sont pas forcément les mêmes. Il faut donc faire un effort de "traduction" pour ramener certains propos ou comportements à la situation actuelle», rappelle Romaine Dukes. Par exemple, au travers de certains choix éducatifs qu’un parent fait pour son enfant, il se positionne indirectement par rapport à la manière dont ses propres parents l’ont éduqué. Les grands-parents peuvent le vivre comme un rejet de l’éducation qu’ils ont donné à leur enfant à l’époque et en être blessés s’ils ne comprennent pas les enjeux actuels de la situation. Il peut aussi y avoir des tensions si les grands-parents essaient de convaincre les parents sur la façon d’éduquer les petits-enfants. D’un autre côté, une relation riche peut s’installer entre générations, par exemple entre des grands-parents et leurs petits-enfants, si tout le monde reste ouvert et avec la volonté d’écouter l’autre.

Que faire après un conflit

Au cours d’un désaccord ou d’un conflit, il arrive souvent que l’on n’exprime pas notre ressenti et que l’on se quitte en laissant le conflit ouvert. «Dans ce cas, il faudrait à un moment donné revenir vers l’autre personne et lui dire ce qui nous a touchés dans la situation. Cela augmente les chances qu’elle nous comprenne. Il faut aussi exprimer ce qu’on souhaite faire, par exemple s’excuser, rediscuter calmement, etc.», conseille Anette Cina, psychologue et chargée de cours à l’Institut de recherche et de conseil dans le domaine de la famille de l’Université de Fribourg. Pour éviter de ruminer et de rester seul avec cette situation de conflit, il peut aussi être utile d’en parler à des proches afin de prendre du recul. Si le conflit est trop lourd, on peut chercher de l’aide extérieure (médiation, thérapie de famille, etc.).

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Paru dans Générations, Hors-série «Comment rebondir… dans son corps, dans sa tête, dans son couple, dans sa famille, dans sa vie», Octobre 2022.

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